LA CONTROVERSE SOCIO-HISTORIQUE DE LA JUDEITE FACE A L'IDENTITE ISRAELIENNE : LE CAS DES RUSSES ET DES MAROCAINS
INTRODUCTION
Les différentes pérégrinations et discriminations subies par les communautés juives dispersées de par le monde et au cours des siècles (après la perte de l'autonomie en terre de Palestine « antique ») ont poussé celles-ci mues par un désir maintes fois manifesté dans la foi du Judaïsme, à la rédemption messianique dans la patrie des aïeux. Cependant malgré ce v½u pieux renouvelé au sein des familles juives, la tradition rabbinique conduisait à un certain attentisme dû à l'interprétation des écritures.
Ainsi ceux qui se définissaient ou qu'on qualifiait comme Juifs, ont-ils cru bon en attente d'un salut (après avoir préservé leur essence religieuse et nationale dans les Ghettos qu'ils avaient pour lieu de résidence), s'assimiler volontairement notamment à l'Ouest de l'Europe. Aussi après différentes luttes intestines pour des droits humains étendus à l'homme dans son ensemble, les nations européennes emboîtant le pas à la France révolutionnaire et républicaine, ont-elles cru rationnel d'en faire bénéficier les Juifs, en les émancipant. Le corollaire de ces libertés fut l'assimilation et l'instauration de la laïcité.
Pourtant ces principes qui ont provoqué l'éclatement de la définition traditionnelle du Juif selon la Halakha, ont conduit également à une séparation entre les éléments nationaux et religieux distinctifs de l'ethos « Juif ». La faillite de la prétendue sacro sainte égalité s'étant avérée de facto en France, avec l'affaire Dreyfus, et de « jure » dans les Etats de l'Est avec leurs clausus numerus dans les fonctions destinées aux Juifs, devait faire comprendre aux élites Juives européennes l'impossibilité d'un avenir heureux en Diaspora.
La question juive étant ainsi remise à l'ordre du jour (qui pourtant avait des ferments de sa solution dans les amants de Sion préconisant un judaïsme régénéré dans les pays de l'Est par une réelle autonomie sociale,) devait être solutionnée par les propositions « révolutionnaires » d'Herzl. L'½uvre de ce journaliste austro-hongrois était une réponse politique en faveur du « Peuple Juif », qui selon lui demeurait « un », par un recouvrement d'une souveraineté dans un foyer public garanti par le droit public et reconnue par les grands Etats-Nations.
La grande originalité du sionisme politique, mouvement créé par ce juriste (, prônant le retour des années plus tard à Sion en Palestine, patrie des ancêtres bibliques,) était la tentation de la création d'un nouvel « homo hébraïcus » dont les contours soulèveront une controverse d'ordre socio historique défendue par de multiples penseurs aux définitions divergentes. Il y avait trois grandes tendances lesquelles s'exprimaient entre :
- Une continuité de l'être Juif dans le sens de la tradition,
- Une séparation nette entre la tradition juive diasporique et la modernité européenne conçue en faveur de cet homme Juif à façonner en Palestine,
- Une synthèse ou une sélection entre la tradition et la modernité ou une nouvelle identité ayant cependant une base même formelle antérieure.
Toutefois l'identité de cet être à naître en Palestine ou futur Eretz Israël, dès l'indépendance en mai 1948, ne s'arrêtait pas à ces débats théoriques, quoiqu'elle découle d'eux. Ainsi des questions d'ordre pragmatique vont se poser à savoir sur le choix de langue usitée, hébreu, yiddish, allemand ou anglais dans le futur Etat, l'accent quant à la prononciation séfarade ou ashkénaze, l'éducation scolaire et la littérature hébraïque laïque moderne à l'européenne ou religieuse...Ainsi donc on dessinait les contours de l'hébreu ou du Juif moderne pour retourner aux racines bibliques mais résolument tournées pour certains vers le futur rénovateur voire révolutionnaire. En ce sens le sionisme européen innove en contestant la passivité, prend le destin du peuple juif qu'il confie aux communautés juives par une action démocrate et librement créatrice.
Désormais le peuple Juif, naguère hors de l'histoire, peuple paria, va rentrer dans l'ordre historique non plus avec le Dieu biblique mais par sa volonté et ses propres forces en décidant d'enfanter l'homo hébraïcus moderne.
Alors la question qui peut se poser à nous est de savoir ce que revêt l'identité israélienne dans l'interaction avec la judéité dont nous devons chercher la signification historique mais aussi par des courants sociologiques. Quelle est donc la substance essentielle que tire l'identité israélienne de la judéité ?
Etant donné que l'identité israélienne repose sur de multiples communautés ou sous identités qui doivent soit se fondre ou cohabiter, nous avons choisi de nous appuyer sur deux communautés « Judaïsées » marocaines et russes pour notre recherche.
Notre approche procèdera d'une méthode historico sociologique inhérente à l'objet de notre sujet dont la spécificité découlant notamment des études juives qui poussé les chercheurs des sciences humaines, israéliens comme Schmuel Noah EISENDSTAT et Gershom SCHOLEM à aborder des thèmes aussi compliqué des « sociétés » juives sous plusieurs angles. Elle investira des domaines allant de l'histoire à la sociologie passant par la politique etc., car toutes ces matières sont déterminantes dans la création d'une identité.
Le thème étant vaste, nous nous appesantirons uniquement sur les élites de ces communautés à savoir moyenne, car nous estimons qu'elles se trouvent à l'échelon intermédiaire entre masses et hautes sphères d'hommes dans ces personnes morales et qu'elles sont susceptibles enfin d'influencer les masses et de façonner les modes culturels « laïcs ou religieux » par exemple pouvant exister au sein de ces collectivités humaines.
Par ailleurs, nous avons décidé d'étudier deux groupements juifs : Les Juifs de Russie ou Russes judaïsés, faisant partie de l'axe oriental du groupe ashkénaze (le plus grand numériquement mais aussi politiquement) mus par des idéaux de l'Europe de l'Ouest et les Juifs du Maroc qui sont les Juifs du monde islamique situés le plus près géographiquement de l'Occident mais aussi le plus orientalisé pour certains des Juifs orientaux constituent un bel échantillon ethnique représentatif tant au plan numérique que de celui de la psychologie identitaire en Israël.
Une telle recherche peut montrer comment deux types de juifs aux mentalités, modalités de vie, cultures, variations religieuses diverses coexistent dans une nation israélienne à peine en gestation et en perpétuelle mutation. Dans un contexte « moyen oriental » en situation conflictuelle, étudier les voies de cohabitation entre russes occidentalisés « introvertis » et marocains orientalisés « extravertis » vivant de par le passé dans l'univers arabisant, peut aider à résoudre le conflit à l'intérieur du monde juif et à l'extérieur le conflit judéo arabe.
Nous convenons que les études ont déjà été effectuées sur les soviétiques ayant participé aux premières heures de la fondation de l'Etat d'Israël et fourni des cadres dirigeants de la nation juive comme BEN GOURION, Golda MEIR. Aussi avons-nous donc choisi de nous intéresser à la nouvelle vague d'immigration russe, celle des années 90, dans la mesure où celle-ci nous renseigne sur une couche d'immigrants, perçue autrement que la première vague. D'un côté la strate des juifs de Russie constitue le plus grand groupe ashkénaze. D'autre part, nous jugeons l'étude historique et sociologique de l'émigration marocaine des années 50 plus adéquate, dans la mesure où elle correspond aux moments de l'adaptation d'une communauté fraîchement arrivée en Israël. Il faut préciser que cette communauté était moins évoluée sur le plan moderne que le groupe ashkénaze. Le groupement judéo marocain présente la particularité d'être le plus grand groupement juif en terre musulmane, nous dirions Juifs orientaux ou encore par extension sépharade.
Nous pensons donc que décrire ces deux communautés ,de deux mondes juifs différents, qui seront appelées à se rencontrer en Israël est intéressant car cela nous permet de comprendre comment le consensus national ou les malaises communautaires au sein d'une Nation apparaissent. Les Etats contenant en leur sein une multitude ethnique pourraient ainsi mieux comprendre par ce modeste essai socio-historique les problèmes qui se posent dans la construction d'une identité nationale.
Comme méthode, nous avons opté pour la comparaison entre les deux sociétés à la fois dans leur milieu d'origine et en Israël. Car comment peut on comprendre le groupement russe et la communauté marocaine si l'on ne se penche au préalable sur le mode de vie dans leur milieu d'origine respectivement en Russie et au Maroc ?
Afin donc de retracer en général la conception de la judéité comme celle l'identité l'on choisira d'étudier l'histoire juive de la Diaspora à Israël pour en apprécier la modification de l'identité communautaire et enfin apprécier l'interaction qui résulte face à l'identité israélienne. Cela revient à comprendre le processus de façonnement de cette nouvelle identité juive en Israël par les différentes théories conceptuelles des grands penseurs sionistes. Il serait donc normal d'évoquer synthétiquement le mode de vie juif en Diaspora avant l'½uvre sioniste en Palestine, le Juif en Palestine et enfin le Juif qui vit encore en Diaspora. Cette démarche révèlerait les changements d'identité qui se sont opérés sur ces trois sujets dans le temps.
Nous irons chercher également dans d'autres sociétés humaines les éléments qui peuvent nous aider à comprendre les communautés juives en questions. Il convient de préciser que l'identité dont nous faisons notre objet relève à la fois de données objectives et subjectives. Elle est à la fois un perçu et un subi, et elle est en développement permanent.
TITRE I/ LA MUTATION DE LA JUDEITE DANS L'HISTOIRE
La Judéité qui est un attribut identitaire définissant le Juif et qui est selon la définition du dictionnaire « Le ROBERT » empruntée à A.Memmi «... Le fait d'être juif, l'ensemble des caractéristiques sociologiques, psychologiques et biologiques qui font le Juif. »Quant aux explications de Maladavsky il s'agit d'une désignation renvoyant à l'ensemble des problèmes relatifs à la vie identificatoire juive, que ce soit sur le plan individuel ou communautaire. Ce dernier accorde une importance à la conception d'un ressenti de cette judéité qui s'entend par rapport à une revendication de l'individu ou une appréciation de la société. Ainsi il disait : « j'accorde davantage d'importance à la notion « se sentir juif » ou « se faire juif », qu'à la notion « être défini comme juif » ou « appartenir à la communauté juive », et , même s'il est clair que ces différentes alternatives sont interdépendantes . »
Après cette tentative de définition de la judéité, il convient de dire que cette notion est évolutive. Elle n'est pas figée car dans l'espace comme dans le temps, elle peut revêtir un sens plus ou moins varié, mais dans l'essentiel elle se rapporte à la façon dont le juif se qualifie.
Comme l'indiquait Jacob KATZ dans son livre « De la tradition à la crise », la société juive a subit des changements importants dans sa structure, qui bouleverse son identité collective traditionnelle en Diaspora. Si à cela il faut ajouter l'ère des successeurs des temps modernes de Sabatai zevi et l'école des lumières juives ou la Haskala, dans le contexte de la révolution française il commence à se dessiner un nouvel être juif qui a soif d'une revendication de normalité et aspire à certains idéaux universels que partagent les citoyens du monde.
Pourtant il apparaît malgré des évolutions significatives formelles ou dans les lois institutionnelles des Etats démocratiques européens que la communauté juive a du mal à se fondre, malgré l'aspiration d'un nombre non négligeable d'individus juifs désireux d'égalité citoyenne, d'autant plus que les communautés juives entendent préserver l'essentiel de leur originalité millénaire.
Mais comment en est-on arrivé donc là ? Les Juifs étaient-ils un facteur de désintégration des sociétés dans lesquelles ils résidaient ?
CHAPITRE I / LA QUESTION JUIVE
La plupart des intellectuels juifs se sont rendus compte qu'au travers des siècles la différenciation du traitement juif dans la Diaspora reste grande, du reste de la société chrétienne ou musulmane .En effet les Juifs ont subi ça et là, des restrictions dans leur vie à tous les niveaux quand ils n'étaient pas persécutés ou exterminés aux quatre coins du monde. Malgré les révolutions pour des droits civiques meilleurs qui interviennent de l'ouest à l'est de l'Europe, (auxquelles d'ailleurs les juifs prennent part activement, qualitativement et réellement les juifs dans leur ensemble même s'il y a des cas particuliers meilleurs) la situation sociale des Juifs est peu reluisante. Entre 1881 et 1882 à l'Est de l'Europe les Juifs subissaient des pogroms . Ils étaient par ailleurs frappés par des mesures discriminatoires notamment en Russie. La question juive qui résultait du refus d'une intégration juive en Europe et couplée à l'antisémitisme , elle poussait les Juifs à s'interroger sur leur sort en Occident.
SECTION I/ ASSIMILATION ET EMANCIPATION JUIVES
Dans les pays de l'ouest européen tels que la France, la révolution française par son influence au-delà de ses frontières a propagé l'idée que le Juif était devenu un citoyen normal.
Les juifs ont tenté de s'assimiler et ce depuis l'époque du marranisme (qui échoua en grande partie avec l'expulsion d'Espagne des Juifs et aussi les exécutions sommaires de marranes suite aux inquisitions chrétiennes) mais en vain.
Cependant l'assimilation moderne semble prendre forme, les Juifs s'ouvrent à l'extérieur quand les pans des ghettos tombent. Si le Juif pouvait vivre en reclus et préserver sa spécificité de peuple « paria » entre quatre murs et parmi les siens, il n'en plus autrement après la révolution française, la proclamation de la république qui appelle à la citoyenneté tous les résidents séculaires du pays y compris les Juifs qui y vivent depuis des siècles. Toutefois il faut signaler comme le feront les sionistes plus tard que le bilan de la condition juive fait état d'une paupérisation croissante des masses juives partout dans le monde. Bon nombre de personnalités éminentes juives futures sionistes, s'inquièteront du destin collectif du peuple Juif.
C'est ainsi que Pinsker s'interroge sur les résistances juives psychologiques à suivre une démarche nationale. Tout en prenant garde de ne pas « rejeter sur nos ancêtres les responsabilités de cet état de choses », dit-il, il impute cette déficience nationale à la pression des peuples, mais aussi à la tradition messianique qui a pour effet de neutraliser toute la volonté d'action immanente puisque tous les espoirs sont placés dans une intervention de la justice divine reportée à la fin des temps.
Yossef Haim Brenner interpellant les Juifs après le pogrom de Kichinev en 1903 sur les responsabilités qui sont les leurs de saisir leur destin, en fustigeant les illusions idéologiques de même que la foi aveugle en la religion. Il leur enjoint de créer un foyer juif en Palestine afin d'échapper à cette condition juive (d'un peuple qui prétend à tort d'être élu) empreinte de persécutions et d'humiliations ininterrompues.
Moshe Lev Lilienblum fustige le comportement des Juifs en leur imputant le sort de leur propre destin, lequel ne dépend selon lui que de leur bon vouloir , comme il le souligne « Si notre destin se déroule sous les signes de la honte et de l'avilissement , c'est que nous l'avons bien voulu p 14 » Il se demande ainsi si les juifs ne souhaitent pas rester dans leur condition de peuple d'exilés en ne voulant pas repeupler la Palestine malgré les possibilités réelles bien que difficiles et il pense « Le sentiment national , l'amour de notre patrie ancestrale et l'aspiration à une vie normale , à l'instar de tous les autres peuples , sont-ils plus forts chez nous que chez les Tsiganes ?Ne sommes-nous pas, au contraire plus bas qu'eux ?car les Tsiganes , eux , n'ont pas une histoire nationale à l'instar des autres peuples .Mais nous ?Nos amis comme nos ennemis nous montrent le chemin de notre patrie historique, mais nous fermons les yeux et bouchons les oreilles pour ne pas voir ni entendre. Nous rejetons l'idée même d'une résurrection de notre souveraineté d'antan et préférons cette vie avilissante à celle de sujets libres sur leur terre. Nous méritons notre sort actuel parce que nous l'avons voulu et nous avons choisi nous-mêmes la voie qui mène à notre situation. »
Les plus aisés qui ne subissent pas les mêmes intempéries de la vie marginale des Juifs, ne sont pas acquis à la cause libératrice. Quant aux juifs assimilés du centre et de l'est de l'Europe (qui ne sont juifs qu'à l'état civil et ne ressentent pas la plénitude de la judéité au sens traditionnel) ils minimisent les souffrances du peuple d'Israël. Pour eux il est dans les habitudes juives de subir de tels problèmes. Ils espèrent à tort semble t-il, que les juifs auront le bénéfice des changements apportés par les lumières. Comme disent métaphoriquement certains d'entres eux: « La civilisation et l'amour de l'homme étendront leurs ailes sur le monde entier et leurs lumières chasseront les ténèbres, y compris la xénophobie et l'antisémitisme. » Ils estiment par ailleurs que « Les Juifs ne forment pas un seul et même peuple, mais seulement une religion. Ils ne peuvent donc prétendre à l'autonomie » nationale. Pourtant les juifs meurent de faim, sont victimes de discrimination en dehors des pogroms dans des zones d'assignations, une restriction à l'emploi et à l'accession à l'école de leurs fils. Pour survivre ils font toute sorte de métiers concurrençant ainsi les autochtones, « la grande misère des masses juives et la ruine des classes prospères, réduites à la pauvreté par des mesures administratives discriminatoires, ne font qu'empirer et l'on sait que la misère est mère de la délinquance, de la mort ... », le travail de la terre est interdit aux Juifs.
Les juifs sont comme condamnés à errer et à vivre des situations de vie peu reluisantes entre persécutions, expulsions, conversions forcées et même dans les pays où ils jouissent de l'égalité des droits, elle est parfois humiliante et « ils subissent encore la coercition et la honte, qu'ils ne connaissent la sécurité que parce qu'ils sont acceptés en tant qu'être humains, mais rejetés en tant que juifs. » la différence juive n'est toujours pas acceptée même dans les pays d'émancipation. Moshe Lev Lilienblum s'exclamait : « Les Juifs ne jouissent pas de la liberté d'expression. Gladstone s'irrite contre eux et les accuse d'être conservateurs. Bismarck critique leur libéralisme. Les Tchèques les menacent de leurs foudres en leur reprochant de ne pas manifester de patriotisme tchèque et d'opposition à l'Allemagne ; les Allemands, de leur côté exigent des Juifs qu'ils prennent fait et cause contre les Tchèques et les Polonais. Quant à nous, Juifs, c'est avec patience et une soumission d'esclaves que nous écoutons sans broncher toutes ces accusations. »
Les Juifs sont donc condamnés à subir de fausses accusations et les accepter passivement car ils sont comme des orphelins. En tous lieux les Juifs vivent un malaise qui se traduit par une misère matérielle en Europe de l'Est, en Asie et en Afrique du Nord et une misère morale en Europe occidentale traduite par à des atteintes à la dignité juive.
Max Nordau à partir des statistiques établies par Le Dr.Minz évoque l'incapacité des Juifs à s'acquitter des impôts en Autriche mais aussi la résignation pathétique des Juifs des pays musulmans qui subissent les pillages et les vexations comme étant une normalité. Donc en résumé de ses analyses « Les Juifs de l'Europe occidentale ne sont soumis à aucune restriction juridique. Ils ont le droit de se mouvoir librement et de se développer tout comme leurs concitoyens chrétiens. Les conséquences économiques de cette liberté de mouvement étaient donc indubitablement les plus favorables .Les qualités de la race juive, le zèle, la persévérance, la sobriété, l'économie, ont eu pour effet de provoquer une diminution prompte du prolétariat juif, qui aurait complètement disparu de maints pays s'il n'avait pas été remplacé par l'immigration juive d'Orient. Les Juifs émancipés d'Occident sont parvenus assez rapidement à une aisance moyenne. De toute façon, la lutte pour le pain quotidien n'y revêt pas les formes atroces qu'elle a en Russie, Roumanie et Galicie .Mais un autre misère juive surgit ; la misère morale. »
Toutes ces détresses vont pousser des penseurs Juifs de renom tels Yossef Haïm Brenner, à réclamer une autonomie juive sur une terre . Ce dernier regrettait l'exil permanent du peuple juif condamner à vagabonder. Aussi s'écriait-il : «Notre peuple ne possède aujourd'hui nulle assise ferme ; dispersé parmi les autres peuples , persécuté , pourchassé , humilié , il n'a aucune forme . Il va de malheur en malheur, ballotté sur les mers ; sa vie est inhumaine, sans culture, défigurée jusque dans ses fondements mêmes. Notre peuple ignore la nature ; il subsiste et demeure sans travail productif, sans terre nourricière, sans industrie, sans instruction, sans littérature propre digne de ce nom ni beaux arts. Notre peuple traverse une crise. » Pour lui encore le peuple juif n'a pas su tirer un enseignement du passé car ses objectifs actuels auraient du être différents. Il faisait remarquer aux Juifs : « Toute cette légende qui fait de nous un « peuple élu » ne vaut guère plus que toute autre légende ! Notre peuple n'a jamais été un peuple élu. En tout cas, cela fait des millénaires que nous n'en sommes plus qu'un simulacre » .
L'émancipation dont le corollaire sera nécessairement comme nous l'expliquerons plus tard l'assimilation en Europe, passera d'abord par des mouvements visant à éclairer la destinée des Juifs. Les « lumières juives » constituent une tentative juive pour se soustraire de la condition malheureuse des Juifs.
PARAGRAPHE A/ LES LUMIERES JUIVES ET LES VELLEITES D'EMANCIPATION
Les lumières juives notamment qui naissent après le 18 ème siècle , sont cette période où les Juifs entrent activement et non plus en marge dans la production des ½uvres en tant que acteurs dans leurs pays respectifs .C'est une nouvelle forme de judaïsme dépoussiéré de ses carcans et un nouvel être juif que veulent dégager ses tenants , voulant s'ouvrir à la modernité dans toutes ses acceptions .En France les Juifs dans la littérature font apparaître l'israélite qui entrevoit le judaïsme comme une religion normale et en professant sa citoyenneté qui rejette une définition originelle du rapport à Israël en tant que unique patrie .
Beaucoup d'israélites entendent être considérés comme citoyens à part entière dans les Etats dans lesquels ils résident et vont jusqu'à gommer parfois leurs différences certes mais essentielles diluant ainsi leur identité juive. On commence ainsi à parler d'une nouvelle relation entre l'individu juif et sa religion mais aussi avec son lien antique avec la terre d'Israël des ancêtres .Ceci a surtout cours en France où les Juifs parlent français et en Allemagne où les Juifs parlent allemand mais aussi le yiddish. Cependant si des ½uvres juives naissent elles restent tributaires de la pensée occidentale et la philosophie chrétienne, dans le fond l'originalité juive est peu importante dans le sens où rien d'unique n'est créé. Mais comment la révolution a-t-elle été perçue donc et quel a été son apport réel dans la perception de l'identité juive ?
Si la Haskala qui est le mouvement des lumières juives vise à moderniser la vie des Juifs en les ouvrant sur le monde occidental, il n'en reste pas moins que son école de Berlin développe un côté négatif. Celui-ci l'est dans la mesure où il prône une assimilation à outrance à l'Occident au point de diluer les spécificités juives à leur maximum pour mieux se fondre dans le mode de vie européen. Il préconise ainsi de tourner le dos au passé juif.
Le versant négatif de la Haskala représenté par l'école de Berlin s'est donné pour mission de détruire la solidarité juive de même que l'attente messianique en procédant à un dénigrement de l'héritage juif.
Pendant que les lumières gagnaient la France, en Europe centrale et orientale au même moment naissait la Haskala , mouvement philosophique reposant sur la rationalité comme outil pour atteindre la modernité, tout en rejetant l'intervention divine dans la destinée du peuple.
Pourtant les aspects positifs de la Haskala conduiront à une valorisation du patrimoine culture juif. Notamment à l'Est avec l'utilisation du Yiddish. Des auteurs juifs tributaires de ces influences positives, tels que Avrom Sutzkever , s'illustreront en Yiddish dans le domaine de la poésie dans le futur. C'est ainsi que dans les pays de l'Est, la presse en yiddish bénéficiera de ces apports de la Halakha. Elle a été très féconde par ses productions, quotidiens, hebdomadaires, mensuels etc. Les journaux reflétaient un courant politique. « Peuple du livre, le judaïsme fut également celui de la chose imprimée ».
Smolekin fait la distinction entre une haskala positive qui conduit à une identité nationale juive par les lumières et une autre allemande qui dissout l'identité collective en se cantonnant uniquement à l'individualisme.
Les Juifs aspirent à être acceptés car ils ne sont pas considérés comme citoyens. Ils ne sont ni totalement étrangers ni totalement autochtones dans leur pays de résidence. Comme le souligne donc Spinker :« Le Juif, par contre, non seulement n'est pas autochtone dans sa propre patrie, mais il n'est pas étranger non plus, à proprement parler-en réalité, l'étranger par excellence. On ne voit en lui ni l'ami ni l'ennemi, mais seulement l'inconnu dont on ne sait une chose : c'est qu'il n'a point de patrie. » Spinker insiste sur le fait que même les liens d'attache ne donne aucun droit au Juif même si on sait ce que revêt les aïeux trépassés pour un Juif. Il ajoute donc que : « Le Juif, en aucun lieu autochtone et nulle part chez lui, reste partout l'étranger. Qu'il soit né dans le pays, que déjà ses aïeux y aient eu leur sépulture, cela n'y change rien. »
En effet le Juif présenterai un facteur de balkanisation des frontières dans la mesure où il se retrouve dans la position intermédiaire d'un autochtone et d'un étranger. Quelque soit le lieu de résidence il est banni et colporte avec lui la répression. Cependant il est difficile d'atteindre un juif par des mesures économiques car les classes auxquelles il appartient comprennent en leur sein des non juifs également. Un tel sentiment renforce le dédain à l'égard du juif.
C'est tout cela qui entraînera Herzl à résumer la question juive en se demandant si les Juifs doivent partir ou rester, si oui mais où ?
Par ailleurs certains Juifs penseront que le judaïsme et son esprit antique étaient pour beaucoup dans le ralentissement d'une émancipation juive comme le souligne Alain Michel. Il affirme ainsi dans Racines d'Israël : «la première voie, chronologiquement, est la voie libérale, celle du judaïsme réformé. Elle apparaît au début du XIX e siècle en Allemagne, où l'émancipation a beaucoup de mal à s'imposer, du fait des préjugés antijuifs d'une grande partie de la population. Certains Juifs, aspirant à une émancipation à la française, en viennent à s'interroger sur les causes de ces difficultés. Pour eux, l'origine de ces problèmes se trouve dans la trop grande spécificité du judaïsme. Ils souhaitent lui donner des apparences modernes aux yeux du public. Cette démarche aboutit bientôt à une véritable remise en cause du judaïsme rabbinique. » Le judaïsme se calque sur le christianisme quant à ses institutions. Comme il l'indique toujours il s'agissait pour les Juifs de s'harmoniser avec la population locale afin de mieux s'intégrer . Pour autant les tentatives de réforme du judaïsme ainsi que le mode de vie des Juifs en Europe va également susciter une réaction inverse au sein du monde Juif, celui d'un durcissement ou une rétraction de l'orthodoxie juive même si l'on sait que le judaïsme européen s'est caractérisé par son esprit d'ouverture . C'est en ce sens que un des plus grands esprits du Rabbinat de l'Europe centrale, Le rabbin Moshé Sofer, s'opposera aux nouveautés dans le Judaïsme. L'orthodoxie juive adhère complètement à cette nouvelle orientation du Judaïsme. Albin Michel nous le résume dans ses lignes : « Cette formule est adoptée très rapidement par l'ensemble du courant orthodoxe. Certes, il est bien évident que des adaptations continuent à se faire, la multiplication des découvertes scientifiques obligeant les rabbins à donner des réponses à leurs fidèles. »
Pendant que des Juifs sont partagés entre l'adhésion totale à la société européenne passant par une dissolution de l'identité spécifique juive et la coupure à l'Europe par une vie en autarcie réfractaire aux lumières de l'Occident, certaines voix du Judaïsme prôneront dès les années 1830, le retour à Jérusalem. C'est le cas du rabbin Judah Alkalaï, de Sarajevo qui donnera son baptême juif au concepteur moderne du sionisme politique.
Les pensées philosophiques vont préparer l'assimilation des Juifs, comme l'indique Moché Catane : « C'est seulement sous l'influence des idées philosophiques qui amenèrent la Révolution française et l'énorme transformation et l'énorme transformation du monde qui en est encore ébranlé qu'un certain nombre de juifs envisagèrent de renoncer à une partie de leur message pour obtenir l'égalité civique. Au début contre leur gré, puis peu à peu conquis par cette voie facile, beaucoup d'Israélites du monde occidental acceptèrent de ne plus former qu'une confession parmi les autres, dans le cadre national où les hasards de l'histoire et de la géographie les avaient placés. La notion de « peuple d'Israël » était tout simplement niée, ou bien, pour ceux qui croyaient rester fidèles à la loi divine, repoussée dans un avenir incertain. C'est ainsi que de pieux rabbins purent, sans le moindre remords, prononcer régulièrement devant leurs ouailles ce qui, d'après toute pensée juive authentique, relève indubitablement du blasphème : « Notre peuple- le peuple français (ou allemand, ou anglais, ou italien,etc.). » »
Cependant l'esprit de la révolution française comme nous le détaillerons dans les paragraphes prochains, permettra un certain alignement des Juifs sur la société, préconisant désormais l'égalité sociale à tous les résidents. Le statut des Juifs changera de contenu au moment de l'émancipation. Les Juifs ne devaient plus se distinguer comme une nation au sein de la Nation française désormais « une ». Clermont-Tonnerra arguait ainsi : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout leur accorder comme individus ; il faut qu'ils soient citoyens. On prétend qu'ils ne veulent pas l'être. Qu'ils le disent, et qu'on les bannisse ! Il ne peut y avoir de nation dans la nation. »
Les Juifs disparaissaient à l'Ouest comme nation et leur identité ne reposait plus que sur la religion, ils étaient devenus des israélites comme un Français peut être chrétien. Sorti du ghetto le Juif n'avait plus ses repères traditionnels et aspirait à l'émancipation qui lui permettrait de se fondre dans la société. Cependant le juif était autorisé à garder les liens avec sa communauté d'origine.
PARAGRAPHE B/L'IMPACT DE LA REVOLUTION FRANCAISE
Comme nous le soulignions tantôt, la révolution française et la proclamation de la république française avec son corollaire de « liberté, fraternité, égalité» a fait croire à tort ou à raison aux Juifs qu'ils seraient désormais fils des nations dans lesquelles ils résidaient.
Désormais ils pensaient à militer activement dans les sociétés chrétiennes comme acteurs décisifs de façon intégrale. La bourgeoisie juive qui a des origines lointaines et s'est adaptée maintes fois trouve là des occasions de s'intégrer plus activement d'autant plus que de grands noms juifs tels que les Rothschild font parler d'eux et que les écrivains juifs également .Il ne saurait plus être question d'être marginalisé car l'égalité des droits de l'homme, des droits civils, des droits à la citoyenneté et à la nationalité sont étendus aux juifs dans les lois.
Cependant il reste que cette profession d'égalité à laquelle veulent croire les Juifs à cette époque là demeure dans le fond, irréelle et artificielle.
Toutefois il convient avant de parler de la problématique de cette insertion « manquée » par l'émancipation d'évoquer le processus qu'elle a suivi notamment en France. L'histoire nous apprend que les Juifs et leurs défenseurs ont plaidé pour qu'on leur accorde des droits civiques. L'Assemblée était divisée sur le sujet de la citoyenneté, c'est-à-dire qu'elle se demandait dès octobre 1789 « quels seront les citoyens actifs, quels seront les citoyens passifs ? »
Certains comme l'Abbé Maury de droite à l'Assemblée préconisaient, parce qu'il estimait que les Juifs ne s'assimilaient pas aux nations, de leur accorder une protection en tant qu'individus et non citoyens français qu'ils n'étaient point pour lui.
L'abbé Grégoire quant à lui, demandait la généralisation et l'égalité des droits civiques aux Juifs, car les défauts qu'on leur imputait, pensait-il, résultaient de la condition d'abaissement qu'ils subirent longtemps.
L'évêque de Nancy qui était contre la citoyenneté à accorder aux Juifs de France, pensait : « Liberté du culte, oui ; sécurité des personnes, oui ! « Mais doit-on admettre dans la famille une tribu qui lui est étrangère, qui tourne sans cesse les yeux vers une patrie commune, qui aspire à abandonner la terre qui la porte ? » De plus, accorder la citoyenneté aux juifs provoquerait en Alsace et en Lorraine un « grand incendie »...La population n'était pas prête semblait-il expliquer.
La majorité de l'Assemblée, face aux différents clivages, avait décidé d'arrêter de statuer sur la question juive « pas suffisamment à point ».
Par ailleurs en France les Juifs « allemands » n'avaient pas le même statut que les Juifs de Bordeaux, plus libres. En revanche les Juifs en Alsace et Lorraine étaient mal perçus.
L'acceptation des Juifs comme citoyens pose donc problème. Reubell a peur d'une contagion de la liberté bordelaise octroyée aux Juifs, aussi s'exprimait-il : « Les Juifs se sont réunis pour exister en corps de nation séparé des Français ; ils ont un rôle distinct, ils n'ont jamais joui de la possession d'état de citoyen actif ; d'ailleurs l'exception pour les Juifs de Bordeaux entraînerait bientôt la même exception pour les autres Juifs du royaume. »
Dans son livre « La France et Les Juifs » Michel Winock explique que « l'émancipation des juifs avait été décrétée sans éclat, comme à la sauvette, dans les derniers jours de la Constituante. L'acte émancipateur a plus de grandeur que la manière ; il résulte d'un long processus intellectuel et politique entamé dans les décennies qui ont précédé la Révolution. »Cet état de fait devait expliquer le mécontentement exprimé par les Francçais dans certaines municipalités qui n'acceptèrent pas la citoyenneté accordée aux Juifs.
Malgré ces crises, l'égalité des droits devait bénéficier aux Juifs. Partout les juifs furent encouragés par des personnalités telles Berr Isaac Berr , à renoncer aux privilèges de l'Ancien régime pour bénéficier des avantages de la citoyenneté française.
WINOCK Michel, fait remarquer à juste titre qu'« En France, à l'émancipation par la loi s'est ajoutée une promotion notable des juifs dans la société. Ils n'avaient pas attendu la Révolution pour se faire une place, mais une place à part. Interdits de propriété foncière, ils étaient par excellence des artisans et des commerçants. Leur énergie de groupe minoritaire, la prise de risque qui accompagnait leur situation précaire avaient abouti quelque fois à une prospérité fortement jalousée. Surtout, on les détestait comme usuriers. » Dans l'imaginaire populaire tous les Juifs étaient associés à tort à l'argent et la finance comme les Rothschild. Le mot « juif » était devenu synonyme d'usurier même si certaines familles catholiques et protestantes s'étaient également illustrées dans les banques notamment à Paris.
Le sentiment juif et l'être national ressuscitent peu à peu face au mal de l'assimilation car comme l'explique Haam, l'assimilation est une sorte d'esclavage moral, où le juif se dépouille volontairement de sa condition nationale et renonce à son âme profonde juive quoiqu'il maquille son abdication.
Par ailleurs l'identité juive subira un impact du fait de l'émancipation et par ricochet de l'assimilation. CATANE Moché nous l'apprend à travers ce long commentaire : « Dans le cadre de l'Assemblée des notables juifs, convoqués par Napoléon en 1806, fut formulée la doctrine, confirmée l'année suivante par le « Grand Sanhédrin » de Paris, que toutes les références nationales de la tradition juive étaient (provisoirement) abolies, et que seules demeuraient valables les obligations de caractère « religieux ». Autrement dit : on serait juif, désormais, comme on était catholique ou protestant. C'était là un pas énorme, et certains hésitèrent à le franchir. Mais c'était le prix qu'il fallait payer pour mettre fin à l'ère des persécutions et de la mise au ban de l'humanité. Aussi la plupart s'y résignèrent-ils, cependant que cette métamorphose enchantait ceux qui étaient déjà philosophiquement assimilés. Les résistances et les protestations s'atténuèrent de plus en plus et, vers le milieu du XIX e siècle, même les rabbins les plus intransigeants sur l'observance des préceptes mosaïques considéraient la réforme napoléonienne comme une bénédiction et prônaient une intégration complète des Israélites dans la nation française, en réclamant seulement la sauvegarde des prescriptions traditionnelles de la vie quotidienne : chômage du sabbat et des jours de grandes fêtes, alimentation rituelle, etc. , et notamment, le seul point sur lequel les Notables et les membres du Sanhédrin avaient victorieusement repoussé les pressions de l'Empereur, mariage exclusivement endogamique. »
SECTION II/LE PROBLEME JUIF
Si sur les papiers l'égalité civique et juridique est accordée aux Juifs, il n'en demeure pas moins vrai que dans les faits, la différence juive se fait ressentir notamment à l'occasion de crises économiques. Les Juifs continuent à être perçus tels que des bouc émissaires et étrangers inassimilables surtout dans le Centre et l'Est de l'Europe. Que cela soit du point de vue de la perception de l'antijudaïsme qui se permute en antisémitisme , que cela soit de la perception du judaïsme dans un environnement chrétien, comme ce sera le cas plus tard de l'impopularité de solution de la création d'un Etat juif . Comment donc se perçoit cette originalité des juifs (qui les fondent à revendiquer une autonomie) lesquels dans leur majorité, sont encore persécutés ?
PARAGRAPHE A : LA SPECIFICITE JUIVE
Si les Juifs ont accédé formellement et juridiquement à l'égalité, il reste que l'assimilation est peu réussie, car une grande part notamment des masses souhaite perpétuer la différence, la spécificité juive comme issue d'une nation différente .Si l'émancipation est souhaitable parce qu'elle permet un mieux être de la condition juive longtemps bafouée, elle risque cependant de conduire de larges pans des communautés juives vers l'assimilation qui elle reste potentiellement dangereuse.
Ainsi donc comment bénéficier de ces droits civils et politiques sans se fondre totalement dans les sociétés européennes au risque de perdre non pas seulement son identité individuelle mais aussi collective ? Désormais la synagogue n'a plus le même impact qu'elle revêtait antan ni le même poids, car les Juifs peuvent se dégager de son emprise du fait même qu'ils peuvent se faire enregistrer par l'Etat comme citoyens.
Ces droits entraînent un relâchement, on se définit maintenant comme juif français, Juifs allemands etc. et même israélites et le Juif n'est plus perçu par beaucoup de ses membres, comme véhicule d'une nation religieuse spécifique.Toutefois beaucoup de juifs encore notamment religieux et pratiquants continuent à se voir comme détenteurs d'une civilisation autre aussi qu'européenne. En effet les Juifs considèrent avoir une origine et une histoire originelle différente et une manière de vivre ensemble et des bases psychologiques de perception du monde qui trouvent leur source dans la Thora encore .Pourtant l'antisémitisme ne manquera pas de frapper indistinctement tous les Juifs .
C'est pourquoi certains comme Bernard Lazare penseront qu'il est temps que les juifs se battent pour l'autonomie, celle d'être un peuple. Tout comme lui Peretz Smolenskin pensait : «Cet espoir de salut et de rachat doit être notre bannière et seuls ceux d'entre nous qui sont animés de cette volonté, c'est-à-dire ceux qui veulent reconstruire l'antique maison d'Israël, sont ses dignes fils ». Pour ce dernier cet acte volontaire , de choisir de se relever en normalisant la condition juive par la reconstruction de la «maison d'Israël» est une chose désirable, même si les Juifs orthodoxes estiment qu'il est hérétique de retourner à Sion avant l'avènement du messie.
Pour autant le retour à Sion serait-il contraire à la tradition juive si décrété par l'homme ? Dans l'histoire si la sortie d'Egypte relevait du miracle divin, celle de Babylonie était effectuée par la volonté humaine nous rappelle Mordechaï Eliasberg .
Quant à Buber , il pense que la morale juive n'est pas exhaustive si elle ne se confronte pas aux affaires publiques comme c'est le cas en Diaspora .
Les courants libéraux estiment que les caractères ethniques et distinctif défendus par le sionisme retardent l'Emancipation et l'intégration. Quant au socialisme juif en Russie, il compare le Sionisme à une idéologie petite bourgeoise.
Pour Berditchevksy l'on doit compter sur le bon vouloir d'un Etat et la lutte des Juifs pour instaurer leur autonomie dans un espace territorial sans lequel, ils ne peuvent exister spécifiquement.
Doubnov pense que si les Juifs ont intégré la culture et l'histoire de l'Europe il existe une particularité nationale juive. C'est ce pourquoi également il estime que leur autonomie doit être reconnue.
Quant à Ahad Haam s'il est pour un nationalisme juif même en Europe au détriment de la terre ancestrale d'Israël il pense néanmoins qu'un Etat nation en Palestine serait plus facilement réalisable avec l'aide des Etats européens. Car pensent il, ces derniers n'accepteront pas la division de leur souveraineté en Occident.
Pourtant l'âme d'Israël qui existe depuis toujours plusieurs siècles a soif qu'on lui reconnaisse son droit de constituer un peuple lié par le sang et par une destinée commune. Si le peuple juif est fécond pour les nouvelles idées à introduire dans les pays de la Diaspora dans la réalité il est en perdition dans la mesure où il ne peut assimiler complètement l'âme de ces peuples étrangers.
En effet Israël doit se reconstruire sur sa propre terre, il aspire à être lui-même car son être profond est étranger à celui des nations de l'Exil.
Martin Buber pense que pour être une nation le peuple juif doit refuser l'assimilation, préserver l'esprit du judaïsme qui lui donne une assise solide aux sources originelles de sa tradition. Ce peuple unique a un culte religieux très particulier. Ainsi Yaacov Klatskin estimait il que religion juive comportait de grandes cloisons nationales menacées par l'exil. Pour lui le peuple juif par conséquent est en exil. Car selon lui : « Après que les cloisons de la religion ont été abattues, les valeurs morales du judaïsme, ses idées, ses opinions, sa vision du monde ne suffisent plus à préserver ses cloisons nationales dans les pays de l'Exil, ni à assurer la pérennité de la nation juive. » Il pense donc que les modalités religieuses du judaïsme disparues, les valeurs morales du judaïsme ne pourront suffire à empêcher la désintégration du peuple juif face à l'assimilation menaçante que constitue son environnement immédiat en Diaspora par interaction subie.
Comme le signale Max Nordau de même, à l'heure de l'émancipation, les Juifs embrassèrent la plupart des aspects de la Société chrétienne, en reniant ou en réformant judéité, en omettant sciemment la signification de Sion et en réajustant le judaïsme sur le christianisme.
Les Juifs de l'Ouest ont cherché en vain à s'assimiler mais ont été rejeté. Quant aux Juifs de l'Est , selon Nordau toujours, qui conservaient leur ethos juif, l'assimilation constituait une rétrogradation, une aliénation culturelle. Ceux qui reconnaissent et acceptent le souvenir mythique du peuple d'antan et même un passé mêlé de honte voudront se joindre à l'½uvre rédemptrice du sionisme par la solidarité juive. La réhabilitation de l'image du Juif sera ainsi amorcée.
Les Juifs possèdent une histoire particulière qui leur est propre, ils n'ont pas de territoire historique en Diaspora où plonger leurs racines sans cet élément l'autonomie est vaine. Cependant la communauté juive qui repose sur l'aspect religieux en Exil ne s'est pas confrontée aux problèmes socio économiques pour avoir la viabilité d'une vie pleinement nationale.
Quant à Ahad Haam, il pense qu'il est possible d'être nationaliste sans être sioniste mais l'assimilation est une imposture , car elle constitue une déchéance de la condition juive.Auparavant le Juif avait de la fierté à se sentir juif maintenant il réforme sa personnalité en se fondant dans les masses de la Diaspora. Ahad Haam ajoute « qu'ils soient de l'Est ou de l'Ouest, ils sont juifs parce qu'il en est ainsi, autrement dit parce que le sentiment national juif persiste à vibrer dans leur c½ur par conviction, voire involontairement. C'est la soif, l'envie, la tentation des « droits » qui les a contraints à nier publiquement la réalité de la nation juive, et ainsi, à se mentir à eux-mêmes et à leurrer les autres.. » Il en déduit donc que le peuple juif est resté profondément juif même quand il a voulu le nier. La distinction du peuple Juif persiste donc pour Ahad Haam, malgré les siècles passés. Il marque sa convinction en l'éternité du peuple juif en ces termes : « Même si nous le voulions mille fois, nous ne pourrions arracher les racines de notre être. Le désir d'exister se soulève contre la destruction. L'histoire humaine de ces trois millénaires nous démontre l'impossibilité de tuer en nous l'esprit hébraïque de notre peuple. Nous avons été juifs trois millénaires car nous ne pouvions guère être autrement ; et nous sommes juifs aujourd'hui et nous le serons encore demain, car nous n'y pouvons rien et personne au monde n'y pourra rien non plus. Nous avons été juifs aujourd'hui et nous le serons encore demain, car nous ne pouvons pas ne pas l'être. Une force puissante et irrésistible nous relie à notre judaïsme et nous étreint le c½ur jusqu'à ce que déclarions : je veux être juif ; parce que cette volonté d'être juif est une force naturelle, une source de vie ; parce que le judaïsme gît en notre c½ur au même titre que d'autres sentiments plantés dans le c½ur de l'homme depuis sa création, comme l'amour de ses parents et de la terre natale. » Il exprime ensuite les caractéristisques de cette « fibre » juive en poursuivant par ses propos : « Ni l'opinion, ni la loi, ni la foi d'Israël ne sont la cause originelle, la force initiale, mais la sensibilité juive, cette émotion instinctive indéfinissable. Désignez-la du nom que vous voudrez, appelez-la »liens du sang », définissez-la du nom que vous voudrez, appelez-là »liens du sang », définissez-là du nom que vous voudrez, appelez-là « liens du sang », définissez-là comme l'esprit de la race ou le sentiment national mais, plus que par ces noms-là, il convient de la nommer : le c½ur hébraïque ! » Il pense donc que le sentiment juif et l'être national ressuscitent peu à peu face au mal de l'assimilation. Pour Haam même Simon Doubnov fasciné dans le passé par les Juifs d'Occident reconnaît le mal de l'assimilation « Car une telle assimilation n'est rien d'autre que l'esclavage d'antan dans des habits neufs, pire encore que le précédent : le Juif au Moyen Age ne soumettait au seigneur que son corps sans rien céder sur son être intérieur et sa condition nationale, tandis que le Juif moderne, auquel il fut donné la possibilité de marcher tête haute en compagnie du peuple, fit en sorte, pour trouver grâce aux yeux de la société, de se couper les ailes, autrement dit de sectionner son âme, son être national en deux. »
Ahad Haam appellent les Juifs à revendiquer leur singularité par ces mots : « les enfants d'Israël relèveront la tête avec force et appelleront leurs voisins avec rigueur : nous sommes une nation culturelle vénérable dotée d'un droit historique en Europe identique au vôtre et c'est pourquoi nous avons toutes les raisons de vous demander de respecter notre singularité nationale, de nous donner la possibilité de vivre parmi vous une vie nationale, de nous donner la possibilité de vivre parmi vous une vie nationale spécifique comme celle dont vous jouissez. Accordez-nous nos droits nationaux ! » Il explique donc qu' « Une différence radicale existe entre d'une part la reconnaissance du droit des quidams Reouven et Simon à participer avec leurs concitoyens à la vie du pays dans lequel leurs ancêtres sont établis depuis des générations, et d'autre part la reconnaissance du droit d'un peuple étranger à vivre une vie nationale autonome sur une terre qu'au demeurant, il n'a jamais considérée comme sa propriété nationale depuis qu'il s'y est établi. »
En effet les Juifs ne sont acceptés nulle part y compris en France où ressurgissent les antisémites.
Pour Bernard Lazare la définition du Juif selon les antisémites et philosémites « ce qui unit entre eux toux les Juifs du monde, c'est qu'ils sont de même race » or pour lui cette assertion n'est pas valable car : « Le Juif russe au nez écrasé, aux pommettes saillantes, aux yeux bridés, le Juif espagnol au nez recourbé , à la bouche charnue, le petit Juif brun au nez droit et le petit Juif roux d'Allemagne ont-ils le même ancêtre, descendent-ils d'un même couple ? Non, mais on pourrait leur chercher des aïeux dans la Judée d'autrefois, et on retrouve leur effigie à la fois sur les bas-reliefs des Hittites et sur les fresques qui ornent les tombeaux des pharaon. » Il affirme donc qu'« Il y a plusieurs types de juifs, mais malgré les croisements et les mélanges, on peut soutenir, contre Renan que la pérennité de ces types est incontestable. Si donc nous rectifions l'idée que philo et antisémites se font de la race juive, on peut dire que l'identité des origines constitue déjà un lien entre les Juifs. »Pourtant il estime que ces liens ne sont pas suffisants pour justifier la singularité du peuple Juif. Il pense donc que « la croyance en cette communauté d'origine n'est pas suffisante pour nous unir. Est-ce uniquement la qualité qu'on nous attribue qui nous attache les uns aux autres? Non, car c'est à cause de cet attachement qu'on nous accorde cette qualité. »Pour lui malgré la conscience d'un passé commun et récent, le Juif qui a obtenu la citoyenneté oublie ses racines modestes juives car il en a honte ; il va jusqu'à en renier l'existence pour s'insérer dans sa nouvelle « nation ».Toutefois il serait très difficile de renier cet ethos juif datant de plusieurs millénaires pour adhérer à une émancipation qui est à peine centenaire.Pour Bernard Lazare il faut rechercher le trait commun se rapportant aux Juifs dans une histoire commune et une certaine vision du monde née de fonds d'idées, traditions et coutumes. Comme il le souligne donc « Outre ces traditions et ces coutumes, se sont élaborées, au cours des âges, une littérature une littérature et une philosophie. De cette philosophie et de cette littérature nous avons été exclusivement nourris pendant de longues années. Assurément, nous vivons actuellement et beaucoup d'autres Juifs d'autrefois vivaient sur un fonds d'idées générales, idées humaines et universelles que les nôtres ont contribué d'ailleurs à créer, mais nous possédons certaines catégories d'idées et certaines possibilités de sensations et d'émotions qui n'appartiennent qu'à nous parce qu'elles naissent précisément de cette histoire, de ces traditions, de ces coutumes, de cette littérature et de cette philosophie. »
D'après les observations de Bernard Lazare toujours nous pouvons avoir une idée des classes sociales au sein du peuple Juif. Ainsi donc on peut distinguer : l'aristocratie juive, la haute bourgeoisie industrielle et commerciale donc capitaliste, minoritaire mais dominante, la petite et moyenne bourgeoisie et une importante masse prolétaire juive exploitée. Enfin on peut également avoir une idée des tendances principales oscillant entre le conservatisme et le socialisme révolutionnaire, et ceux qui se trouvent entre ces deux tendances.
Par ailleurs depuis les origines des hébreux, l'identité juive repose sur une élection d'après la Bible. Un peuple choisi par la divinité Yahvé qui a choisi de lui offrir un royaume s'il respecte ses commandements. Cette élection les juifs en gardent conscience encore. Pourtant quant à ce qu'elle revêt les avis peuvent diverger. Pour Schmouel Hugo Berman cette élection signifie élection morale qui a trait à la capacité du Juif qui doit être une référence morale par son élévation humaine et non une supériorité sachant que la divinité l'a puni à chacun de ses égarements.
En ce qui concerne l'identité juive, il semblerait qu'elle constitue un tout. Si les autres nations peuvent séparer l'élément religieux de l'élément national, les Juifs ne le peuvent car ces éléments sont pour eux imbriqués
Il y a une religion faite pour un peuple et un peuple tout désigné sur lequel s'applique cette religion. Même si il y a une évolution de la perception de cette identité voilà ce qu'était la spécificité des Juifs. C'est justement cette différenciation des Juifs d'avec le reste des populations majoritaires au sein desquelles qui suscitera l'antisémitisme.
PARAGRAPHE B : L'ANTISEMITISME
L'antijudaïsme qui opposait le christianisme au judaïsme qu'il accusait de déicide, a enfanté l'antisémitisme qui maintenant à une connotation raciale. Le Juif est toujours perçu comme inassimilable même quand il est animé d'un désir sincère de s'intégrer. La société lui fait remarquer qu'il est différent et qu'elle n'entend pas lui accorder un traitement égal que l'ensemble des autres citoyens chrétiens. Comme le nom l'indique un racisme s'abat contre les fils de Sem, en l'occurrence les Juifs originaires de la Palestine selon l'Histoire.
Si il existe des individus dans la communauté juive qui n'entendent plus se définir comme Juif en tant que originaire d'une nation mais israélite, il en existe aussi parmi eux qui se définissent comme des laïcs. Car pour eux on peut être juifs sans confessions sans être liés au judaïsme.
Pourtant l'antisémitisme frappe même les juifs qui se détachent du judaïsme et rejette cette communautarisation juive en s'intégrant totalement dans les nations de la Diaspora.
Le cas du capitaine DREYFUS l'a bien montré dans une affaire obscure où il fût accusé de trahison en raison de sa confession et peut être de l'affirmation tacite du rejet de la France de ses « Juifs français ». Herzl qui assistait à l'iniquité de ce procès s'aperçut de la montée de l'antisémitisme dans le pays par excellence de l'assimilation et conçut à la non intégration des Juifs laïcs ou non.
Herzl pensa qu'il était temps de ressusciter le sionisme plus celui des amants de Sion, mais plutôt une solution politique visant le retour à Sion, patrie mythique des Juifs où ils auraient une certaine autonomie pour fuir la violence de l'Europe chrétienne. L'antisémitisme actuel dont la forme la plus extrême se manifesta dans le nazisme (qui conçoit la judéité de façon raciale), a encore des racines remontant à l'antijudaïsme .
A l'Est de l'Europe, de 1922 à 1938, les Juifs subirent des restrictions dans le monde estudiantin à l'université de Poznan en Pologne, tant par l'élaboration d'un numerus clausus que par des violences physiques suggérées. Ainsi des tracts prodiguaient : « Partout où tu rencontreras un Juif, brise-lui les dents à coups de barre de fer. N'hésite pas même s'il s'agit d'une femme. Ne crains rien et ne regrette qu'une seule chose, c'est de ne pas avoir frappé assez fort...»Tant que les Juifs seront minoritaires et non indigènes parmi une majorité de Non juifs, ils seront victimes d'antisémitismes .De plus l'antisémitisme qui est inhérente à la nature humaine et a des origines lointaines multiples et illogiques .
L'antisémitisme sommeille toujours au sein des peuples non juifs, il est donc bien que latent très présent. En revanche elle cristallise l'identité juive même si elle était quasiment inexistante avant les persécutions à l'inverse de l'assimilation et l'intégration qui la dissolvent.
Pour Léon Spinsker « La judéophobie est une psychose. Comme telle, elle est héréditaire et, maladie transmise depuis deux mille ans, inguérissable .»
Perçus comme boucs émissaires, les Juifs considérés non indigènes subissent l'antisémitisme .Il affirmait que : « Le Juif, par contre, non seulement n'est pas autochtone dans sa propre patrie, mais il n'est pas étranger non plus, à proprement parler-en réalité, l'étranger par excellence. On ne voit en lui ni l'ami ni l'ennemi, mais seulement l'inconnu dont on ne sait une chose : c'est qu'il n'a point de patrie. » Il pense donc que l'émancipation accordée aux Juifs est née de la raison et d'une affection sincère envers eux. En réalité dans les faits ils ne seront jamais admis quelque soit la durée de leur séjour comme autochtones.
Les Juifs n'étant pas considérés comme indigènes malgré leur présence durable dans certains pays, ils représenteraient l'étranger par excellence donc le déplacement causerait des troubles.Le problème juif naîtrait donc de la migration ininterrompue des Juifs à la recherche d'un hâvre de paix. Pourtant la souffrance encourue par les Juifs leur vaut le droit et le mérite d'avoir une nation à eux comme les autres peuples.
Pour Herzl , les Juifs ont tenté de devenir des patriotes sincères mais en vain.Quand bien même la présence des Juifs remonterait à des siècles antérieurs, la majorité non juive des pays de la Diaspora y compris ceux dont la présence est ultérieure à celle des Juifs, leur donnera dans les faits un statut d'étrangers.
Les Juifs ont tantôt résisté aux persécutions dans le passé ou en cherchant à s'assimiler mais en vain en raison des préjugés fortement ancré dans les masses populaires indigènes de l'Europe. Herzl pense que « La chasse aux Juifs n'a cependant jamais provoqué que la défection des faibles. Les Juifs forts reviennent fièrement à leur race lorsque éclatent les persécutions. On a pu le voir clairement à l'époque qui suivit immédiatement l'Emancipation. » Pour toutes ces raisons il pense que l'antisémitisme ancré au sein des nations retardera l'assimilation. Cependant cet antisémitisme consolide voir cristallise la personnalité Du peuple Juif.
Herzl estime « Que celui qui peut, veut et doit disparaître disparaisse ! Mais la personnalité du peuple juif ne peut pas, ne veut pas et ne doit pas disparaître. Elle ne le peut pas, parce que des ennemis extérieurs contribuent à le maintenir. Elle ne le veut pas, et cela elle l'a prouvé durant deux mille ans, au milieu de souffrances sans nom. Elle ne le doit pas, c'est ce que j'essaie de démontrer dans cet écrit, après beaucoup d'autres Juifs qui n'ont point désespéré. Des branches entières du judaïsme peuvent dépérir, se détacher ; l'arbre vit. » Partout comme le fait remarquer Herzl par exemple, en Allemagne les chrétiens s'écrient : « que les Juifs décampent ! » . Quelque soit le lieu, l'appartenance sociale ils ne sont plus tolérés même si certains juifs comme en France sont jugés trop assimilés. Face à cette intolérance à l'encontre des Juifs, Il résume la question juive en se demandant si les Juifs doivent partir ou rester, si oui mais où ? Herzl constate que « les peuples chez lesquels habitent les Juifs sont, sans exception, ouvertement ou honteusement antisémites. (...) Il est donc impossible d'atteindre l'antisémitisme. Il ne peut être supprimé aussi longtemps que ses causes existent. Sont-elles supprimables ? » Il affirme donc que le nouvel antisémitisme est le résultat de l'émancipation juive. En effet La classe moyenne juive suite à l'émancipation est devenue une rivale de la bourgeoisie chrétienne. Cependant l'égalité des droits, étendue aux Juifs ne saurait disparaître car elle procédait de la rationalité et de la conscience de l'humanité quant elle avait été proclamée. Par ailleurs il est difficile de destabiliser la position sociale dans le domaine des affaires sans pertuber l'ensemble du système dans lequel sont présents les autochtones également. Herzl pense donc de « Par cette impossibilité d'atteindre les Juifs, la haine ne fait que se renforcer et s'aigrir. Parmi les populations, l'antisémitisme grandit de jour en jour, d'heure en heure, et doit continuer à grandir parce que les causes continuent à exister et ne sauraient être supprimées. La causa remota est la perte de notre assimilabilité, survenue dans le Moyen âge ; la causa proxima, notre surproduction en intelligences moyennes, qui ne peuvent ni effectuer leur écoulement par en bas ni opérer leur mouvement ascensionnel par en haut- du moins de façon normale. En bas, nous devenons révolutionnaires en nous prolétarisant et nous formons les sous officiers de tous les partis subversifs. En même temps, grandit en haut notre redoutable puissance financière. » Il ne souhaite pas non plus l'assimilation juive pour lui la personnalité ethnique juive est historiquement trop importante pour disparaître malgré les vexations qui d'ailleurs la renforce. Aussi constate-il les effets négatifs de l'assimilation et juge que si l'antisémitisme cessait ses effets le peuple juive fondrait dans la masse non juive. Il estime que la prospérité juive : « semble contenir quelque chose d'irritant, parce que le monde était habitué depuis de nombreux siècles à voir en nous les plus méprisables des pauvres. En outre, soit par ignorance, soit par étroitesse d'esprit, on ne remarque pas que notre prospérité nous affaiblit, en tant que Juifs, et nous perdre notre individualité. L'oppression seule fait revivre en nous la conscience de notre origine. Et la haine de notre entourage fait à nouveau de nous des étrangers. » Ces analyses de la société sucitent chez Herzl ses observations : « Ainsi, nous sommes et restons, que nous le voulions ou non, un groupe historique reconnaissable à son homogénéité. » En effet les nations refusent l'intégration aux Juifs et leurs persécutions les poussent les Juifs à conserver leur judéité. Donc somme toute la haine primitive à l'égard des Juifs entretient leur unité, et leur réussite économique attire la convoitise et la jalousie, alors qu'elle abaisse leur spécificité juive, c'est pourquoi les Juifs survivent en tant que peuple, car l'oppression cimente leur groupe et qu'ils aspirent à former un Etat nation.
Quant à Yaacov Klatskin il est du même avis que Herzl, et ses impressions sont qu'« on constate aisément, par exemple, le rôle considérable des gentils dans la préservation de l'existence du peuple juif dans les pays de l'Est européen et l'importance considérable du rôle joué par le territoire autonome octroyé et imposé aux Juifs de Russie. Le mouvement d'assimilation des Juifs aurait été bien plus important et étendu si cette limitation avait été supprimée et si les Juifs avaient eu accès à la vie civile dans l'ensemble du pays. Nous devons, en quelque sorte, être reconnaissants à nos persécuteurs qui ont fermé les portes de l'assimilation, préservant ainsi notre communauté de la désagrégation, en nous forçant à changer de nom ou à nous convertir au christianisme. » La discrimination et la mise à l'écart des Juifs de Russie dans un territoire autonome avec des noms spécifiques renforcent à souhait leur nationalisme ce qui n'est pas le cas de l'assimilation. Klatskin évoque un souvenir à ce sujet d'une remarque d'une personnalité juive en ces termes : « Ce que Luigi Luzzatto avait dit au cours d'une réunion publique est très significatif : « S'il ne tenait qu'à moi, je ne serai pas juif ; mais, dès que vous venez m'insulter et m'injurier, je redeviens juif. » A ce titre Salanskis rappelle que « Georges Hansel aime à dire que deux choses rappellent les Juifs à leur tradition : les tribunaux juifs et les persécutions. Les tribunaux juifs et les persécutions rappellent aux Juifs, qui jugent parfois dimension négligeable d'eux-mêmes le fait qu'ils soient juifs, que cette dimension pourtant n'est pas oubliée : elles leur posent de la sorte la question de ce c'est que d'être juif. »
Max Nordau comme les sionistes de l'Ouest européen, pense que l'émancipation n'a pas supprimé l'antisémitisme et qu'elle l'attise même au contraire.
Le sioniste Russe Ahad Haam estime que l'assimilation est un danger à l'intégrité de l'identité juive qu'elle dépouille de sa spécificité par l'uniformisation et l'alignement sur le mode de vie non juif. Pour Ahad Haam toujours, si l'Emancipation est possible, elle est à éviter car « Elle a un prolongement culturel, l'assimilation, qui signe à moyen terme la disparition de la conscience juive ou du moins sa réduction à une dimension exclusivement religieuse et cultuelle. Amputée de ses aspects historiques, culturels et linguistiques, l'identité juive pourrait bien être alors, par le biais de l'Emancipation, vidée de sa substance. »
Alors Denis Charbit fait remarquer que « Ce n'est donc pas l'antisémitisme qui obsède Ahad Haam, c'est le triomphe de l'uniformité culturelle, la fin de l'exception juive en quelque sorte. Et c'est moins l'Emancipation qu'il remet en cause que l'attitude des Juifs qui consentent à payer cette liberté politique à un prix exorbitant : la liquidation de leur identité culturelle spécifique. »
Quand Brenner pense que l'émancipation a permis aux juifs de s'ouvrir à l'humanité, Bernard Lazare lui distingue l'assimilation qui appauvrit les masses juives de l'émancipation qui doit conduire à l'autonomie politique .
Il apparaît donc que l'émancipation et l'égalité des droits à l'égard des Juifs est une théorie, dans les faits les Juifs sont soit marginalisés et accusés comme responsables de tous les maux ou très peu intégrés en réalité dans les sociétés au sein desquelles ils vivent à cause de l'antisémitisme naturel et primaire de ces nations européennes.
Nordau fait remarquer que l'émancipation accordée en Europe aux Juifs n'est pas née d'un bon vouloir des Européens. Elle serait ainsi née d'une démarche purement rationnelle qui voulut qu'on accorda aux à tous les hommes sans distinction l'égalité civique. En effet la déclaration des droits de l'homme et des citoyens née entre autre de la philosophie de Rousseau. En effet si tous les hommes sont égaux selon une logique implaccable, il est normal que les Juifs qui sont des hommes bénéficie de la citoyenneté française. Par la suite les autres pays (à l'exception de l'Angleterre et la Hongrie où les libertés accordée aux Juifs étaient réelles en pratique) suivant un effet de mode ou de mimétisme ont adopté ce qui avait été fait comme nouveauté en France. Cependant il restait que dans les faits si les Constitutions des Etats européens (ayant accueilli positivement les droits de l'homme) reconnaissaient l'émancipation des Juifs, les masses populaires européennes, elles, n'étaient point prêtes à considérer comme leur égal un peuple d'« humiliés »qui avait toujours été perçu par le passé comme étranger. C'est ce que fait remarquer Max Nordau par ces propos : « L'émancipation des Juifs n'est pas due à l'aveu que l'on s'est comporté cruellement à l'égard d'une race, qu'on lui a infligé un traitement atroce et qu'il était temps de réparer une injustice millénaire ; elle est uniquement une des conséquences de la façon de penser géométriquement rectiligne du rationalisme français du XVIIe siècle. Ce rationalisme se basait sur la logique seule, sans égard pour le sentiment vivant, sur des principes ayant la précision d'un axiome mathématique, et il prétendait introduire des créations de la raison pure dans le monde de la réalité. » Nordau explique donc que « la philosophie de Rousseau et des encyclopédistes avait abouti à la Déclaration des droits de l'homme. Et les hommes de la grande révolution, dans leur logique inflexible, en tirèrent l'émancipation des Juifs. Ils posèrent le problème correctement : chaque homme a certains droits naturels ; les Juifs sont des hommes ; donc les Juifs ont tous les droits que l'homme tient de la nature. Et ainsi l'égalité des Juifs a été proclamée en France, non pas sur la base d'un sentiment de fraternité à l'égard des Juifs, mais parce que la logique l'exigeait. Le sentiment du peuple était opposé à cela, mais la philosophie de la révolution voulait que l'on mît les principes au-dessus des sentiments. - fondamentaux
L'assimilation et l'émancipation à l'ouest de l'Europe n'ont donc pas fait disparaître l'antisémitisme qui renaît même en France. La haine et la jalousie naturelles à l'égard des Juifs commandent à ces derniers d'être précautionneux dans les actes les plus quotidiens de la vie. En effet le succès juif irrite peu importe le domaine. Même en France, les productions de la Gerbe font état d'une recrudescence de l'antisémitisme ou d'un malaise du Juif en France quant à une intégration faussée.
Pour Ahad Haam « il n'est guère besoin d'une vue particulièrement perçante pour y percevoir, et pour percevoir dans chacune des pages de la Gerbe, ce qui révèle l'état d'esprit réel et actuel de nos frères français. Cet état d'esprit, où aucuns veulent voir un « enthousiasme », n'est autre que son exact contraire ; et c'est un contraire que l'on doit bien désigner comme étant une servitude intérieure camouflée en liberté intérieure. »
Il convient de remarquer que les menaces à l'égard des Juifs demeurent liées au mépris de la société même en France. Celle-ci a un traitement différencié négatif par rapport à l'ensemble de la population. Les juifs sont ainsi constamment obligés de justifier leur appartenance nationale entre la signification que revêt et Jérusalem et la France pour eux.
Ainsi suite à l'alerte d'une invasion probable des maisons des Juifs d'Alsace en 1840 qui n'ont pu obetenir la protection de la police dans un premier temps à cause de leur origine ethnique, Ahad Haam s'écrie après cette histoire humiliante : « Voyez vous-même ! Je suis entouré de brigands armés et j'appelle : « Au secours ! Un homme en danger ! » Cela n'impose-t-il pas l'obligation à tous de courir à l'aide ? N'y a-t-il pas grande honte, honte pire que la mort, à m'obliger à prouver d'abord que le danger qui menace est une menace pour les autres également pour le sang humain ? Comme si mon sang n'était rouge que s'il est mélangé au sang des autres ? Comme si le genre humain était quelque chose de différent de moi, auquel je n'appartiendrais pas ? Comme si son nom ne désignait pas la collectivité des hommes à laquelle j'appartiens également ? ... »
Les Juifs de l'Europe seraient donc victimes d'une servitude morale de même qu'une servitude intellectuelle ce qui conduisit à une brisure de l'unité religieuse. En voulant se faire accepter comme bons patriotes les Juifs se sont dépouillés de leur identité juive tant religieuse que nationale pour ne garder qu'un sentiment vague et corrompu de leur judéité afin de se faire mieux accepter .Les Juifs français qui ont « abjuré publiquement leur identité nationale juive » pour justifier leur attachement à leur judéité qui conserve encore l'élément religieux, s'appuient sur une prétendue mission d'Israël parmi les nations . Selon eux: « Le peuple juif est bien mort ; mais l' « ecclésia » juive existe toujours et devra toujours exister puisque la mission d'Israël n'a pas été menée à son terme, tant que le monothéisme absolu, et tout ce qui en découle, ne s'est pas imposé au monde entier ; en attendant, Israël vivra bon gré, mal gré souffrant et luttant, car telle est sa raison d'être : « connaître Dieu et amener les autres peuples à sa connaissance. »
Ahad Haam s'insurge contre ladite et présumée mission du peuple juif en ces termes : « Nous ne pouvons comprendre cette doctrine qui exige de croire à une finalité dans le destin des peuples en particulier à cette mission du peuple juif. S'ils s'en remettent à une telle croyance, c'est sous la contrainte, c'est faute de trouver une autre issue, un autre moyen de concilier le judaïsme et les droits qui leur ont été octroyés: d'une part, les Juifs ne peuvent être qu'une « église » religieuse ; d'autre part, la foi religieuse s'est considérablement débilitée. Enfin, et là est l'essentiel : ils savent, au fond du c½ur, que, malgré tout, ils sont juifs et que juifs ils veulent rester. Pour se dissimuler à eux-mêmes la contradiction entre ces « vérités », ils sont forcés de chercher refuge dans cette idée préconçue ; et alors que, pour toutes les autres questions de la vie et de la science, ils sont vraiment de leur génération, ils sont incapables, pour la question du judaïsme, de dépasser le point où se sont arrêtés leurs prédécesseurs, il y a cinquante ans ; comme si, tout au long de ce cycle jubilaire, rien n'avait changé dans les opinions et les connaissances. »
On assiste donc à une aberration d'un individu qui doit montrer ce qu'il est ou n'est pas. Cet exercice intellectuel qui abouti à un autodénigrement de fait, montre combien le Juif assimilé, émancipé de France qui souhaite se faire accepter gomme volontairement son identité. Et en même temps pour garder un élément de leur judéité notamment au niveau de la foi religieuse, ils entendent en justifier la raison. « Cette servitude intellectuelle est le prix de la liberté politique. »-
-BER Borokhov : Les Juifs avec les progrès survenus aspirent à une liberté et une situation meilleure ils ne sont plus près à endurer les humiliations d'antan
Ber Borokhov, quant à lui fait état de la situation des Juifs des pays de l'Islam qui sont également victime de l'antisémitisme comme leurs frères d'Europe. Ils signalent donc que les Juifs orientaux et sépharades continuent de servir de boucs émissaires dans les sociétés arabo-musulmanes constituées des populations réfractaires au progrès . Il s'exprime donc ainsi :« Quel prix, nous les Juifs, devrons-nous payer pour elle ? Prenons les Juifs du Maroc, qui sont relativement peu nombreux. Ces 300 000 descendants des expulsés d'Espagne et du Portugal au XVe et au XVIe siècles issus d'une souche glorieuse qui a donné au judaïsme plusieurs générations de grands savants, de poètes, de philosophes et des rabbins, cette population au passé si brillant a droit à notre attention toute particulière. Mais s'il faut obtenir les acquis du progrès moderne au prix du sang de ces Juifs, au prix de leur humiliation et de leur persécution et de leur persécution, n'est-ce pas verser un tribut trop lourd à votre idole cruelle et insensée ? ».
Cet antisémitisme en terre musulmane peut parfois attenter à la vie des Juifs. Ce fut le cas des Marocains ayant massacré des femmes et enfants juifs en 1903.
Face à ces manifestations violentes des peuples hôtes, un peu partout dans le monde, les Juifs sont étrangers à leur propre destin.Vulnérables, sont-ils, aux conséquences de l'antisémitisme qui en règle générale est sans fondement ou injustifiable.Aussi estiment ils, les observateurs juifs, l'exil touche à sa fin car il n'y a point d'avenir en Diaspora pour le peuple juif. Les juifs doivent faire oublier, renoncer à leur être collectif comme tactique afin d'échapper aux persécutions, se faire humble pour fuir l'antisémitisme pourtant ancré dans la mentalité chrétienne.
L'assimilation au regard des assimilés tels les marranes a échoué, ils ne se sont pas intégrés.En France les Juifs considéraient l'émancipation non comme un droit mais une faveur. Somme toute la cause de l'antisémitisme demeurera et le statut utile du juif bouc émissaire également. Il était donc temps que les Juifs cessent de courber l'échine, de subir pour reconquérir leur dignité culturelle, et affirmer sans honte leur droit à l'existence. C'est en ce sens que des personnalités juives ont décidéd'éduquer les Juifs, la masse pauvre et servile pour la reconstruction de la nation, car l'émancipation, avilissante, n'était pas un exemple à suivre pour eux .
Bernard Lazare a ainsi résumé la mentalité des Juifs émancipés profondémentassimilés par ces propos: «Volontairement il s'est amputé, en repoussant loin de lui toute éducation juive, en ignorant son histoire, ce qu'il avait été, ce qu'avait fait son peuple, quelle avait été sa pensée. Mais il ne put ensuite combler la lacune qui s'était ainsi produite dans son esprit. Il lui fut possible de s'assimiler, comme un écolier, l'histoire, la philosophie, la littérature, l'art des pays dont il devenait citoyen, mais cet art, cette littérature, cette philosophie, cette histoire ne pouvaient tenir à ses fibres ni faire vibrer profondément son être et il est vrai que dans les sociétés chrétiennes le Juif ne peut être qu'un assimilateur ; il ne sera créateur que le jour où il viendra de nouveau de puiser aux sources juives, ces sources où un Heine sut plonger. »
En fait l'assimilation ne donne qu'une liberté temporaire que garantit la loi, mais les préjugés dans la réalité l'abolissent. L'émancipation quant à elle qui diverge de l'assimilation n'est en réalité qu' « un esclavage déguisé », car les Juifs ne sont pas encore acceptés dans les nations de l'exil comme dôtés de tous les droits du citoyen.
A l'Est les juifs sont frappés d'indignité dans certaines fonctions qu'ils ne peuvent ainsi occupés et certains droits leur sont encore refusés .A l'Ouest malgré l'émancipation politique les Juifs ne jouissent pas dans les faits de droits égaux car marginalisés. -Il est temps que les juifs se battent pour l'autonomie, celle d'être un peuple .
Bernard Lazare fait une triste constatation : « ce qui me choque car c'est contraire à la justice, c'est de rendre dans un but fort louche, les Juifs responsables de tous les maux sociaux. »
On peut comprendre que l'antisémitisme soit si prégnant dans Europe, quand on sait que dans l'ancienne Europe chrétienne notamment en Espagne, il y avait déjà des esquisses établies sur les Juifs établies à base de préjugés erronnées. Le Professeur Maurice Kriegel estimait ainsi que les chrétiens avaient une image qui dépréciait les Juifs. Celle-ci organisera le type de relations entre eux et les Juifs. Par exemple les chrétiens ibériques pensaient des Juifs qu'ils étaient lâches, doués d'une intelligence de fourbe, de malhonnête, de subtilité et habileté, peureux, timide, accusé de crime de rituel. Certains préjugés affirmaient que les Juifs p30 que les « Juifs sont les plus astucieux et les plus malins parmi les nations ; ce qui peut expliquer qu'on empêcha l'accession des Juifs aux charges publiques. »
Maurice Kriegel à la page 30 de son livre, « Les juifs à la fin du Moyen Age dans l'Europe méditerranéenne », cite l'explication du docteur Juan Huarte dans Examen de ingenios en 1575 : « Les descendants du peuple d'Israël n'ont pas encore perdu les dispositions et qualités que la manne a conférées à leur race, et qualités que la manne a conférées à leur race, et qualités que la manne a conférées à leur race, et qualités que la manne a conférées à leur race, et ils ne perdront pas de sitôt la vivacité d'esprit et l'habileté qui leur sont venues pour cette raison. »
Les lumières juives, l'émancipation et l'assimilation comme facteurs et mouvements décisifs vont provoquer une mutation de l'identité juive et être à l'origine de l'élaboration des sionismes.
CHAPITRE II LA TRANSFORMATION DE L'IDENTITE JUIVE EN DIASPORA ET LA NAISSANCE DU SIONISME
L'identité juive traditionnelle comme on l'a évoqué dans les lignes précédentes a subi des mutations en Diaspora avec les changements majeurs tels que l'universalité et à l'application des droits civiques et politiques à tous Mais il reste que les Juifs en pratique sont toujours victimes des crises socio économiques . Les Juifs ont subi une mutation dans leur identité déjà à partir de la fin du moyen âge. Les conséquences du capitalisme, la sévérité des problèmes économiques qui provoquaient une adaptation certaine des Juifs. Ces derniers pour survivre s'adonnaient de plus en plus aux activités commerciales qu'ils avaient eu l'occasion d'exercer. Ainsi donc la richesse n'a jamais été considérée comme immorale dans le judaïsme.Comme l'évoque Jacob Katz « Ni le désir d'être richesse ni le fait d'être riche ne furent jamais considéré comme immoral en principe. »
Katz le soulignait « la subsistance de la société juive dépendait de la production de revenu du capital, ce qui contraignait la morale juive à légitimer sans hésitation la possession de richesses ou du moins à ne pas la considérer comme un mal. N'importe quel individu de la société juive entre le XVe et le XVIIIe siècle a donc dû être confronté à des comportements encourageant et favorisant le désir d'argent et de richesse plus qu'ils ne le limitaient, compte tenu bien entendu des conditions préalables et des restrictions imposées à son acquisition et à son utilisation. » Selon Katz chez les Juifs « Quiconque contribuait à la subsistance des savants et a fortiori quiconque les entretenait était considéré comme ayant pris part à leur étude. Il était vu comme un « associé » dans l'accomplissement du commandement qui n'aurait pas pu être accompli sans lui, et la même récompense était promise au mécène et au savant. »
Le judaïsme subit des mutations avec l'apparition d'une intelligentsia juive laïque (étudiants autodidactes, écrivains et journalistes), la naissance d'un prolétariat artisanal, à l'intérieur des communautés juives et à l'extérieur par le régime tsariste les excluant à l'Est. La religion juive est dès lors mue par un syncrétisme procédant à la fois du nationalisme et du socialisme, succédant au système religieux après le XVIII e siècle.
Les Juifs avec en l'occurrence Herzl optent pour la voie du renouveau d'un Judaïsme mais surtout de la liberté à accorder aux communautés juives désormais qui se perçoivent comme un peuple doté d'une histoire commune, lié par la mémoire du judaïsme sinon de la Thora et surtout des persécutions communes. Enfin l'idéal du retour à Sion que cela soit pour des raisons religieuses ou politiques dans un souci de liberté ou d'émancipation réelle mais en Israël sans justifier sa spécificité.
En Diaspora après le courant de la Haskala ou les lumières juives et la révolution française, il est apparu une nouvelle manière de se sentir Juifs. Si naguère les Juifs étaient sous l'emprise de la Tora et de la loi halakhique, à partir de ces événements il n'en sera plus de même.
Les Juifs aspiraient pour certains notamment à l'Ouest de l'Europe qui voulaient garder leur foi tout en en se fondant dans la masse non juive des nations européennes. L'extension des droits civiques et politiques au bénéfice des Juifs en Europe occidentale particulièrement en France, supposait de facto en contrepartie la fusion de leur identité nationale. La France était la nouvelle patrie, celle dans laquelle étaient nés ces Juifs. Partagés entre fidélité à la nouvelle mère patrie, eux qui sortaient du ghetto tout en ayant déjà subi de grandes influences des Etats nations et la patrie mythique des ancêtres bibliques la Palestine hébraïque, ils opteront pour un éclatement de la définition originelle du Juif. Désormais ils estimaient qu'ils pouvaient être juifs Français, c'est-à-dire israélites, comme un catholique, un protestant Français. Leur rapport à la judéité ne recouvrait plus que le côté religieux et avait ignoré le traditionnel aspect national qui se manifestait dans la fidélité en une Jérusalem où l'on espérait rétablir la souveraineté.
Du côté oriental de l'Europe, Le peuple juif restait fidèle à l'ancienne définition tandis que ceux du centre notamment d'Allemagne, d'Autriche et Hongrie, s'ils n'avaient pas des droits reconnus légalement comme les Juifs de France, ils avaient de facto atteint une certaine autonomie. Ils rêvaient quant à eux, à une autonomie nationale, et l'emprise de la culture germanique et russe, avait entraîné chez eux un désir ardent de nationalisme.
Si à l'Est certains espéraient un rénover le judaïsme, d'autres, assimilés ne souhaitaient garder que l'élément national de leur judéité en se définissant comme Juifs laïcs.
Essentiellement, on peut dire qu'il est apparu à partir du 19 ème siècle trois catégories principales de Juifs en Europe : Les Juifs au sens complet du terme fidèle à la définition unitaire du binôme religieux national, les juifs laïcs ou juifs nationaux et les juifs religieux mais non nationaux c'est-à-dire les israélites.
Mais il convient de préciser que ces catégories ne sont pas aussi simplistes, car il y a des Juifs qui ne pratiquent pas l'ensemble des rites et prescriptions religieuses, comme il y a des juifs laïcs reconnaissant cependant un vestige ou un héritage de la tradition religieuse et même des juifs athées, des Juifs par la culture et des Juifs par négation c'est-à-dire par le fait de l'antisémitisme.
Certains juifs religieux, pratiquants ou orthodoxes rêvaient de ressusciter l'antique judaïsme qui était en déclin, en rénovant un foyer spirituel à Sion, colline surplombant Jérusalem. Il s'agissait des « Amants de Sion » dont une frange non négligeable luttait en attendant d'un tel idéal, pour une autonomie provisoire suivant un modèle social dans les pays de la Diaspora, notamment dans la zone de résidence assignée aux Juifs l'aire russophone en Sibérie par exemple. Ceux-là prévoyaient éduquer les masses juives par l'apprentissage du yiddish, les valeurs morales et religieuses de la bible etc. Quant aux juifs nationaux ils prônaient un sionisme politique. La conception la plus élaborée de cette thèse fût celle de Herzl, docteur en Droit et journaliste rédacteur austro-hongrois.
Si le sionisme politique prône l'établissement d'un foyer garanti par le droit public et les grandes puissances étatiques, il s'inspire de modèle d'Etat-nation qui avait cours à l'époque. Cette thèse estimait que les Juifs constituaient un Peuple un, indivisible transfrontalier certes uni par la foi des aïeux, et l'héritage d'une religion, le judaïsme qui a longtemps permis aux juifs de garder leur unité au sein des communautés et d'échanger.
Après maints conflits entre les tenants d'un Etat installé soit en Argentine, Ouganda ou Palestine, le choix se fera sentimentalement pour Sion. Finalement la colonisation ou Yichouv se fera en Palestine par l'émigration des juifs de toutes tendances. Les problèmes qui se posaient alors étaient la nature de l'Etat à instaurer.
Fallait il créer un Etat juif c'est-à-dire théocratique sous l'obédience du judaïsme ou un Etat des Juifs englobant toute sorte de Juifs, mais sous modèle laïc qui avait cours en Occident de par la séparation entre l'Eglise et l'Etat ou puissance publique? Ensuite autour de quels éléments objectifs et subjectifs devait naître le nouvel homme juif en Palestine ? Autrement dit fallait-il reproduire l'homme juif de la diaspora traditionnel, laïc, religieux ou une synthèse de ces types de Juifs ?S'il fallait une langue nationale, fallait-il choisir le yiddish parlé par la majorité des Juifs d'Europe, l'allemand, l'anglais ou l'hébreu langue liturgique morte ? Pouvait-on ainsi avoir des Juif religieux, pratiquants, de mémoire, par la culture (qui a remplacé la religion), de par la nation ou Juif laïque (en segmentant la plénitude de la judéité d'avec l'élément religieux), de par la loi civile (sur l'inscription de la nation du citoyen par déclaration de bonne foi des parents suivant la loi) israélienne ?
Comme l'a expliqué Max Nordau, l'émancipation a bouleversé la structure traditionnelle juive qui perdait ses repères de naguère en tant que peuple spécifique (même s'ils avaient des relations d'affaires avec les gentils).
Le ghetto avait préservé les communautés juives qui vivaient dans un pseudo Etat. L'isolement dans le ghetto permettait aux Juifs de vivre en communauté dans les domaines religieux, sociaux, vestimentaires, bref dans un refuge idéal national encadré par la halakha et une fraternité juive.
L'émancipation a rompu les liens communautaires des Juifs qui croyant en une autre patrie naissante avaient décidé de s'assimiler à l'ensemble de la société .
Denis Charbit, qui explique la mutation de l'identité juive en Diaspora, insiste sur le fait que « ...le sionisme doit être relié au mouvement des lumières juives (la Haskala) en général et à l'émancipation individuelle en particulier. Il leur emprunte directement cette idée qu'il faut opérer un changement dans la structure traditionnelle de liberté appliquée à l'individu ne pouvait pas ne pas être étendue et revendiquée par une collectivité pour elle-même. »
Pinsker quant à lui définit « le sionisme comme auto-émancipation » « considérant la politisation comme la clé de l'accès à la modernité, le sionisme troque ainsi le messianisme du peuple de Dieu contre l'inscription dans l'histoire de la nation juive. »
-Le sionisme comme le mouvement des lumières juives, la haskala entend modifier, moderniser la structure traditionnelle du peuple Juif et mettre l'accent la politique et le social. Le ghetto tombé les Juifs aspirent donc à se faire accepter par leurs nouveaux compatriotes mais en vain.
Pourtant le progrès déstabilise le socle identitaire juif, l'espoir n'est pas dans l'exil qui menace la situation précaire des Juifs. Les Juifs doivent donc s'atteler à rechercher leur salut en reconstruisant la maison de leurs aïeux. Si les Juifs aspirent désormais par leur propre volonté à se relever en normalisant la condition juive par la renaissance de la maison d'Israël, les Juifs orthodoxes quant eux estiment que cette action est hérétique.
A ses débuts le sionisme était mal perçu. C'est ainsi que le socialisme juif en Russie comparait le Sionisme à une idéologie petite bourgeoise .
Le sionisme pourtant mélange savamment tradition et modernisme, passé rénové et futur meilleur .Comme l'écrit Denis Charbit« C'est dans cette capacité à incarner à la fois l'ancien et le nouveau, la tradition et l'utopie, la restauration et la révolution, que le sionisme doit continuer de puiser ses forces pour recruter et mobiliser les pionniers et militants dévoués à sa cause. »
La délivrance du peuple Juif en exil, proviendra de la volonté humaine telle que celle qui fut utilisée par Le scribe Esdras pour rammener « Israël » en Palestine après l'exil Babylonien .La voie naturelle comme le préconise Mordecaï Eliasberg à l'instar d'autres peuples libérés par elle, devrait être utilisé par le peuple Juif longtemps endormi par le Judaïsme.c'est-à-dire par une volonté propre alors que la religion a longtemps endormi le peuple Juif .
Pour Martin Buber , afin de reconstituer sa nation, le peuple juif doit refuser l'assimilation, préserver l'esprit du judaïsme qui lui donne une assise solide aux sources originelles de sa tradition.il préconise donc créer de nouvelles formes et nouvelles armes sans oublier la voie divine en tenant compte de la réalité.
D'après Yaacov Klatskin, la destruction du ghetto et des cloisons religieuses qui maintenaient une pseudo nation de juifs vivant entre eux, au sein d'une communauté ont disparu avec l'assimilation et l'intégration .
Nordau, quant à lui exhorte ceux qui veulent ressusciter le souvenir mythique du peuple d'antan et qui accepte le passé juif tant positif que négatif à se joindre à l'½uvre rédemptrice du sionisme par la solidarité juive.
Ber Borokhov, lui, regrette la neutralité du Bund face au choix entre l'assimilation et le nationalisme. Pour lui ces deux mouvements sont antinomiques en exil c'est pourquoi opérer une sélection. Le bund devrait donc plutôt par la culture contribuer à rénover l'aspect national.
Comme l'indique Yossef Haïm Brenner, l'existence juive ne saurait être viable tant le peuple juif cohabite avec des peuples qui veulent l'exterminer. Il faut donc un havre de paix et un refuge aux Juifs.
Pour l'instant les Juifs sont rassemblées autour de communautés ethniques à l'Est et sous formes de communautés religieuses en France ou en tant qu'individus éparpillés ça et là. Il faut donc constituer une nation. Le nationalisme revêt ici le sentiment de dignité, de liberté dans une terre à soi où de vrais droits seront reconnus, garantis et respectés .L'unité s'y fera autour des valeurs, une histoire et des pensées communes fondera la nation.Toute liberté des peuples rime avec l'autonomie nationale.
En effet cet espoir de liberté, malgré l'Exil les juifs l'ont conservé dans leurs prières. C'est ce qu'écrivait Bernard Lazare : « Comme en ces âges lointains, les Juifs errent encore sur les chemins du globe, combien de temps encore erreront-ils ainsi ? Tous les ans, quand vient le soir de pâque, ceux d'entre eux qui ont conservé leur foi psalmodient à trois reprises le souhait consacré : « Lechanah haba Ierouchalaïm. »J'imagine que, pour ceux qui gémissent encore dans quelque ghetto, comme pour les aïeux du Moyen âge, ces paroles veulent dire : « l'année prochaine nous serons dans un pays de liberté, nous serons des hommes, ils nous sera permis de vivre sous le clair soleil qui est à tous, sauf à nous. »
La liberté juive doit donc venir d'initiatives propres des Juifs. Et cette liberté apparaîtra lorsque le Juif, nomade par excellence, aura sa terre et en jouira librement
Pour Micha Yossef Berditchevsky les Juifs doivent donc militer comme les autres peuples pour des droits nationaux même s'il ne possède pas de terre à l'étranger, des droits historiques, il a sa spécificité donc un droit à l'existence.
Les Juifs ont une histoire particulière qui leur est propre, ils n'ont pas de territoire historique en Diaspora où plonger leurs racines sans terre, l'autonomie est vaine.
SECTION I/DU COMMUNAUTARISME JUIF AU NATIONALISME JUIF
Les juifs étaient organisés en communauté au sein des pays de la Diaspora mais quand survînt l'émancipation, ils furent partagés entre l'assimilation mal vécue et le désir de rester uns. Fallait il rejeter la nation d'Israël et se fondre à jamais dans les nationalismes européens qui les rejetaient? Ces en ces termes que la question du nationalisme juif se posa et d'ailleurs par une définition ontologique du Juif.
Le XVIII ébranle la force religieuse en Europe, qui s'exprime désormais par le nationalisme, l'identité, l'identité est désormais nationale et aspire à la souveraineté : « La souveraineté politique appartient désormais directement au peuple, non à Dieu ou à son royal représentant. »
En effet comment pouvait il en être autrement ? Les Juifs vivaient une marginalité qui les place dans une périphérie à l'extérieur de la société des Pays de l'Exil tout en y vivant. En effet pour David Maladavksy « la communauté juive de la Diaspora a une position marginale eu égard aux projets communautaires des gentils .Son extériorité partielle vis-à-vis d'eux résulte de sa fidélité au lignage, aux origines, qui est renforcée par de nombreuses pratiques institutionnelles, et parfois aussi, par la position adoptée par les pouvoirs des gentils à son égard. Parfois confondue avec une autre forme de marginalité, elle a fait l'objet de nombreuses persécutions et subi les conséquentes fissures dans sa position institutionnelle, mais sa spécificité pour la judéité même n'en a pas été dénaturée pour autant. » Par ailleurs les juifs vivent dans une société en interaction où les influences des sociétés dans lesquelles ils sont émergés, les imprègnent et les influencent. Pour Maladavsky toujours : « En même temps, la communauté juive dans la Diaspora a besoin d'un lien constant avec les influences des Gentils, lesquelles constituent un stimulus permanent pour la complexification et le renouvellement interne, et ce, en favorisant divers modes de lien avec les propres fondements identificatoires. »
Tout au long de leur histoire, les Juifs ont tenté régulièrement de maintenir leur judéité en dépit de l'influence extérieure, en essayant de réguler les divers aspects de la vie communautaire.
Ainsi la Diaspora juive à travers le monde présente des communautés très diversifiées qui se surpassent pour maintenir un semblant de très commun avec les origines sémitiques. C'est un peu le cas des Juifs japonais et chinois qui opèrent un synchrétisme se situant entre la tradition juive transmise oralement de générations en générations se référant à l'action d'héros et les croyances locales. Par ailleurs les noms et prénoms qu'ils portent sont étrangers à ceux portés par les autres Juifs.
Les Juifs se caractérisent donc par l'exil qu'ils occupent. Cet exil repose sur une tryptique il est à la fois politique, car déjà les juifs ont perdu leur souveraineté. Cependant il reste que les Juifs parce que se considérant comme étrangers se mêlaient par le passé rarement de la politique. Dans leurs prières leur objectif politique était la réssurgence d'Israël. Donc on peut dire que les Juifs ont des desseins différents de ceux des gentils ou non juifs. Ensuite nous avons à faire à un exil par rapport au guetto qui est leur cadre de vie dont la règle était la Halakha ou loi religieuse. Ils vivaient dans un pseudo Etat, où il y avait une relative autonomie et pouvaient se sentir en protection loin des gentils. Enfin il est du point de vue idiomatique, dans la mesure où les Juifs ont créé un langage à eux en dehors de l'hébreu lithurgique et qu'ils ont des pensées propres, des conceptions particulières nées de la Thora et aussi des persécutions encourues.
En ce qui concerne Maladavsky : « L'exil semble plutôt une marque originaire de l'histoire juive, et par conséquent le problème en soi a pu être résolu par la rémission à une « terre promise » ; la langue hébraïque a également pu être conservée, coexistant avec l'apprentissage de la ou des langues des pays dominants , avec y compris l'introduction d'un dialecte (ladino, yiddish) qui mélangeait plus ou moins l'hébreu aux autres langues et à leurs propres modalités .Mais ce fût différent avec le problème du pouvoir , ce point étant celui qui nous intéresse ici, puisque nous avons défini la marginalité en fonction de ce paramètre . En effet, il ne suffit pas de résoudre le problème territorial en évoquant la terre des ancêtres qui, un jour, sera récupérée, ni de résoudre le problème idiomatique en transmettant le trésor de la langue hébraïque ; seule l'apparition d'une communauté créée autour de certains leaderships politiques, où le pouvoir spirituel revêt une grande importance, permet de penser la marginalité au sein de la judéité. »
Il convient de remarquer que dans les communautés outre les interactions pouvant se produire dans le domaine langagier comme c'est le cas avec les dialectes juives, telles le ladino et le yiddish, il y a d'autres types d'influences étrangères. Ainsi par exemple, Des intellectuels juifs, tels Maïmonide, Spinoza, Lévi Strauss, Freud ont subi l'influence à la fois de la tradition juive mais aussi l'apport culturel des gentils. En effet, cela peut s'expliquer dans la mesure où les Juifs souhaitent bénéficier des plaisirs, droits, activités initiés par les non Juifs pour leur propre bien être. L'incorporation de l'extranéité apparaît comme vitale pour le renouvellement des communautés juives. Les juifs ne se sont-ils pas par exemple en milieu séfarade et maghrébin, enrichi de l'influence arabe et berbère ? LEIBOWITZ René évoquera ainsi les influences modernes que reçurent des Juifs et leur impact à leur tour dans le monde occidental. Il explique : « certains compositeurs juifs ont su remplir des fonctions importantes au sein de l'évolution musicale en Occident. Demandons-nous à présent, en quoi consistent ces fonctions. Elles supposent, en premier lieu, une assimilation complète du compositeur de la tradition et du langage musicaux de son époque et de son milieu ; elles supposent en outre chez le compositeur des facultés d'innovation, un génie de l'invention, grâce auxquels le compositeur découvre des ressources nouvelles d'un langage musical. C'est ainsi qu'il l'enrichit, qu'il lui donne une vie nouvelle, c'est ainsi qu'il arrive à perpétuer la tradition. »
Dans la peinture également beaucoup de critiques, trouvaient qu'il y avait de l'oriental et du Juif dans la création cubique de Picasso. Par ailleurs beaucoup de Juifs, comme Modigliani, Pissaro et ceux de l'Europe orientale tels Chagall, ont influencé l'Ecole de Paris. Le ghetto et le hassidisme transparaissaient ainsi dans la peinture juive entre le 19 et le 20 ème siécle . Par exemple, « l'art de Chagall est fait de fantaisie mystique, pleine d'un charme inattendu, telle qu'on la retrouve dans le langage pictural savoureux des enseignes populaires des ghettos de Russie. »
Chagall a joué un rôle déterminant du point de vue juif : « il a introduit dans le répertoire de l'art moderne le pittoresque spécifique du judaïsme de l'Est, à peine touché par l'émancipation. Son exemple permit aux jeunes peintres juifs de l'Est de s'exprimer en une langue familière, sorte de yiddish pictural. Il faut se garder, cependant, de confondre le pittoresque régionaliste d'une partie de la diaspora avec « la tradition juive en art », comme on le fait souvent à propos de Chagall : « c'est traiter là à la légère une question capitale pou l'avenir culturel du judaïsme. »
Pour SABILE, « La majorité des peintres juifs , notamment de Paris, sont inscrits dans deux courants, le « juste milieu » et le « levantinisme » »
Même sur le plan de la musique, il semblerait qu'on ne puisse prétendre à une « pureté » de la musique qualifiée de juive. Ainsi s'il y a un folklore hébraïque, on ne peut prétendre avec certitude à l'authenticité originelle des répertoires musicaux, mais il est possible en revanche de penser qu'elle s'est largement assimilée à la musique occidentale. Par exemple le compositeur juif italien, Salomone Rossi Ebreo était plus tributaire de la tradition musicale italienne.
Par ailleurs à l'intérieur du monde juif, il peut exister une marginalité, ce fût le cas des karaïtes par rapport au monde rabbanique. On peut citer également les ultraortodoxes ou tenants du hassidisme, les kabbalistes au moment de leur apparition etc. qui étaient des groupes minoritaires au sein des communautés juives. On a donc tendances juives oscillant entre des adaptations, des récupérations et un désir de marginalité. Celles-ci s'exercent entre les communautés juives et le monde des gentils. C'est ce qu'explique Maladavsky : « En effet, endurer l'humiliation et la honte sans perdre sa dignité, sans détruire le lien avec l'éthique, représente un enseignement de longue date pour le judaïsme influencé par les idées hassidiques du Moyen Age, qui incitait à avoir recours au soutien divin face aux moqueries ou aux injures des plus puissants »
C'est une véritable analyse psychique vers laquelle nous sommes conduit quant à la place qu'occuperait la judéité dans le comportement social individuel et communautaire juif .Entre marginalisation à l'extérieur du groupe mais aussi à l'intérieur, les liens entre juifs et gentils, le processus identificatoire, les efforts mais aussi l'ambivalence entre recherche du confort gentil et désir de la spécificité juive. Par ailleurs le désir de briser les attaches juives suite au vécu de certains traumatismes longtemps endurés ou un désir de retour à l'origine juive, après une séparation ou l'attrait à la modernisation qu'offre la nouvelle société. Il y a alors adaptations face aux humiliations mais également introversions.
Comme l'indique Maladavsky encore : «l'identification juive peut apparaître à un moment de restitution, afin de reconstruire un monde et un moi fracturés; l'identification délirante avec un prophète biblique en est un exemple. » Ce fut le cas au moment de certains troubles du monde juif avec l'émergence des pseudo messies.Herzl plus tard dans certains milieux sera assimilé à un messie.
Lorsque deux communautés juives comme ça a été le cas entre séfarades venus d'Espagne au moment de leur expulsion et les Juifs autochtones du monde berbère et arabe du Maroc, il peut s'opérer un syncrétisme houleux entre les deux communautés. David Maladavsky dit à cet égard : « Les groupes ayant une origine différente du groupe majoritaire proposent au reste de la communauté des résolutions syncrétiques et imposent une sophistication dans le mode de penser l'unité dans la diversité .Dans ce contexte, l'association entre corps d'origine sémite et d'autres de provenances diverses semble être un problème. Enfin, tout en ayant un impact sur la culture des Gentils, la marginalité créatrice propose d'articuler propose d'articuler la judéité avec les aventures de l'esprit de l'humanité toute entière. »
Par ailleurs dans tous leurs déplacements les communautés juives transportent avec eux leurs rites religieux comme le souligne Cholem Aleikhem dans « Les Sinistrés de Kasrilevkè, que cite Maladavsky à la page 194 de son livre sur la judéité : « Où qu'ils aillent, les Juifs emmènent avec eux, Dieu soit loué, leur foyer, leur ghetto et leur exil. »
Pourtant après la dénaturation de l'identité traditionnelle juive, et les diverses mutations subies suites à l'émancipation accordée aux juifs de jure ou de facto, il devait s'en suivre un constat général de l'intégration des Juifs. Ces derniers rêvent désormais d'un nationalisme juif à l'instar d'autres minorités nationales européennes.
Ainsi Bernard Lazare s'exprimait: « c'est dans le développement du nationalisme juif que je vois la solution de la question juive. »Mais il ne s'arrête pas là il va jusqu'à décrire comme il voit son « nationalisme ». On y entrevoit une liberté à la fois des Juifs pris individuellement mais aussi collectivement. Il explique: « Comment doit-on considérer le nationalisme ? Il est pour moi : l'expression de la liberté collective et la condition de la liberté individuelle. J'appelle nation le milieu dans lequel l'individu peut se développer et s'épanouir d'une façon parfaite. ». D'autre part Lazare pense que l'impact positif de la collectivité ainsi regénérée transparaîtra sur la personnalité de l'individu qui n'en sera que plus harmonieuse . Pour lui, la conquête de la liberté collective entraînerait donc une reconnaissance de nationalité juive.
Léon Spinsker fustige le comportement des communautés juives. Il estime que le peuple juif dispersé , ici et ailleurs n'a pas de patrie, n'a pas éprouvé le besoin de se reconstituer. Pourtant il recommande une éducation juive qui doit susciter l'envie d'un nationalisme. Il pense qu'«il faudra établir qu'il importe d'éveiller ce désir en eux et de le maintenir vivant, s'ils ne veulent végéter dans une existence ignominieuse ; en un mot, qu'il leur faut devenir une nation. »
Devant donc la situation périlleuse et alarmante des Juifs en Europe, acceptés nulle part, la solution apparaît désormais nationale quant au problème juif. Aussi Ahad Haam pense t-il que « pour échapper à tous ces ennuis, il est nécessaire d'établir un Etat juif. »
Pourtant quelle signification doit avoir un tel Etat juif, sera-t-il un simple refuge ? Pourrat-il épargner tous les Juifs ? Ahad Haam s'interroge alors : « mais s'il en est ainsi, si l'Etat juif ne signifie pas « le rassemblement des exilés », mais plutôt la colonisation d'une partie de la Palestine, alors comment cela pourra t-il résoudre le problème matériel des masses juives dans les pays de la diaspora ? ». Il poursuit : « Que nous bâtissions un Etat juif ou non, la situation matérielle des Juifs dépendra toujours de la condition économique des pays où nous vivons. »
PARAGRAPHE A/LA DEFINITION TRADITIONNEL DU JUIF
Dans la tradition le Juif se définissait par son lien avec la terre D'Israël, la Thora, et son Dieu .Dans la pratique son vouloir vivre en commun sans se mélanger aux autres en communauté juive dont les règles se régissaient par la Halakha, véritable code de vie excepté qu'il n'expérimente plus la politique vu que la nation originelle juive n'est plus souveraine en terre hébreue. Le Juif à sa naissance pratique la circoncision de son prépuce, il est baptisé et communié selon les rituels antiques de la Thora et obéit aux misvots notamment les devoirs de charité et surtout l'étude de la Thora. Dans une telle société qui existait dans le Ghetto les juifs maintinrent leur identité spécifique sous les quatre murs en étant dirigés par ses sages et ses rabbins même si les financiers intervenaient monétairement. La nation et la religion étaient encore intimement liées dans la tradition juive. Jean Daniel procède à la description du parcours religieux et juridique du peuple juif, en prenant soin d''expliquer les bases sur lesquelles il repose.
Selon lui « cela commence avec un peuple qui n'est pas encore né et auquel on promet une nation. C'est la descendance d'Abraham. Ensuite, avec Moïse, on va indiquer à ce peuple quelle est son identité. Elle est juridique. C'est la loi. A partir de là, la force identitaire de ces textes législatifs est si grande que s'en écarter c'est nier l'existence de Dieu. Or dans les Dix commandements se trouvent des prescriptions qui sont bel et bien incompatibles avec la constitution d'un Etat. »
Il s'agit donc en résumé d'une communauté ethnique dont la loi repose sur la foi en un Dieu et ses prescriptions. Un peuple en devenir, composé de tribus qui obéissent à la loi mosaïque et reposant sur une institution de prêtres. Daniel explique la nature du pacte liant le peuple à sa divinité ainsi : « Dieu, dans le même chemin, dans le même élan et avec des interlocuteurs à peine différents à quelques générations près, va octroyer une nation étrangère, appartenant à un peuple qu'il n'a pas consulté, à un peuple qui n'existe pas encore et va ensuite lui enjoindre d'observer des commandements qui sont incompatibles avec l'Etat. On ne peut pas en sortir, sauf si l'on reste une communauté de prêtres et de témoins. Dès que Josué fait la guerre, l'un des dix Commandements mosaïques est trahi. Les seuls fidèles qui vont vivre selon la loi ce sont les petites communautés qui entre le XVIII e et le XIX e siècle vont en venir en Israël, en terre sainte, dans le lieu qui a été indiqué, mais pour vivre selon le titre des peuples et des témoins. »
L'alliance conclue entre Dieu et le peuple hébreu, la berith était différente de celles des autres groupements humains. Il s'agit d'une alliance conclue directement entre deux parties Dieu et les hébreux qui s'engageaient mutuellement à respecter les termes contractuels. L'alliance avec Dieu a conduit à réunir politiquement la Maison d'Israël. Elle a permis de créer une tribu assemblée d'ethnies éparses réunies autour d'un culte et prêtres communs. La confédération des groupements divers s'effectuait autour d'un héros désigné par Dieu en temps de guerre, pendant qu'en moment de paix, la séparation et l'autonomie étaient de mise avant l'époque de Royauté. Quelque soit les deux étapes temporelles, le fondement de l'unité politique reposant sur l'alliance déïque. L'antique Israël est donc marqué par la berith et le levitisme. Lorsque l'alliance déïque est menacée, des prophètes ou hommes rappellent à l'ordre le peuple par des injonctions et malédictions. « Le premier prophète fut un « Araméen nomade », Abraham.» «Sur recommandation de Dieu, il quitte son pays pour la recherche d'un autre, un ailleurs inconnu révélé par Dieu. » L'expérience de la délivrance d'un peuple esclave de l'Egypte traversant le désert du Sinaï en quête de liberté a marqué la mémoire du peuple Juif. Cette mémoire de cette condition d'aliénation a provoqué chez les Juifs un code d'éthique en faveur de l'étranger impuissant et de tout opprimé en être faible.
Ce qui caractérise le Juif est alors cet incessant déplacement. Comme l'indique Freddy Raphaël « l'errance du Juif est dans cette positivité de l'être bousculant ses limites. Le Juif est un projet. S'il était réel, il y a longtemps que l'ennemi en serait venu à bout. » Il explique que « selon Max Weber, c'est la fidélité au message prophétique, sa profonde influence sur la communauté exilée à Babylone qui fit des Juifs un « peuple paria ». Mis au ban des nations, les Juifs, contrairement aux assertions de Sombart, ne jetèrent pas les fondements du capitalisme moderne mais élaborèrent un capitalisme de parias. »
Dans « Judaïsme antique » Weber qualifiait déjà les Juifs, de peuple-paria » vivant en réclusion dans une société constituée de rituels différents. Les Juifs vivaient en paria depuis la destruction depuis le premier temple, et pratiquaient l'endogamie dans l'institution maritale. Il« souligne que l'oppression dont sont victimes les Juifs a pour effet de resserrer les liens entre les membres du groupe, de raviver leurs sentiments religieux et leur attachement à leur particularisme, ainsi que de renforcer l'espérance de salut liée à l'accomplissement des devoirs religieux.» Les Juifs sont engagés rationnellement à la foi avec leur dieu et malgré l'exil et la vie de paria, ils sont dans l'attente d'un recouvrement de leur souveraineté politique par l'action divine qui réalise l'histoire de l'homme. Pour Weber l'isolement social des Juifs était choix et leur ségrégation volontaire est apparue nécessaire suite à leur assimilation en Assyrie suite à une déportation. La tradition prophétique a ressurgit suite à l'adhésion massive des israélites au moule assyrien dont ils utilisaient la langue, l'Araméen et imitaient ethniquement.
Les Juifs ont toujours eu des rites qui se singularisaient depuis les origines de leur identité. Comme le souligne Freddy Raphaël « la religion juive a été, dès l'origine, et avec le progrès du temps elle n'a cessé de devenir davantage une religion historique en contraste avec les religions naturelles. S.W.Baron cite l'exemple des fêtes d'Israël qui furent empruntées aux civilisations plus anciennes de Canaan et de Babylonie, mais chaque fois le judaïsme a modifié la signification de la fête en substituant à son interprétation historique.» Il explique donc que « le sabbat juif, dont l'origine doit être cherchée principalement dans l'astronomie babylonienne, a reçu une sanctification tout à fait nouvelle lorsqu'on l'eut mis en rapport avec le début de toute l'histoire- le jour que Dieu consacra au repos, après l'½uvre de la création. »
Pour Freddy Raphaël « il est tout à fait exact que le ghetto volontaire a précédé le ghetto imposé, comme si le judaïsme ne pouvait persévérer dans son authenticité qu'en se coupant du monde. Car il pense que -« Le ghetto isole le Juif, qui refuse l'affrontement, la transformation du monde, Il se contente de maintenir l'enseignement biblique. «Le ghetto constitue la négation de l'engagement dans l'histoire. » Il explique que « Le judaïsme religieux « néo-orthodoxe » a, certes, renoncé à la lévite et aux papillotes, et encourage les études scientifiques et techniques ; mais il a maintenu les exigences du fondamentalisme. » En effet il explique selon A.Derczanski que la mentalité juive est née dans la dépendance à l'ère du second temple qui était celle de la survie.Enfin il en conclue avec A.Derczanski que « Refusant la dynamique de l'affrontement au siècle, ce judaïsme a opté pour le fondamentalisme, « qui est le refus même de l'histoire, puisqu'on s'installe dans le texte de la loi, au lieu de l'assumer comme développement. », conformément à son nom hébraïque Hala'ha qui signifie « démarche ». La Hala'ha doit, au contraire, être formalisée en fonction de la science d'aujourd'hui, qui est « structuration de l'expérience».»
Maxime Rodinson, dans « Peuple Juif ou Problème juif ? », explique que, les Juifs appartiennent à une catégorie de nation dont les critères distinctifs ne sont pas constants contrairement aux autres nations posant ainsi le problème de la non exhaustivité du critérium identificatoire du « Juif ». Il nous apprend que pour Doubnov « durant toute leur histoire, dans les différents pays où ils ont vécu, les Juifs ont forgé activement non seulement leur vie spirituelle, mais aussi leur vie sociale. »
Quant à Doubnov pense que « dans la période diasporique de leur histoire tout comme à la période antérieure où ils formaient un Etat, les Juifs étaient une nation distincte et non seulement un groupe religieux parmi les nations. »
Pour S.W.Baron , la religion occupe une place primordiale dans la judéité des communautés et nations juives.
Selon Maxime Rodinson : « l'influence de la religion juive sur la destinée des Juifs est certaine. Mais la religion juive comme les autres s'est transformée au cours des âges, recouvrant souvent sous des formulations identiques des contenus différents, ainsi que l'a montré S.W.Baron lui-même. Naturellement aussi, certains traits ont pu rester invariants à travers l'histoire. »
Le peuple juif traditionnellement depuis la formation de son identité nationale et de sa religion se démarque déjà du reste des autres groupements humains y compris ceux qui l'environnent. Maxime Rodinson commente cette approche ainsi : « Il y a eu dans l'Antiquité un groupe juif de type national, caractérisé entre autres traits par une religion nationale, comme c'était la règle à cette époque. La nation hébraïque puis juive a obéi aux tendances normales des groupes nationaux dans les conditions sociales, économiques, politiques et culturelles de l'époque. Elle présentait naturellement des caractères spécifiques. L'évolution de sa religion en fonction de l'histoire de la nation donna à cette idéologie un caractère unique. Le prophétisme hébraïque et juif, phénomène qui était courant à l'époque, eut une évolution toute particulière et la victoire de la nation juive sur les nations voisines lui donna libre cours, assura la conservation des documents où il s'exprima. Le dieu national Yahweh finit par être conçu comme dieu de l'univers, dieu unique excluant l'existence même des autres dieux nationaux. »
Quant à Karl Marx et Max Weber, ils pensaient que les Juifs formaient un peuple séparé, un peuple-classe, paria. Weber l'exprime en ces termes « Les Juifs formaient une sorte de caste de l'Inde se perpétuant même dans un monde sans castes. » Les juifs avaient toujours été des rebelles, cela n'est pas anodin qu'on les a traités de peuple à la « nuque raide ». Contrairement aux autres peuples, au temps de l'empire romain dans l'antiquité, les Juifs n'ont jamais pu être complètement soumis .
La conscience commune d'identité est nécessaire à la formation d'un Etat, et elle se renforce suite aux persécutions et marginalisations. Le désir de création d'un Etat susceptible d'émerger donc dans les ethnies dotées d'une histoire évoquant la survivance en leur sein d'une organisation étatique ayant existé par le passé. La frustration et la préservation de certaines caractéristiques morphologiques et culturelles communes sont donc propices à la naissance d'un nationalisme. Ainsi de tout temps, l'attachement à la terre ancestrâle, donné par Yahvé aux Juifs. C'est ce que révèle Maxime Rodinson : « L'attachement de l'ethnie israélite ou hébraïque de l'Antiquité à son pays, la Palestine, était un fait normal, d'abord à peine théorisé. Mais l'évolution interne de la religion ethnique dans le royaume de Juda aboutit, au VII e siècle avant J.-C., à faire proclamer comme seul légitime le culte rendu au dieu ethnarque yahweh dans le temple de Jérusalem, ce qui entraîne une sacralisation croissante de cette ville. »
Malgré la dispersion des communautés ethniques juives, qui évoluèrent entre minorisation, maintient et assimilation, les Juifs conservaient l'espoir d'une restauration de la souveraineté en terre de Palestine. Cependant ce vecteur était plus religieux que politique mais suffisant pour conférer à l'ensemble du groupement humain juif un centre spirituel. Les Juifs ont accompli des pèlerinages en terre sainte. La religion a été le ciment des différentes communautés juives éparpillées de par le monde. En effet les rabbins et les commerçant ont entretenu des relations physiques ou par correspondance écrite. La halakha comme loi religieuse était un lien entre ces communautés dans la mesure, où avant l'instauration des républiques modernes tous les Juifs s'y soumettaient dans leur majorité en dépit de leurs différences ethniques et linguistiques.
Si la définition traditionnelle du Juif s'effectue suivant la Halakha, celle-ci se base sur la transmission de la judéité par la mère ou soit par la religion. Elle a donc une connotation ethnique et religieuse.Jean Michel Salanskis, a donné un résumé assez fidèle de la qualification de la judéité dans son livre « Extermination, Loi, Israël ». Pour lui « la définition traditionnelle du Juif, si l'on excepte la clause ayant trait aux convertis, est doublement récursive : est juif celui dont la mère est juive, dit-on ordinairement, ce qui revient à expliciter seulement, de la définition récursive, la règle de fabrication, sans mentionner les « Juifs primitifs ». A la limite, ceux-ci sont supposés donnés dans l'histoire, ou racontés dans le récit de la Tora. Mais la définition traditionnelle a un second aspect, lié au premier et réglé par lui en principe : le Juif est celui qui est obligé par la loi juive. Cette définition est plus universellement correcte, elle couvre aussi le cas du guer, du converti. Elle est tout aussi récursive, manifestement, puisqu'elle mentionne la loi juive : le trait de récurrence du definiendum dans le definiens se rencontre donc à nouveau. Ce n'est néanmoins pas la même récursion, parce que ce n'est pas en même sens que la loi juive est juive et qu'un Juif est juif. En fait, la première définition, celle de la loi de la transmission maternelle, détermine qui est juif au sens de la seconde (qui est obligé par la loi juive). La loi juive est elle aussi l'objet d'une définition récursive : font partie de cette loi les prescriptions émises comme en faisant partie de cette loi. »
Salanskis met l'accent sur le fait que « le noyau du fait juif est ce qu'on appelle usuellement religion juive, c'est-à-dire, pour être plus descriptif, la tradition de l'étude-observance motivée par le Talmud. De fait, au cours de l'histoire, les Juifs se sont comportés comme un peuple à la fois gardien de cette étude-observance et nourri d'elle, stimulé et sublimé par elle : qu'ils obéissent ou non aux préceptes de la loi juive, qu'ils la connaissent ou non, qu'ils en fassent cas ou non, ils ont le plus souvent vécu dans le lien avec la communauté « autour » de l'étude-observance qu'ils ont été persécutés, comme ensemble historique vivant gravitant autour de cette expérience minoritaire mais exemplaire. »
PARAGRAPHE B/ L'IDENTITE JUIVE MODERNE
L'identité juive moderne a donné naissance à des Juifs qui ne se définissent plus par la Thora, mais par des valeurs humanistes et par le critère national ou ethnique et non plus religieux. Il yen avait aussi parmi les juifs qui se définissaient comme appartenant aux nations de leur résidence et non plus à la nation d'Israël mais sans rejeter la Thora .Ainsi donc l'identité juive s'est éclatée en ses deux parties qui au départ enchevêtrées .Car par le passé la religion juive était faite pour le peuple juif, et le peuple juif était destiné à la religion juive , somme toute un peuple de prêtres .Cependant il faut noter que certains juifs continuent à se revendiquer de l'antique tradition. Ainsi donc naissent des Juifs assimilés qui n'ont plus de repères mais aussi par des mariages mixtes des enfants juifs de père. Beaucoup de Juifs ont du mal à se définir dans une société dans laquelle ils aspirent à l'intégration. Le snobisme est devenu un mode d'identité dans la perception de certains assimilés.C'est ce qu'évoque Jacqueline Mesnil. Elle estime que beaucoup de Juifs étaient snobs comme Bloch, Swann, Proust: « par leur situation géographique et sociale, par leur ancestral isolement, dans leur terreur inconsciente d'être traités en parias, relégués dans un ghetto moral que certains supportent et que d'autres trouvent intolérable, par ce fameux besoin d'intégration qui est comme leur bouée de sauvetage, c'est par une sorte de nécessité vitale que tous les Juifs sont condamnés à être snobs. »
Peut-être est-ce parce que ceux qui veulent être acceptés dans une société qui sont perçus comme différents pour voulant paraître bien intégrés en font un peu plus que les autres. Alors parmi ceux là iront chercher dans la vieille France des valeurs que même les français de « souche » ignorent pour comme démontrer leur authenticité. Ainsi par exemple « chez Marcel Proust le snobisme est un besoin morbide, tout intérieur, et presque fou d'adhésion humaine, de dépaysement psychique, d'enracinement sentimental, qui porte sa nostalgie, à la pointe la plus extrême, celle de la France ancienne, de la féodalité, de la beauté médiévale, de la politesse et de la connaissance classiques, de tout ce qui éloigne de lui-même, semble t-il, et qui est en un sens presque son contraire, ce qui fut exquis et le plus rare dans la société française, mais aussi, en revanche, le plus entaché de préjugés, le plus limité, le plus sourd à la marche du monde... »
Il apparaît après le XIX ème siècle donc une génération de Juifs complétement perdus face au modernisme souffrant de troubles d'identité. Reniant leur identité originelle pour en adopter une autre dans laquelle ils ne s'épargnent aucun effort pour être acceptés . Jacqueline Mesnil évoque la tragédie de ces enfants assimilés et acculturés partagé déchirés entre plusieurs cultures. Voilà le portrait qu'elle en fait : « Enfants perdus du judaïsme, en France et d'ailleurs, en plein c½ur du XX e siècle, dans la montée des forces auxquelles nous avons tous assisté, chacun de vous se tourne vers un enracinement possible qui le rassure et le dépasse.. » « Les enfants perdus, c'est le drame de l'extrême assimilation, depuis l'ivresse jusqu'à l'échec dans cette recherche moderne et fatale des racines de l'être, dans cette soif de l'enracinement ou de l'engagement, dans cette angoisse du vide.. »
En dehors de cette nouvelle interprétation ou compréhension de l'identité juive moderne. Ceux également qui perçoivent, parmi lesquels les antisémites ajoutent une connotation raciale dans la définition de la judéité. Une théorie raciste semble voir la judéité comme un élément génétique. De cette idéologie raciste,visant à priver les Juifs de leur influence dans les affaires (et à les éradiquer car la judéité est comprise comme un facteur de déstabilisation et très contagieux) Jean-Michel Salanskis nous apprend : « Les Nazis comprennent les Juifs comme un sous-groupe nuisible, dont la faculté même d'arriver à faire sous-groupe est dangereuse. Ils identifient donc le mal comme « l'influence juive », et supposent que c'est le mode génétique que cette influence circule. Mais ils ne vont pas jusqu'au bout de cette interprétation « raciale » de l'identité juive, pourtant affirmée en propres termes, puisqu'ils se donnent, en quelque sorte, la définition juive de l'être juif comme base de leur récursion génétique. Sauf que ce n'est pas exactement cette base comme telle, avec sons sens authentique, qu'ils récupèrent : les Juifs au sens du critère grand-parental sont ceux qui « font partie de la communauté religieuse juive », ce qui est, alternativement, interprétable par la pratique de la religion ou la bonne insertion dans l'ensemble rituel-communautaire. En tout cas, le critère du rapport à la loi n'est clairement pas compris. »
L'identité juive moderne qui n'a plus de consistance car le judaïsme en temps que religion nationale y a perdu sa place d'antan pour une grande partie de ses membres conduira au sionisme. C'est pour cela qu'on trouvera au sein du sionisme un foisonnement de courants soutenus par différents types de Juifs des : « juifs de religion, Juifs irréligieux mais voulant garder quelque lien avec une identité juive, juifs assimilés sans intérêt pour le judaïsme ni la judéité, mais regardés par les autres comme juifs. » Certains des Juifs n'avaient de lien avec les autres membres de l'ethnie juive que par l'opinion des autres. Ils étaient répartis en différentes couches sociales, mais aussi à sur des aires culturelles spécifiques . Il faut remarquer que l'ethos du juif a toujours évolué plus ou moins c'est ainsi que beaucoup plus tard, de la même façon dont les Juifs de la Diaspora avaient voulu se détacher de l'appartenance avec la Palestine, les jeunes d'Israël souhaiteront couper les liens d'avec la Diaspora juive.
Nous pensons que l'identité juive n'a cessé de se construire depuis qu'elle en exil. Nous affirmons avec Marchel Hervé que : « l'identité s'est imposée depuis une vingtaine d'années dans nos manières de penser, d'agir et de sentir, tant à l'échelle de la société- identité culturelle- Qu'à celle de l'individu- identité personnelle. » En effet comment penser que les Juifs puissent longtemps s'identifier en marge de la société sans aucune influence. Marchal nous explique donc qu'« Affirmer que l'identité n'est pas une chose définie une fois pour toutes revient à supposer, nous semble t-il, qu'elle est un construit social, que ce soit au niveau collectif ou individuel. »
L'identité juive n'est donc pas un facteur constant qui se construit à l'abri d'une forteresse inexpugnable. Au contraire elle vit dans une société en interaction dans laquelle elle est partie prenante même inconsciemment. Nous pensons que l'approche sociologique qui emprûnte aux idées de K.Marx et E.Durkheim consistant à penser «l'identité non plus comme nature profonde et authentique d'un être, mais au contraire, comme le résultat de l'inscription dans une société donnée qui s'impose ses manières de sentir, d'agir et de penser » est très juste, car elle nous permet de comprendre les bouleversements encourus par la société traditionnelle juive en Europe. Comme l'évoque M.Douglas « chez nous (en Occident), on rejette l'idée d'un moi multiple, c'est-à-dire d'un moi constitué de plusieurs « moi distincts », qui dominent des zones différentes de choix et de responsabilité. »N'est ce pas une attitude erronnée qui au contraire peut nous montrer dans le cas de la judéité que l'indidividu peut choisir face à ces multiples facettes ou sous identités parcellaires de réagir différemment dans maints domaines ?
Marchal Hervé nous explique le processus d'identification de l'individu comme suivant : « L'identité d'intériorité ou le sentiment de posséder un Moi intérieur apparaît plus tard sur la scène historique. Plusieurs évolutions décisives sont à l'origine d'une telle représentation de l'Identité. Nous signalerons trois moments : 1) le développement du sens de l'intériorité au sein même de la religion chrétienne ; 2) le désenchantement du monde suite à l'avènement des sciences, contraignant du même coup l'individu à se tourner vers lui-même pour donner un sens au monde et à sa vie ; 3) l'émergence de l'idée d'un Moi en lien avec la Raison. » Si on applique cette évolution à l'univers juif quant à l'évolution de la judéité on peut faire quelques observations. Il fut un temps où les Juifs vivaient uniquement un rapport intérieur au niveau de l'explication du monde. Cette explication se rapportait au plan divin de Yahvé et le juif entretenait une complicité d'une loi certes mais intériorisée. Elle entraînait la foi sans faillite en un Dieu à l'image un peu du courant du hassidisme juif. Ensuite avec le siècle des lumières et les lumières juives, les avancées technologiques de même que les idées émancipatrices dont les origines étaient de Rousseau, le Juif crut bon les gentils s'en référer désormais à lui-même. C'est en ce sens qu'on a trouvé beaucoup d'intellectuels juifs qui avaient entrepris de tourner le dos à un judaïsme passif. En effet les siècles passés avaient révélés les faiblesses du judaïsme avec les déceptions engendrées par les faux messies tels Sabataï Zevi. Les Juifs qui avaient foi au modernisme s'en remettait désormais à la science et à la rationnalité procédant de l'homme et non plus de la divinité.Le Juif comptait désormais sur sa volonté et sur ses actions intellectuelles pour trouver son salut. C'est pourquoi il accordera foi aux démarchez rationnelles de l'esprit tels le socialisme juif pour conquérir la liberté à laquelle il a tant rêvé.
Pour certains penseurs c'est l'émergence d'une identité axez sur un moi rationnel, qui libèrera l'homme. Il sera donc fondateur de la liberté et de la morale qui n'est rien d'autres qu'une interrrogation humaine sur les valeurs essentielles. En revanche la morale a pour source donc l'homme et non comme la religion Dieu. Marchal Hervé exprime ces impressions ainsi : « Sur le plan des idées philosophiques, E.Kant, qui par ailleurs critiquera, sévèrement l'idée d'un Moi substantiel, verra dans ce Moi isolé et autonome la cause profonde de la liberté et de la morale qui ne peut, selon lui, être fondée en dehors de la volonté rationnelle humaine. Nos objectifs normatifs sont le fruit de notre propre volonté, de notre responsabilité à produire la loi par nous-mêmes. Le Moi devient libre et autodéterminé, il est donc incomparablement supérieur et indépendant de tout ordre extérieur. La recherche de soi conduit ainsi à son propre auto-commencement. Les sources du bien s'intériorisent : elles relèvent de notre constitution d'être humain rationnel. La foi en la nature rationnelle de l'homme peut être affirmée dès lors que le Bien dépend de notre motivation intérieure. Le Moi absolu dans son infinie liberté incarne de la sorte l'indépendance inconditionnelle de la personne humaine. » Fitchte a permis d'élaborer la théorie qui met le moi à l'origine de toute action, ce qui a révolutionné les mentalités. Par ailleurs à partir du XVIII e siècle, le Moi moderne et rationnel se forme chez les élites sociales et spirituelles du Nord de l'Europe occidentale et son prolongement américain.C'est ce qui peut expliquer qu'on trouve parmi beaucou pd'intellectuels juifs des hommes détachés de la religion comme c'est le cas avec l'intelligentsia juive de Russie comme on le constatera dans notre deuxième partie.
Hervé Marchal pense qu'« il n'existe pas d'Identité génétique déterminé .» Dans le cas des Juifs d'un côté si on peut penser à tort que la judéité procède d'une identité génétique car elle se transmet par la mère, et que la théorie de la définition naziste du juif est raciale, à réfléchir de près on s'aperçoit que cela est erroné. Car c'est justement parce que l'identité juive est avant tout culturelle car on suppose que la mère qui est la matrice qui enfante l'enfant juif, peut transmettre très tôt une identité culturelle. Cette identité quand on sait que l'enfance affecte les individus de façon indurable. Les névroses ne commencent elles pas très tôt de même que les aptitudes ? Alors on peut comprendre qu'un enfant d'une juive qui a le capital culturel transmis soit par la religion ou des ascendants à son tour assimile l'éducation de cette mère.L'identité personnelle n'est jamais totalement génétique dans la mesure où l'on n'exploite pas forcément toutes ses aptitudes génétiques ou que l'éducation sociale au sein de certaines institutions façonne également cette identité.
Les Juifs prennent en modèle l'Europe qui est à la fois leur fille et leur mère. Des penseurs comme « Freud affirme ainsi le caractère psychodynamique de l'identité qui s'enrichit et se nourrit de l'influence des autres. Il insiste du même coup sur le fait qu'il est possible de s'identifier affectivement à une autre personne, et plus particulièrement à la figure du père. »
Ainsi donc les Juifs désirent se mettre au niveau des populations majoritaires européennes ou au moins des autres minorités reconnues. Et en même temps le Juif interiorise ce que les populations des Etats hôtes disent d'eux qu'ils sont. C'est ce que traduit à l'image de R.Laing en partant de Hegel : « toute identité requiert l'existence d'un autre : de quelqu'un d'autre, dans une relation grâce à laquelle s'actualise l'identité du soi. » Par ailleurs « c'est en s'appuyant sur autrui et en intériorisant ses représentations de soi que l'individu construit son propre récit de la vie : « Nous apprenons à être ce qu'on nous dit que nous sommes. »
Selon Marchal Hervé: « le sentiment d'appartenance à une ethnie se fonde sur une histoire commune, laquelle prend très souvent forme autour d'un mythe fondateur. Celui-ci consiste en une combinaison de faits historiques réels et de fictions significatives destinées à mettre en récits une histoire pertinente au regard de la situation de la communauté dans laquelle il a été inventé. La connaissance d'un tel mythe permet une identification à un tronc historique commun et autorise les membres d'une même communauté à développer une identité distincte « enracinée » dans la conscience d'une histoire collective. »
Nous pensons que les Juifs qui descendent de la tribu hébreue formée par le Patriarche Abraham en provenance d'Our en Chaldée, ont pu en dehors cette origine des ancêtres ont pu se réunir malgré la diversité des douze tribus et autres autout de la loi divine donnée à Moïse sur le mont Sinaï. Cette loi, qui est après évolution la halakha continue de régir le groupement juif qui se reconnaîssent encore pleinement l'antique judéite. Mais les israélites c'est-à-dire ceux qui rejettent l'élément national acceptent aussi cette loi et enfin beaucoup de ceux qui se définissent juif sans la religion ont tout de même une sensibilité pour la Bible, donc la loi même si elle ne réflère que de vagues souvenirs.
Du moment où les Juifs prennent conscience lorsque surgit la dislocations des empires et des royautés en Europe, face à l'avènement des républiques parfois multiethniques de leur organisation très diférenciée, ils aspirent alors à une conscience nationale comme les autres ethnies au sein de la nation majoritaire au sein de la structure étatique. Il y a ainsi des Etats mono nationationaux avec une seule ethnie comme la France, la Suède, l'Allemagne, la Norvège et bi ethniques ou pluri ethniques comme la Belgique, la Russie et la Suisse. Le degré d'identification est corollaire à la cohésion culturelle des groupements qui revendiquent une conscience commune nationale. Elle sera d'autant plus forte que la culture sera mieux homogéisée.
Les Juifs qui s'identifiaient encore d'une identité nationale ou tout au moins ethnique se retrouvent citoyens ou résidents dans des Etats où ils sont minoritaires. Dans ces pays, une nation majoritaire détentrice de la puissance publique réprime toute vélléités nationales de ces minorités car redoutant l'affrontement. Le fait de vouloir manifester sa judéité dans ces pays à quelque chose d'irritant pour les gouvernants.
Il convient de remarquer que le groupement juif peut être saisi de façon polysémique. Il a plusieurs sens mais la qualification d'une identité supranationale peut lui convenir également. En effet les Juifs s'identifient comme peuple réparti au-delà de plusieurs frontières. Par ailleurs les Juifs ont comme ambiguité dans la saisie de la personnalité d'être pas seulement résident et étranger mais ils sont à la fois partie prenante d'un monde qui oscille entre particularisme et universalisme. Ainsi Hervé Marchal la définie comme ceci : « Comme son nom l'indique, l'identité supranationale dépasse les frontières d'un Etat-nation pour se focaliser sur une communauté d'appartenance transnationale. Généralement, trois types de situation sont distingués : 1°) des communautés parfois constituées de plusieurs groupes distincts isolés par des frontières nationales plus ou moins perméables (c'est le cas des Kurdes d'Irak, d'Iran, de Turquie et de Syrie) ; 2°) La dispersion d'une même communauté à travers plusieurs pays, voire à travers le monde, résultant d'un mouvement d'exode massif en raison d'événements souvent tragiques (les exemples des diasporas juive et chinoise sont ici les plus parlants ) ; 3°) plusieurs nations partageant, suite à un phénomène de conquête (ex-Union soviétique ), de colonisation ( Commonwealth britannique) ou d'harmonisation (construction européenne), une même constitution, une même langue, une même religion, etc. »
Après tous ces constats il appert que le peuple juif vit dans l'inconstance entre appartenance et marginalité. Le peuple juif quittant le ghetto n'a point été accepté par ces concitoyens non Juifs, c'est par contrainte qu'il retourne vers la Communauté juive qui ne l'intéresse plus car il a assimilé le modèle occidental. Il espère influencer le nouvel Etat juif, et en éprouve une fierté. Le fait d'avoir un chez soi supprimerait son complexe d'infériorité grâce à l'implantation sioniste juive en Palestine.
A l'ouest le problème est juif, tandis qu'à l'est c'est celui du judaïsme. A l'ouest l'éducation est sur le modèle européen suite à l'émancipation et à l'Est subsiste une éducation juive attachée à la culture juive millénaire.
Ahad Haam évoque le dilemme juif en quête d'une nouvelle appartenance après avoir abandonnée la sienne originelle, en ces termes :« En exil, le judaïsme ne peut développer son individualité à sa guise. Quand il quitte les murs du ghetto, il court le danger de perdre son essence même ou au moins son unité nationale. Il court le danger d'être brisé en plusieurs sortes de judaïsme, chacune avec un caractère différent, selon les différents pays de la dispersion. »
Les Juifs de l'Est ambitionnent de créer un foyer du judaïsme en Palestine rénové même s'il faut passer par l'étape d'un foyer temporaire en exil, où l'on pourrait rassembler les Juifs dans une culture nationale juive.
Ahad Haam entrevoit déjà la personnalité collective mais aussi du juif moderne transcendé par la culture nationale dont nous préciseront les contours par les différents sionistes dans le paragraphe suivant. Il pense donc que c'est « A partir de ce centre, l'esprit du judaïsme pourra rayonner tout autour vers les communautés de la diaspora, préservant l'unité de notre peuple, et insufflant une nouvelle vie. Quand notre culture nationale en Palestine aura atteint ce niveau, nous pourrons être sûrs que d'elle-même, elle produira un type d'homme nouveau qui établira lui-même l'Etat, non pas un Etat des Juifs mais un Etat juif. »
Dès le départ il met donc la culture au centre de la renaissance nationale, qui ne saurait être pérenne si elle est uniquement matérielle. Il énonce d'emblée ces propros : « un idéal politique qui n'est pas ancré dans notre culture nationale peut nous séduire et nous détourner de la loyauté envers notre esprit en introduisant en nous une tendance à rechercher la gloire par la puissance matérielle et la domination politique, en détruisant de la sorte le lien qui nous unit au passé et en minant nos fondements historiques. »
Les Juifs auraient pu dans un Etat laïc démocratique sans l'antisémitisme s'intégrer quoique suivant deux lois, celle traditionnelle et celle constitutionnelle de l'Etat de résidence. Cette situation d'adaptation et de bi appartenance, Michel Salanskis l'illustre par ce commentaire : « Lorsque les Juifs vivent dans un Etat démocratique-laïque moderne, non dominé par la folie de l'anti-judaïsme, ils flottent librement entre deux « appartenances » abstraites et légales, chacune à leur manière. D'un côté, comme Juifs, ils sont réputés, par une tradition d'étude et d'observance, être assujettis à l'observance dont il est question dans cette étude et d'observance dont il est question dans cette étude. Cela colore généralement leur vie d'une manière ou d'une autre, quoi qu'ils fassent de cet assujettissement théorique : même, comme il arrive souvent, lorsqu'ils l'ignorent ou ne le reconnaissent nullement. De l'autre côté, comme citoyens, ils sont liés par le légalisme démocratique ambiant, qui se manifeste surtout par une certaine règle de tolérance et de compréhension, d'acceptation maximale du possible en matière de comportement humain. Ce second côté les amène, d'une part, à participer à la diversification de la société en sous-groupes contingents, induisant une appartenance toujours susceptible d'être reprise (clubs, équipes, entreprises, partis, courants de pensée, etc.), et d'autre part, à assumer l'appartenance fixe à une nation. »
SECTION II/ LES SIONISMES ET L'INVENTION D'UNE NATION
Il nous faut préciser d'emblée qu'il y a pas eu un seul sionisme. Si on l'histoire juive connaissait le sionisme religieux empreint de messianisme religieux qui a évolué vers le sionisme des « amants de Sion » qui se situe à l'intermédiaire d'un renouveau du judaïsme et d'une autonomie nationale juive, le sionisme proprement politique interviendra plus tard. Il sera l'½uvre d'un Homme Theodor Herzl qui vécut en direct la fausse accusation du capitaine israélite Dreyfus, dans la France pourtant émancipatrice. Il en convint à l'impossobilité de l'intégration des communautés juives qui par ailleurs à l'Est de l'Europe refusent l'assimilation. De cette personnalité haute que confère le judaïsme à son peuple, peu importe les transformations cultures ayant affectés ou réduit cette judéité, Herzl conclu à l'existence d'un peuple juif de par son histoire et sa mémoire collective. Après avoir constaté dans son opuscule « l'Etat des Juifs » véritable proposition au problème juif, il préconise l'émigration des Juifs persécutés ou qui entendent le rester, dans un foyer garanti par le droit public et reconnu par les grandes puissances de l'époque. Par la suite, la désignation de ce foyer sera la Palestine en vertu de la signification spirituelle qu'elle revêtait dans le c½ur des Juifs comme terre promise des ancêtres où naguère la souveraineté juive s'était exercée. Cependant il n'y a pas eu un seul sionisme. Denis Charbit dans son livre « Sionismes textes fondamentaux » a pris le soin de choisir le recueil des pensées des plus plus grandes personnalités juives ayant contribué à forger la nouvelle identité juive en tant que sionistes. Le sionisme est donc ce mouvement qui désire le retour des Juifs à Sion colline surplombant Jérusalem, en Palestine dans l'idéal d'une autonomie nationale. Le professeur Denis CHARBIT dans « Sionismes » récapitule donc le processus de cette conscience nationale par le sionisme. Il révèle que «l'Emancipation procure les instruments de perception et les outils conceptuels par lesquels le sionisme se constituera en idéologie politique .L'idée de la liberté et de l'égalité , le principe de la nation , de la souveraineté et du corps politique , le processus de la régénération morale et matérielle , qui tirent leur source dans le discours et la pratique révolutionnaires , colorent la nature des aspirations sionistes dans le sens d'une « solution moderne de la question juive » (c'est le sous-titre du célèbre opuscule de Herzl , L'Etat juif) ,élargissant l'émancipation individuelle à la collectivité : l'auto émancipation . Toutefois, l'intégration juridique et sociale apparaît aussi comme une force virtuellement disruptive capable, par l'assimilation culturelle qui en résulte, de détacher les Juifs de leur attachement communautaire, ce qui suscite une réaction de sursaut qui s'exprime dans le registre national. »C'est en ce sens que pour Ahad Haam , celui qui lutte contre l'assimilation et recherche les droits nationaux épouse la cause sioniste.Car pendant 18 siècles les Juifs ont émigré sans cesses dans toute l'Europe comme le souligne Sholem Aleikhem, à la recherche d'une paix qui n'a jamais duré longtemps.
PARAGRAPHE A/DU SIONISME RELIGIEUX AU SIONISME POLITIQUE
On a connu les tenants du sionisme religieux qui professaient le retour à Sion pour des raisons religieuses, même si la tradition juive refuse ce retour volontaire et le lie à Dieu et aux temps messianiques surtout après l'épopée honteuse du messianisme de Sabatai Zevi.
Ce qui paraît comme une hérésie a commencé à prendre naissance dans l'époque moderne en Europe de l'est chez les Amants de Sion. Cependant c'est le Docteur Herzl qui va formaliser le Sionisme politique, dans le but de faire retourner la nation juive, qui est divisée pour l'instant en communautés ou éparpillée en individus dans différentes nations de la Diaspora, qu'il pense un, en Palestine. Pour reprendre toujours la pensée développée par le Professeur CHARBIT dans « SIONISMES » : « l'antisémitisme agit comme un catalyseur précipitant l'urgence d'une solution politique .Il souligne les dangers inhérents à la condition minoritaire et renforce par l'ubiquité de ses manifestations violentes le sentiment d'une unité de destin, d'une identité primordiale qui mérite de s'exprimer en toute liberté et sécurité dans le cadre d'un Etat souverain ». Pour le Professeur « Le sionisme met l'accent sur le retour, la souveraineté, ou la survie selon que l'accent est placé sur le retour, la souveraineté ou la survie, on attribuera respectivement au judaïsme, à l'Emancipation ou à l'antisémitisme une prééminence dans la hiérarchie des causes qui ont présidé à l'émergence du mouvement et dans l'ordre des finalités qui le justifient. La valeur conférée à chacun de ces facteurs renvoie en vérité à trois contenus de légitimité sur lesquels s'appuient les différents types de sionisme jusqu'à ce jour :
- Le sionisme est, dans le cas où le judaïsme est le moteur de l'impulsion nationale, l'actualisation moderne d'une aspiration juive qui, à travers les siècles et malgré la dispersion, a toujours manifesté, et sans discontinuité, une inébranlable fidélité à la terre d'Israël à laquelle il demeure lié par une promesse de retour.
-Ou bien, si l'inspiration du modèle révolutionnaire est privilégiée, le sionisme traduit alors la revendication d'une égalité avec les autres peuples, d'une liberté collective incarnée par l'indépendance ou l'autonomie, propre à renouveler les vertus créatrices du peuple juif et à le confronter à l'épreuve de la réalisation de ses valeurs dans une cité dont il prendrait la charge.
Enfin quand c'est l'antisémitisme qui déclenche la prise de conscience d'une solution nationale , le sionisme est préconisé comme solution d'urgence préoccupée de trouver un abri protecteur pour les Juifs désireux d'échapper au verdict d'exclusion et de mort qu'il prononce .C'est une théorie assez schématique de l'antisémitisme que proposent les sionismes . Mais qu'il soit une donnée permanente des sociétés ou le résultat d'une condition minoritaire qui expose les Juifs à jouer le rôle de « bouc émissaire », on constatera chez certains auteurs, malgré l'unanimité dans la condamnation du phénomène, quelques ambiguïtés. »
le sionisme est donc cette révolution qui vise à se refamiliariser avec le pouvoir politique géré par les Juifs eux-mêmes ; car le peuple juif a survécu par l'observance de la Torah en dehors de la Palestine, mais a réduit sa gestion politique en s'inféodant à des pouvoirs étrangers en exil.
« Le sionisme comme nom singulier de la cause nationale juive a très vite rallié des personnes qui plaçaient dans cet objectif initial d'un rassemblement en Palestine des orientations et des finalités diverses, parfois complémentaires, souvent contradictoires : orientation politique et diplomatique pour Herzl, culturelle pour Ahad Haam, spirituelle et éthique pour Martin Buber, libertaire pour Ahad Haam, spirituelle et éthique pour Martin Buber, libertaire pour Bernard Lazare, religieuse pour le Rabbin Reiness, socialiste pour Syrkin, social pour Gordon, étatiste et militariste pour Jabotinsky, etc.. »
Il convient de définir le sionisme et l'antisémitisme sémantiquement d'abord. Le terme sioniste a été créé par le journaliste juif Nathan Birnbaum qui deviendra un détracteur du sionisme pour des causes religieuses. Le terme antisémitisme quant à lui a été inventé par Wilhem Marr en 1869.
Quelle définition pourrait résumer le sionisme ? Celle de Yaacov Klatskin nous paraît intéressante à présenter avant que de citer de façon brève les positions essentielles exprimées succinctement de certains concepteurs sionistes majeurs. Klatskin définit le mouvement ainsi :« Le sionisme est à la fois la limite et le verrou qui articule deux époques historiques interminables : il se tourne vers le passé lointain et s'efforce d'en maintenir les usages qui durent depuis la préhistoire. Parallèlement, il est une conception née de la volonté d'être un peuple autonome et souverain avançant vers un avenir lointain. »
La 1ère Guerre Mondiale a donné un statut international au Sionisme désormais reconnu. La Palestine symbolisait le retour, la renaissance de la nation juive la continuité ou la reprise avec l'histoire juive des patriarches mais avec une vision moderne fortement marquée par le socialisme révolutionnaire et l'idéal communautaire, populaire chez les jeunes. »
Pour Sholem Aleikhem il est important que le peuple juif veuille avoir sa terre , pour cet idéal national.
Tout comme Aleikhem, Israël Zangwill estime que les Juifs ont pendant longtemps courber le dos. C'est pourquoi le sionisme est venu à point nommé pour la renaissance de la fierté juive et congédier l'assimilation qui n'apporte rien. Il faut pour la rédemption d'Israël une terre, où il puisse se sentir chez soi même si depuis 18 siècles aucune tentative n'a été entreprise pour cela.
Il voit dans le sionisme, un mouvement de libération des masses juives populaires désespérées. Les juifs souffriraient donc selon lui d'un marranisme héréditaire et ne se donnent pas vraiment la peine de créer un Etat juif pourtant souhaitable. Enfin il estime que les Juifs aspirent à un Etat idéal où les droits seraient garantis à l'égard de tous .Une telle entreprise demande donc l'adhésion de tous pour l'½uvre de construction. Pourtant Rabbi Benjamin est assez pessimiste sur la viabilité du sionisme qu'il lie uniquement à la personnalité de Herzl et Hirsch.
Yehoschoua Rabbnitsky explique que « Le lien étroit au judaïsme, à la religion juive, à la langue hébraïque et à tous les autres acquis de l'héritage culturel juif ainsi que l'ardent désir de fonder pour eux un refuge dans la patrie ancestrale, tous ces éléments se trouvent déjà chez les Amants de Sion, dans toute leur ampleur, alors que dans le sionisme ils ne sont pas inconditionnels. »
Denis Charbit nous apprend que les Amants de Sion avaient contribué à la cristallisation de la conscience nationale juive.
Toutefois dans l'entendement de cette autonomie juive les approches étaient variées. Ahad Haam était pour une renaissance culturelle juive. C'était un palestinophile car il pensait que le lien avec la Palestine était inscrit profondément dans le c½ur des Juifs. Son choix signifiait la fin de l'exil moral par le retour sur Sion. Il explique que « cette espérance de Sion a toujours occupé une place de premier plan dans la psychologie collective de notre peuple. Outre qu'elle revêt donc une importance déterminante, si cette aspiration demeure insatisfaite, il restera toujours une sorte de fêlure dans l'âme de notre vie, un manque de trahison. Notre errance d'exilés ne prendra fin qu'à Sion .»
Léon Spinker revendiquait une auto émancipation et Herzl prônait l'Etat des Juifs .
Dans la manière de procéder et les moyens à utiliser, Herzl préconisait l'utilisation du financement des philanthropes Juifs, la diplomatie et la fédération les masses autour des institutions communautaires juives régionales.
Denis Charbit résume les orientations du sionisme en ces termes : « Le sionisme comme nom singulier de la cause nationale juive a très vite rallié des personnes qui plaçaient dans cet objectif initial d'un rassemblement en Palestine des orientations et des finalités diverses, parfois complémentaires, souvent contradictoires : orientation politique et diplomatique pour Herzl, culturelle pour Ahad Haam, spirituelle et éthique pour Martin Buber, libertaire pour Ahad Haam, spirituelle et éthique pour Martin Buber, libertaire pour Bernard Lazare, religieuse pour le Rabbin Reiness, socialiste pour Syrkin, social pour Gordon, étatiste et militariste pour Jabotinsky, etc.. »
Certains Juifs comme Nathan Syrkin voulaient établir un Etat sur un modèle socialiste en Palestine pour des travailleurs Juifs.
Rabnitsky et Buber préféraient un sionisme axé sur la renaissance culturelle à la différence que si le premier était favorable au projet des amants de sion le second craignait les dérives du nationalisme.
Brenner prône pour un sionisme pragmatique par la réalisation d'actions concrètes par la colonisation en Palestine.
Herzl met l'accent sur le rôle déterminant du peuple juif dans la création en tant que force du futur Etat.
Léo Motskin, est quant à lui dubitatif sur l'unité du peuple juif.Son soucis est le suivant: « Les sionistes évoquent souvent l'unité du peuple juif. Ils gratifient souvent le sionisme d'avoir réussi, enfin, à ressusciter cette unité d'action, tout en faisant silence ou en minimisant l'importance des disputes et des conflits du temps de l'émancipation des Juifs. »
Toutefois des critiques étaient émises à l'égard des dirigeants sionistes. Ainsi Bernard Lazare pensait que le sionisme avait une structure bourgeoise et qu'il ne considérait pas le bas peuple. C'est ainsi il pensait que l'école juive devait être à la base de la reconstruction nationale et non les banques comme l'orientation d'Herzl le laissait entrevoir. Le plus important pour lui était d'apprendre aux Juifs à se libérer des préjugés religieux juifs et chrétiens. Il optait pour une rationnalisation du judaïsme.De plus il fustigeait le nationalisme, l'exclusivisme et l'autarcie qui semble gagner le terrain dans le sionisme car pensait-t-il « un peuple ne vit que lorsqu'il travaille pour l'humanité. » Comme Lazare, Nachman Syrkin déplore l'imposture de la bourgeoisie dans le mouvement sioniste au détriment du polétariat.Il pense que « pour que le Sionisme sorte de l'impasse actuelle, et que son esprit gagne le judaïsme tout entier, il nous faut susciter au sein du peuple la volonté de l'enrichir et de l'approfondir par la sève vitale des idéaux populaires. Le centre de gravité du mouvement de libération nationale doit passer par le peuple et ce n'est qu'en lui qu'il faut voir le facteur social du judaïsme capable de réaliser le sionisme. Aspiration profonde des masses, il doit forcément aller dans le sens de leurs intérêts matériels et spirituels ; il doit offrir une réponse non seulement à la détresse juive, qui est avant tout le lot des masses populaires, mais aussi à tous les problèmes auxquels elles se heurtent dans la société contemporaine. » Il préconise donc un Etat de démocratie où les libertés sont garanties de façon égalitaire à tous, sans discrimination sociale. Il souligne que : « La future société juive doit être fondée, de par son idéal même, sur la liberté et l'égalité, et s'affranchir des conflits qui opposent maîtres et esclaves, opprimeurs et opprimés. L'Etat Juif doit être saisi par les masses dans sa signification profonde, et s'imposer à leur conscience comme l'incarnation d'une aspiration sacrée et messianique à la vie dans ses manifestations les plus nobles et au triomphe de la vérité sur terre. » C'est dans cette optique qu'il préconise de supprimer la plus représentative des officines de la bourgeoisie Juive JCA à Londres à combattre.
Yehoschoua rabnitsky expose la différence entre les sionistes politiques se réclamant d'Herzl et les Amants de Sion qui ont comme objectif d'«établir un foyer pour la nation juive et sa culture ; procurer un refuge sûr aux valeurs culturelles réelles du judaïsme en perdition. Les yeux de ceux qui aiment leur peuple se sont ouverts : ils voient que ce judaïsme qui a survécu, pendant des millénaires à des tempêtes terribles, troués de brèches est sur le point de s'effondrer. Le sentiment national est encore trop faible pour qu'il puisse s'y appuyer. »
Alors que pour le sionisme au départ peu importait le lieu de la création d'un Etat pour les Amants de Sion comme le nom l'indique, il est un mouvement qui voue un attachement inconditionnel à la Palestine. Il l'exprime en ces mots : « Le lien étroit au judaïsme, à la religion juive, à la langue hébraïque et à tous les autres acquis de l'héritage culturel juif ainsi que l'ardent désir de fonder pour eux un refuge dans la patrie ancestrale, tous ces éléments se trouvent déjà chez les Amants de Sion, dans toute leur ampleur, alors que dans le sionisme ils ne sont pas inconditionnels. » car pour lui le sionisme est lié à l'antisémitisme et au problème juif, il vise à trouver un refuge définitif aux juifs en Palestine. Donc le sionisme n'existe pas sans le problème juif. Ce qu'il affirme en disant : « S'il n'y a pas de « problème juif », il n'est pas de sionisme ». En effet il précise que le groupe des Amants de Sion n'est pas né de l'antisémitisme, du manque de bien être, mais des désastres de l'assimilation et du désir de rénovation du judaïsme et de l'identité juive. Il le reformule ainsi « Ce à quoi les Amants de Sion aspirent plus qu'à tout est la renaissance de leur peuple et non la création d'un peuple neuf par un assemblage incohérent des membres désunis et dispersés du peuple juif ....Les Amants de Sion ne pourront pas renoncer à leur désir de préserver la culture nationale juive et l'esprit du judaïsme. Mais aussi bien, les sionistes qui, en fin de compte, visent à ½uvrer dans la patrie du peuple juif, finiront par se rapprocher de la pensée des Amants de Sion. »
Pour le choix de la terre donc en résumé, les sionistes le choix de la terre sera partagé pour la frange des sionistes avec Sion en règle générale les « Amants de Sion » et ensuite ceux qui sont pour une terre quelconque même autre que la Palestine est souhaitable pour eux. Enfin ceux qui sont hostiles à la Palestine à cause de l'influence que les rabbins pourraient avoir sur les institutions. Herzl n'avait pas de choix prédéterminé quant au futur foyer national. Il avait une nostalgie pour la Palestine mais il était prêt à l'échanger si cela était nécessaire. Zangwil lui, voulait absolument rompre avec la tradition en choisissant l'Ouganda.
Après avoir expliqué le conflit entre sionistes de Sion ( Palestinophiles) et sionistes sans Sion ou territorialistes qui pensent que la détresse juive en exil est considérable à un point tel que n'importe quel territoire de sauvegarde est souhaitable, Ber Borokhov explique l'opinion des amants de Sion : « l'idéal de Sion doit être perçu comme une trinité visant, à la fois, la libération du peuple juif, la renaissance de la culture juive et le retour à l'ancienne patrie. Si on veut dire aussi : un Juif libre et comblé , un Juif fier, élégant dans sa force , une existence indépendante , le développement intensif de son génie culturel authentique, un Etat juif et , enfin, Eretz Israël. » Par ailleurs, en voulant expliquer les failles et avantages des deux théories, Ber Borokhov pense qu'une nouvelle culture peut naître en dehors d'Israël, en remplacement de l'ancienne, qui soit valable. De même il convient qu'il peut aussi y avoir une culture qui naît en Israël, tributaire de l'étranger. Il faut donc en retenir que pour les sionistes avec Sion il faut se battre pour Sion et ne s'en détacher que si l'on est sûr qu'elle est irrécupérable. Les amants de Sion reconnaissent en dernier ressort la primauté de la survivance du peuple sur la récupération de la terre ancestrale. Pourtant le sionisme de Sion est plus global et complet, conclue Borokhov car il repose sur l'identité juive, sa renaissance et la libération Palestine alors que sion sans Sion manque d'idéal.
Pour Buber « il n'y a de culture que là où un ouvrage commun émane d'une vie et d'un esprit communs. » C'est ce pourquoi le sionisme pour réussir en dépit du fait qu'il vise une renaissance nationale doit associer pour une régénération du peuple juif, l'esprit du peuple. Il est donc pour une régénération de la tradition, mais il préconise de prendre le meilleur. Il exprime sa propositions par ce commentaire : « Notre implantation révolutionnaire signifie l'accomplissement librement décidé d'un devoir dont nous charge la tradition. Il s'agit de choisir dans cette tradition ce qui est proximité de la terre, sécularité transfigurée, tout ce qui est insufflation du divin à la nature ; et de rejeter ce qui est détachement de la terre, rationalité sans racines, tout ce qui exile la nature loin de la face de Dieu.» Il s'agit donc pour lui de faire renaître l'antique tradition mais dans un visage nouveau. Pour Buber encore la terre est un élément déterminant qui devrait pouvoir fortifier la communauté juive. Par ailleurs Il préconisait une sélection des dirigeants, des élites suivant un système méritocratique où le respect de Dieu compte.
Brenner , quant à lui accorde une place centrale à la thématique du travail et à sa valeur régénératrice. Il propose un travail agricole, en Palestine, la culture est secondaire. En somme un travail agricole, une ½uvre pédagogique, une création artistique et non le retour au judaïsme d'antan sont les voies que propose Brenner. Autrement dit il espère la liberté par le travail.
La dimension qu'apporte David Ben Gourion est celle de la lutte, la conquête, les épreuves pour la rédemption. On peut obtenir une indépendance et réussir le nationalisme en consentant des sacrifices. Pour lui « dans la douleur et l'affliction mûrit la conscience nationale ; et l'idée de la renaissance de la nation en Palestine gagne les esprits » et dans le même temps cette action donnera « une patrie en Palestine pour le peuple hébreu. »C'est avant tout une action revendicatrice. Le peuple doit réclamer la Palestine après la guerre pour compensation et réhabilitation des juifs. Il explique donc : « ce que nous demandons, en Palestine, c'est une patrie nous désirons réparer la malédiction de l'Exil ; nous réunir à la source de notre identité, de notre santé, la terre, et y faire, et y faire renaître notre existence ancestrale. En effet la Palestine est la source d'identité pour faire renaître l'existence nationale et la patrie se crée par le labeur. Enfin par des actions concrètes comme le travail, la production de traces matérielles, il indique qu'on peut justifier l'appartenance, le droit à une patrie par le travail effectué, la mise en valeur, la reconstruction du foyer national. Comme Brenner on voit que Ben Gourion est soucieux de l'apport du travail, mais il met l'accent sur le sarcifice et la compensation méritée après un labeur éprouvant d'une majorité de Juifs, celle du gain d'une terre nationale. En définitive il conclue que « la Palestine sera notre pays lorsque la majorité de ses travailleurs et de ses défenseurs seront des nôtres. La véritable conquête de la Palestine, la conquête par le travail, telle est la mission historique dévolue aux pionniers de la nation, bâtisseurs et défenseurs du pays.»
Haïm Weizmann souhaitait une collaboration entre le travail, réalisation pratique en Palestine et l'action politique auprès des des Gouvernements pro sionistes pour consolider les appuis aux sionistes.
Pour Ahad Haam, la conscience nationale commune est à dissocier des intérêts communs. Et c'est en ce sens que la religion est toujours actuelle dans cette conscience. En effet, estime t-il « Si le passé uniquement était revêtu de cet esprit religieux ; personne n'aurait cru bon d'en dénier la valeur sur le plan national. Mais la « catastrophe » est que cette essence religieuse ne relève pas exclusivement du passé : elle demeure encore aujourd'hui une force vive et active.» C'est pourquoi Israël ne peut se défaire des racines de son passé, une conscience nationale libre sans transmission du passé est une hérésie. Préserver le passé n'a rien à avoir avec la foi. Il explique que les germaniques gardent le passé précieux même s'ils n'y croient pas. C'est pourquoi il recommande de considérer la religion comme force historique qui a présidé à la destinée du peuple juif. Donc il conclue comme ne peut être juif si on a aucune sensibilité pour Dieu et le Judaïsme. Sur le plan national, Dieu constitue donc la force motrice de la nation juive qui l'a fait vivre pendant des millénaires, on ne peut la rejeter alors que d'autres nations même la reconnaissent. La bible revêt donc une sacralité nationale. Pour corroborer sa thèse sans en prendre le parti, nous prenons l'exemple du Bénin où le Président élu s'engage devant la Nation en apposant en jurant de respecter « la manne des ancêtres », c'est-à-dire les traditions et croyances animistes du genre vaudou, même s'il n'est point adepte. La langue et la littérature juive dépouillées de leur âme que constitue le judaïsme sont comme des lettres mortes. La bible doit pouvoir provoquer une sensation et avoir une signification pour les Juifs. Les générations juives sont reliées par le sentiment à la bible. La religion est désacralisée à tort au nom des droits que confère l'émancipation. Pour ce qu'il en est de l'orientation ou du sens du futur Etat sioniste, outre le fait qu'il réunira des adeptes du travail socialiste juif , même si le capitalisme s'y implantera, Ahad Haam explique que la Palestine n'est pas solution aux problèmes matériels de l'individu juif. Il pense que c'est plutôt l'Amérique qui répond aux besoins matériels sans toutefois comme la Palestine résoudre la question de l'existence collective.
Un peu comme Haam, Yossef klausner prône un compromis entre religieux pratiquants et libres penseurs sionistes laïcs. Mais il recommande que les laïques se battent pour leurs valeurs également. Il explique donc : « La foi est sacrée pour nos croyants. Pourquoi nos lumières ne seraient-elles pas sacrées pour nous. » C'est pourquoi il pense qu'il faille éviter un semblant de compromis mais recherche un vrai conflit de valeurs par un vrai débat d'idées.
Moshe Lev Lilienblum, est pour l'acceptation de tous les Juifs sans disctinction quelque soit la nature de leur foi. A moins d'être ségrégation quelque sorte le juif il le demeure.Selon lui, « Il ne doit pas être question ici d'opposants et d'amants, d'anciens et modernes, de croyants ou de mécréants : tous sont fils d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ! Quiconque est né juif ne s'est pas retiré lui-même de son peuple est juif et ne s'est pas retiré lui-même de son peuple est juif à part entière, tout comme les meilleurs d'entre les Elus. » Il pense donc que le hassidisme, l'orthodoxie et laïcité juive peuvent s'exprimer en Israël en parfaite compréhension . Le conflit doit donc être évité car ils ont été victimes des mêmes persécutions. Il recommande donc : « que chacun suive sa voie pour l'avenir de la nation, mais que l'unité ne soit pas brisée! »
En ce qui concerne Schlomo Schiller, il pose le problème du statut de la religion face au sionisme et estime que les laïcs banalisent l'influence du judaisme car : « la religion n'a jamais été seulement une affaire de c½ur et de foi, la synagogue est, au contraire, essentiellement une institution publique dont l'influence en dehors de ses murs a toujours été considérable et il y a tout lieu de croire qu'il en sera également ainsi à l'avenir .» Il pense donc qu' « une culture nationale ne saurait se passer de fondements : le passé et la tradition sont les composantes de sa subsistance et la source naturelle de sa vitalité. Et puni les fondements sur lesquels repose tout développement culturel, on trouvera d'abord la religion comme source d'enrichissement de la personnalité et instrument de l'organisation de la vie sociale.» Schlomo Schiller est une pour une synthèse . La religion donne un sens rituel symbolique à l'organisation sociale et elle s'appuie sur la réalité et à son épreuve. Il projette que : « La renaissance d'Israël entraînera une renaissance religieuse et en ressuscitant, la religion se débarrassera elle-même de sa vieille défroque, qui ne lui siéra plus. Nous amorçons donc aujourd'hui un processus merveilleux, une guerre de l'idée contre le symbole et du symbole contre le symbole. »
Yaacov Klatskin est un défenseur ardent du judaïsme et de la religion comme élément primant dans la judeité car elle a fait ses preuves dans le passé en Diaspora. Ainsi donc il explique que : « la religion d'Israël n'a jamais cessé d'être ouverte au progrès et à l'évolution, en dépit de son âge canonique. » Pour lui c'est la religion juive qui encadre et préserve l'identité nationale juive.
Le droit juif, la Halakha était le même pour les Juifs quelque soit la frontière. Il affirme donc : « Le peuple juif n'avait pas seulement une seule et même foi ; il avait également une même loi, valide dans toutes les communautés de sa dispersion et de ne devait d'allégeance qu'à ses docteurs et à ses dirigeants. Le pouvoir politique des nations ne s'étendait pas sur la communauté ni sur ses biens ; et il n'a jamais pu, tant que la religion juive était ferme, la priver de son autonomie, ni lui imposer ses propres coutumes ou son mode de vie. Le Shabbat juif n'était pas le jour de repos des non-juifs; les Juifs ne célébraient pas leurs fêtes. Ils ne travaillaient pas parmi eux ni se préoccupaient des besoins de leurs Etats. Une muraille infranchissable les séparait d'eux, et à l'intérieur de ce rempart, existait un Etat juif en réduction, selon l'expression d'Henri Heine. » La religion substance de l'identité juive établissait donc des formes, des modalités de vie nationale.
Schmouel Hugo Bergman, qui renforce encore plus le poids de la religion, estime que Klatskin n'a pas perçu à quel point il minimise la valeur de la religion et sa stature en ne faisant de la religion qu'un instrument pour assurer la pérennité de la nation. Le sionisme en élargissant l'identité juive à la langue et à la terre permet à la religion de s'épanouir. La religion juive a des fonctions morales et spirituelles et aussi nationales. Le sionisme doit exercer des fonctions morales de la religion en lui laissant le soin de guider spirituellement.
Par ailleurs Denis Charbit explique que « la renaissance nationale juive a cherché à se manifester dans le domaine artistique, littéraire et linguistique.» Car fait-il remarquer « L'assurance de langue commune aux Juifs était l'une des anomalies les plus significatives d'une collectivité qui prétendait faire la démonstration de ses qualités « nationales ». Rétablir l'hébreu comme langue vernaculaire constituait l'aspect linguistique de l'idéal d'auto-émancipation le plus souvent entendu comme une revendication politique.» Enfin il retrace l'évolution de la renaissance de l'hébreu : « Grâce à la Haskhala les lumières juives, l'hébreu avait connu en Russie au début du XIX e siècle une première phase de renouveau, antérieure à l'éclosion du sionisme, comme langue littéraire. »
En effet comme l'explique Dieckhoff Alain : « La langue est déjà un instrument politique puisqu'elle permet, à la fois, la mobilisation et l'auto-identification du groupe et sa démarcation par rapport à d'autres groupes. »
Par ailleurs, il est important que la langue puisse créer un lien au sein d'un peuple. C'est pourquoi Dieckhoff estime que « la communauté de langue constitue, dans une certaine mesure, l'unité ethnique. » lien social pouvant réunir politiquement.
Le sionisme a donc opéré une transformation linguistique afin de ressusciter la capacité du peuple Juif de s'exprimer à nouveau dans la langue des aïeux bibliques. Charbit affirme donc que : « L'impact du sionisme sur la langue est d'avoir initié le passage d'une langue liturgique et littéraire d'une langue parlée. » pourtant l'hébreu était une langue qui n'était plus parlée et posait un problème quant à son usage public. Il explique que « La renaissance de l'hébreu demeure un cas bien singulier, car, le plus souvent, les rationalistes linguistiques ont pour objectif d'élever un idiome populaire au statut de langue littéraire, alors que pour l'hébreu, c'est son caractère oral qu'il s'agissait de développer. »
Pourtant l'utilisation de l'hébreu ne fut pas chose aisée car les plus laïcisés voulait une langue européenne notamment à l'Ouest de l'Europe, et les Juifs nationaux de l'Est envisageaient le Yiddish quant à l'hébreu ses défenseurs étaient mitigés. Ainsi donc Herzl repoussait l'hébreu, le yiddish mais pensait que l'allemand ou l'anglais pouvait être la langue des Juifs dans leur terre.
Pourtant « le choix de l'hébreu devait signifier à la fois le changement d'ethos implique par l'émigration et donc la remplace avec ce qui était en usage parmi les Juifs et le retour aux sources, la prononciation ne pouvait pas échapper à ce retour à une tradition imagée : il fallait parler comme avaient dû probablement parler les patriarches, les prophètes et les rois. »
Le yiddish était parlé en Allemagne, Pologne, Russie etc. C'était la langue nationale du Bund et du mouvement prolétarien. Elle était une langue juive non sioniste mais signe de la vitalité culturelle linguistique. Par contre « l'hébreu était par excellence, la langue de la transformation sociale, culturelle et nationale, en terre d'Israël » pour Rachel Katznelson. Il allait y avoir plusieurs dissensions que causeront le choix de la langue entre ceux qui parlaient le Yiddish et ceux qui souhaitaient une ressusciter la langue morte des Aïeux.
Nous pensons ce qui aurait pu également déterminer l'abandon du yiddish est qu'il participe de ce phénomène de l'exil où le juif crée un patois métissé entre qui procède de l'hébreu et de termes locaux, or il fallait une innovation totale dans le sens de la régénérescence .
Malgré les Suisses et les Belges qui ne parlent pas la même langue, Ben Yehouda Eliezer pense qu'il est important d'utiliser la même langue pour la vie d'une nation qui se veut unie. Il est donc nécessaire pour les Juifs s'ils veulent être une nation vivante d'avoir une langue vivante à utiliser à tous moments de leur vie. Il se demande alors si le retour à la langue hébraïque dépend du peuple juif.Mais pense t-il, est-il seulement possible qu'une langue morte depuis des siècles ressucite?
Ben Yehouda va alors procéder à la renaissance de l'hébreu en procédant à une adaptation de l'hébreu moderne, après avoir enrichi ses connaissances auprès de certains Juifs orientaux qui le parlaient couramment.
Il fit cette remarque personnelle après expérience : « Mes conversations en hébreu avec les vieillards et les sages de la communauté juive m'habituèrent à parler l'hébreu couramment ; au point qu'il m'arrivait parfois de croire que l'hébreu était ma langue maternelle »
Herzl proposait que chaque communauté ethnique juive puisse parler sa langue dans la future nation et qu'avec le temps une langue s'imposerait d'elle-même.
Pour Menahem Ussiskin , l'hébreu est un mouvement sociopolitique et un choix politique.
Rachel Katznelson déclarait « le caractère révolutionnaire de la littérature hébraïque m'est apparu dans toute son évidence, contrairement au yiddish. » Il explique pourquoi en ces termes : « bien que le yiddish soit une langue vivante, celle du peuple et de la démocratie, le courant de pensée, qui ne pouvait être pour nous que révolutionnaire, s'exprimait en hébreu. La littérature yiddish était dominée par une pensée limitée, généralement inerte et pourtant pour tout dire réactionnaire à nos yeux ; dans le meilleur des cas, elle n'était qu'un pâle reflet des révélations de l'hébreu. Et dans les conditions qui étaient celles de notre peuple et les nôtres propres, nous recherchions ardemment la pensée révolutionnaire. » Il pense que si yiddish est l'âme de la nation, il est trop conservateur face à la révolution.
Quant à Yossef Haïm Brenner , il pense que l'hébreu est une source vitale qui plonge dans un passé trois fois millénaire qu'il faut ressusciter, elle vit à travers la littérature hébraïque, religieuse dont s'inspirent les Juifs ; le yiddish quant à lui n'est pas parler dans tous les ghetto du monde notamment au Maghreb. Il est temps que les Juifs aient une langue vivante correspondant à leur littérature. Il estime que les plus grands ouvrages religieux du judaïsme sont rédigés en hébreu. Cette langue a une aura particulière qui peut enflammer celui qui l'utilise, il reste une langue qui ne veut disparaître.
Alexandre Hachin fustige le comportement des Juifs de Palestine hostiles au peuple juif de l'exil, trop nationaliste, qui a une haine pour ce passé.
Il s'explique ainsi : « C'est un tort grave que l'on porterait au peuple, et plus encore à la banque hébraïque, si on laissait s'approfondir le fossé qui la sépare des masses, en faisant de l'hébreu l'apanage d'une seule caste de « nobles » et d' « êtres » d'exception ». Il exhorte à un rapprochement entre yiddish et hébreu, exil, diaspora et Palestine. C'est pourquoi si l'hébreu est un outil de rénovation du peuple hébreu en Palestine il ne doit pas mépriser le yiddish.
Dès lors il y a une problématique face à l'orientation culturelle dans la nouvelle nation s'articulant entre le rejet, la transformation totale, la reprise ou la synthèse.
Marcus Ehrenpreis est pour une renaissance , quant à lui de l'âme nationale. Il appartient à ces Juifs qui veulent s'affranchir de la tradition (les nouveaux Juifs) qui la jugent négativement et qui veulent recommencer une nouvelle vie matérielle et spirituelle, une culture synthétique entre le génie juif et l'esprit européen : une symbiose entre Jérusalem et Rome. Somme toute il s'agit de créer une nouvelle culture avec des valeurs neuves.
Aharon David Gordon , lui, est à la recherche d'une culture supérieure qui se nourrira de la culture matérielle. Il pense que les Juifs n'ont pas eu de culture en Europe, car la vie en exil ne relevait pas de la volonté juive. C'est pourquoi, il y aura une redécouverte de la vie matérielle et immatérielle pour le peuple juif en Palestine. Le travail devra donc être au centre de la culture juive en Israël car tout est à reconstruire. Somme toute une culture basée sur le travail et l'apprentissage de l'hébreu.
Quant à Zeev Jabotinsky prône une éducation hébreue non seulement dans la langue mais dans l'esprit aux jeunes générations, un enseignement humaniste pour effacer les préjugés des masses juives.Il préconise de revaloriser l'identité juive empreinte d'humiliations, en enseignant un nationalisme rempli de fierté du passé. Il faut effacer les traces de honte juive, la judéité est vécue comme une condition d'esclavage, les masses juives admirent la culture russe. Il argue sa proposition par ce commentaire : « nous sommes nés à nouveau, parce que si auparavant nous assumions notre identité juive contraints et forcés, aujourd'hui, nous sommes fiers d'elle et heureux de sa beauté ». Car poursuit-il : « nous nous étions habitués, depuis notre enfance, à l'idée que nous pouvions bien être juifs mais que nous ne devions pas être juifs. Pour lui, il était juif au plein sens du terme ; nous ne l'étions que parce que nous étions éternellement condamnés à l'être. » Il pense en définitive que la restauration du peuple juif doit passer par l'enseignement de son identité intrinsèque juive. Somme toute, il souhaite une nationalisation de l'enseignement juif.
Schmouel Hugo Bergman s'oppose au rejet de l'Europe que propose Klatskin car pour lui le peuple Juif est également tributaire de l'Europe de par sa culture qui s'y abreuve. Tant que le peuple juif n'aura pas créé sa propre culture, il continuera donc à être partie de l'Europe. On doit alors travailler à rechercher la primauté de l'élément juif dans le futur.
Pour Schmouel Hugo Bergman si le sionisme vise une renaissance nationale, il doit en revanche permettre à l'identité juive nationale de s'intégrer harmonieusement dans le concert des nations.
Nachman Syrkin rappelle que le judaïsme, religion noble, qui fut à la proximité de ses adhérents et les rapprochant de Dieu des prophètes, avait fait la grandeur en s'ouvrant mais que l'élection d'Israël a sombré en exil dans une voie talmudique en devenant une religion obscurantiste empreinte de superstitions, d'un formalisme figé dans l'inaction intellectuelle, l'endoctrinement et l'intolérance.
Il explique que : « le judaïsme a perdu en diaspora tout contenu et pouvoir créateur, parce que ses porteurs, les Juifs, n'avaient ni pouvoir politique ni vie nationale propre. Chaque fois que le judaïsme a été en butte à des persécutions, il s'est retrouvé enchaîné au niveau spirituel, intellectuel et moral. » Le judaïsme en exil a perdu sa créativité. Par le sionisme donc, la culture universelle fécondera, animera, alimentera le c½ur du judaïsme qui s'en enrichira vitalement pour renaître avec des qualités morales non appauvries.
On peut énumérer ces innovations du sionisme : abolition du salariat, principe de la contribution à la communauté et l'allocation des ressources selon la contribution à la communauté et de l'allocation des ressources selon la règle « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » participations des jeunes, à toutes les tâches, éducation collective des enfants, le kibboutz voulait former le peuple à l'image d'un homme nouveau comme le souligne Gordon.
Selon Charbit : « l'utopie sioniste se définit également parce qu'elle rejette : l'Europe des villes, berceau de la civilisation industrielle, corrompue et mue exclusivement par le profit, celle qui, avec la Grande guerre, a fait définitivement la preuve de sa décadence irrémédiable, de son déclin irrésistible, vis-à-vis de laquelle le retour à Sion constitue une échappée belle. »
Par ailleurs, la Palestine devient un Etat axé sur la défense des frontières et de l'implantation sioniste et juive. Ainsi donc il y avait des mouvements de jeunesse, formations paramilitaires que prônent des Hommes tels Jabotinsky
Quant à Haïm Arlosoriv du sionisme, il « élabore une doctrine socialiste mettant l'accent sur l'importance de la dimension culturelle et la nécessité de satisfaire les besoins, logement, santé. »
Enfin Tabenski souhaitait que l'on fasse le lien entre la société juive, l'Histadrout et le kibboutz.
Yitzhak Grinbaum pense que « le Sionisme est une renaissance. Il est aussi l'espérance de tous ceux qui sont incapables de se libérer du joug de la tradition et croient à la pérennité des valeurs du passé et à leur autorité aux yeux du peuple », « force les portes de ce passé pour modifier ses valeurs. » Il est donc une adaptation du passé au présent.
Quant à Berl Katznelson prône un révolutionnarisme constructif qui conserve le positif du passé, le meilleur, qui touchera dans le bon sens, l'économie, la politique, les m½urs et la culture « Les grands prophètes de la révolution sont généralement des gens de mémoire, des hommes de culture reconnaissants envers elle. » Il en conclue donc qu'il y a du bon à sélectionner dans la tradition. La pâque symbolise par exemple la liberté. La commémoration des moments douloureux qui célèbrent la défense de la liberté est également recommandable de même que le retour à la renaissance.
PARAGRAPHE B/ L'ELABORATION DE L'HOMO HEBRAICUS DE LA DIASPORA A ISRAËL
Le débat sur la création d'une nouvelle identité de l'homme juif en Israël avant même le Yichouv mais aussi après avait eu lieu au sein de la Diaspora sioniste . Des laïcs, des religieux y prirent part. Fallait-il créer un nouvel être juif détaché de la Diaspora juive, de l'idéal de la Thora, faire une sélection des passages de la Thora à qui pouvaient s'appliquer à cet homo hebraicus ou un Juif sous la copie de l'occident, totalement détaché de la religion mais empreint des valeurs d'idéal humain en ne gardant que l'histoire glorieuse du peuple juif etc. ? Il y avait beaucoup de courants qui prenaient ça et là de plusieurs bords. Même le choix de la langue hébreue ressuscité par Ben YEHUDA au détriment du yiddish, l'accent dans lequel il devait être prononcé, le choix de la terre de la Palestine des ancêtres et non celui de l'Ouganda rien ne se faisait au hasard mais au prix de maintes controverses dûment polémiquées. Pourtant comme le met en évidence le Professeur CHARBIT « Admise par les plus radicaux d'entre les sionistes qui aspiraient à une identité hébraïque définitivement isolée de son substrat religieux , cette distorsion fut pensée par les adeptes d'une continuité relative comme l'expression d'un droit d'inventaire légitime . Outre cette laïcisation des contenus religieux, le sionisme a largement emprunté aussi à l'Europe où il est né. La position dialectique du sionisme située entre rupture et continuité s'explique précisément par cette tentative de fonder en Israël les valeurs générales propres à toute société humaine non sur la reproduction exclusive de la tradition juive, avec sa manière singulière de penser l'universel, mais sur un bricolage assumé qui mélange des éléments de la modernité occidentale à des références empruntées au judaïsme »
Denis Charbit dans sa compilation des écrits des sionistes principaux ayant été à l'origine des divers courants qui alimentèrent le sionisme, résume l'apport du mouvement quant à la définition de la nouvelle identité juive. Il révèle ainsi que : « La contribution théorique du Sionisme à la pensée juive consiste à avoir apporté une définition nouvelle de l'identité juive : elle est désormais perçue comme une appartenance nationale calquée sur le modèle européen jugée plus adéquate et conforme à l'expérience et à la conscience que la déclinaison traditionnelle en termes de foi, de culture, d'histoire, d'origine, de mémoire ou de race. Poser la judéité comme un fait national, pour aussi évident que cela puisse paraître aux sionistes, appelle des réélaborations théoriques et des recompositions idéologiques auxquelles ils vont s'atteler afin de préciser les contours de la nation projetée. »
Mais sur quels éléments la nation juive se formera t-elle donc ? Certains sionistes vont alors apporter des éléments de la future identité nationale de même que les axes qui seront les siens. Car il s'agit ici de faire renaître un homo hébraïcus mais est ce n'importe lequel ?
Bernard Lazare qui s'appuie sur la définition de Renan pense que la nation repose non sur la race ou la religion, mais sur « le sentiment d'un passé commun ancien et récent, une histoire commune qui se traduit par le fait qu'ils persistent malgré la dispersion à se désigner collectivement parle même nom. » En dehors de la langue et de la culture communes, la nation peut exister dès que le peuple en a conscience et se promeut à un destin commun.
« Adepte d'une conception ethnico-culturelle de la nation Ahad Haam a pour souci primordial de former les Juifs à la conscience qu'ils forment une nation malgré la dispersion. »
Les questions que suscite l'identité juive en Palestine à créer, c'est en résumé de savoir si cet individu sera placé sous le joug du judaïsme, de la volonté rationnelle, ou d'une synthèse des deux et à quel dosage ? Ou bien encore de déterminer s'il est possible d'avoir une culture juive sans le judaïsme ? Et cela à comme conséquence de savoir si l'identité juive doit nécessairement renfermer comme naguère dans la tradition halakhique originelle le binôme identitaire constitué par la religion et la nation.
Pour Ben Yehouda le nationalisme permettra aux Juifs de se départir d'une ambiguité identitaire, en choisissant entre identité nationale et identité religieuse juive.
Brenner pense que « cette libre adhésion fondée sur la volonté d'une part, la terre et la langue d'autre part, est tout le contraire d'une appartenance assignée par une instance religieuse. Pour lui, le nationalisme juif est l'occasion unique et ultime de promouvoir un nouvel homme juif qui ne doit rien à la religion comme norme et institution » cela entraîne une division en composante en religieux, nationaux et orthodoxes du peuple Juif.
Haïm Nachman Bialik prône l'entretien de la transmission du savoir livresque des générations antérieures aux jeunes Juifs de Palestine, dans un souci de renouvellement permanent. Il propose d'adjoindre à la littérature religieuse très vaste, une nouvelle littérature hébraïque née de la compilation, textes choisis par des experts juifs, une canonisation de l'essentialité à transmettre au lecteur moyen. Il propose donc pour échapper au péril culturel, de réaliser une synthèse des écrits littéraires, afin de tamiser le meilleur des écrits selon les nouvelles méthodes en cours. Voilà ce qu'il en dit : « Pour sortir de cette détresse culturelle, je ne vois qu'un seul moyen, qui a un précédent dans l'histoire de notre littérature. Chaque fois qu'elle s'est trouvée en situation semblable, elle s'est engagée dans cette voie et c'est elle que nous devons emprunter cette fois encore. Je veux parler d'une « compilation » littéraire, à l'instar de celle qui est connue dans l'histoire de notre littérature sous le nom de hatima, ou clôture d'un ouvrage. »
Pines est pour une union des identités religieuse et nationale car comme le souligne Denis Charbit « De même que la religion s'étiole quand elle est privée de l'élément national et n'est plus qu'une âme sans corps, de même la nation, privée de son ancrage religieux, perd se raison d'être et conduirait à une assimilation. »
Pour Pines et le Rabbin Nissenbaum « la nation juive n'est pas conforme au modèle des nations en ce qu'elle n'est pas neutre à l'égard de la religion mais exige que tous ses membres soient juifs. De la même manière, la religion juive est distincte des autres confession qui affichent une neutralité totale à l'égard de l'appartenance nationale des fidèles. »
Les sionistes religieux surmontent le refus des orthodoxes en se joignant avec les sionistes car ils pensent qu'une fusion entre religieux et nationaux est possible.
Bernard Lazare pense que la religion ne doit pas forcément caractériser la judéité qu'il y a un minimum de judéité que confère un environnement juif. Il pense ainsi que : « malgré les différents horizons de l'exil il y a une atmosphère de similitude commune » le lien qui rassemble « c'est la qualité de juif, ce n'est pas le critère religieux donc qui détermine l'union juive. » Il estime que «Le judaïsme comporte une religion –une religion nationale- mais il n'est pas seulement une religion et que peut répondre un hassid, un talmudiste ou un de ceux qui répudient le nom de le nom de juif pour ne retenir que celui d'Israélite à l'athée qui lui dira « je me sens juif »C'est là un sentiment qui a sa valeur, tout au moins il existe et il est bon de se demander d'où il sort, sur quoi il s'appuie , quelles en sont les causes et la genèse. » Par ailleurs il démontre également que si le critère religieux n'est pas suffisant à lui seul pour couvrir toute la définition de la judéité celle également raciale voire nationale est discutable. Elle s'appuie sur la définition de la judéité des antisémites et philosémites. Il constate donc que « ce qui unit entre eux toux les Juifs du monde, c'est qu'ils sont de même race. Cette affirmation ne soutient pas l'examen. Le Juif russe au nez écrasé, aux pommettes saillantes, aux yeux bridés, le Juif espagnol au nez recourbé , à la bouche charnue, le petit Juif brun au nez droit et le petit Juif roux d'Allemagne ont-ils le même ancêtre, descendent-ils d'un même couple ? Non, mais on pourrait leur chercher des aïeux dans la Judée d'autrefois, et on retrouve leur effigie à la fois sur les bas-reliefs des Hittites et sur les fresques qui ornent les tombeaux des pharaon. »
Bernard Lazare choisi donc faire reposer l'identité juive sur une provenance originelle très lointaine. Il remarque donc qu'« Il y a plusieurs types de juifs, mais malgré les croisements et les mélanges, on peut soutenir, contre Renan que la pérennité de ces types est incontestable. Si donc nous rectifions l'idée que philo et antisémites se font de la race juive, on peut dire que l'identité des origines constitue déjà un lien entre les Juifs. »
A la recherche du noyau de l'identité juive Lazare se lance dans une démonstration des possibilités éventuelles de la formation de la judéité. Il s'interroge ainsi : « Mais la croyance en cette communauté d'origine n'est pas suffisante pour nous unir. Est-ce uniquement la qualité qu'on nous attribue qui nous attache les uns aux autres? Non, car c'est à cause de cet attachement qu'on nous accorde cette qualité. »Il poursuit donc le questionnement : «Où puisons-nous alors ce sens de notre unité, si je puis dire ? D'abord dans un passé commun, et un passé bien récent. Le Juif émancipé se conduit le plus souvent comme un parvenu, il oublie l'aïeul misérable dont il est issu. Alors que chacun s'ingénie à se chercher des ancêtres, il veut oublier qu'il en a eu. Cet ancêtre lui fait peu d'honneur. » Il en vient donc à se demander si une assimilation de la personnalité juive est possible en ces termes : « Parmi les Juifs d'Occident, il en est aussi qui ont essayé d'oublier ce passé vieux d'un siècle, pour pouvoir s'assimiler aux nations au milieu desquelles ils se trouvaient. Sont-ils parvenus à effacer de leur esprit et de leur c½ur ce que dix-sept siècles y ont imprimé ? Qu'est-ce que cent ans ? Est-ce suffisant pour abolir l'½uvre de plusieurs millénaires ? » Il conclue donc à une histoire commune pensant donc qu'« outre ces traditions et ces coutumes, se sont élaborées, au cours des âges, une littérature une littérature et une philosophie. De cette philosophie et de cette littérature nous avons été exclusivement nourris pendant de longues années. Assurément, nous vivons actuellement et beaucoup d'autres Juifs d'autrefois vivaient sur un fonds d'idées générales, idées humaines et universelles que les nôtres ont contribué d'ailleurs à créer, mais nous possédons certaines catégories d'idées et certaines possibilités de sensations et d'émotions qui n'appartiennent qu'à nous parce qu'elles naissent précisément de cette histoire, de ces traditions, de ces coutumes, de cette littérature et de cette philosophie. »
Buber explique donc que le Juif «est resté oriental. Il a préservé en lui-même l'absence de mesure caractéristique du type moteur qui est inhérente à sa nature, et tous ses aspects annexes, la prééminence chez lui du sens du temps et de la vivacité de ses facultés conceptuelles ; il a préservé l'impulsion élémentaire vers l'unité, et la notion de l'exigence immanente vit encore en lui, souvent profondément enfouie, mais jamais totalement écrasée. On peut encore la découvrir chez le Juif le plus assimilé. » Il pense donc qu'on peut retrouver le sens du rituel, la concentration, l'intériorité asiatique, la ferveur de la prière chez le Hassid juif.
Jabotinsky lui préconise de rompre tout ce qui reste d'Orient en tout Juif. En effet Zeev Jabotinsky n'accepte pas que l'on dise que le fond de l'esprit juif soit resté oriental. Car, dit-il, si dans les masses juives ont un préjugé oriental, le sionisme a pour but par l'éducation scolaire de transmettre les lumières de l'Europe à la Palestine et se présente comme libérateur des Arabes de Palestine.
Par contre il affirme que l'Orient islamique, à contrario, veut gouverner les institutions étatiques par la religion. Par ailleurs le statut d'asservissement de la femme donne une orientation à l'Etat que le sionisme fils de la démocratie européenne ne veut adopter. Actuellement l'Orient est donc retardé dans l'évolution sociétale avec une ingérence inqualifiable de la religion dans la sphère privée. Il reconnaît que les traditionalistes juifs ont gardé des caractères orientaux, c'est justement pourquoi l'émancipation juive souhaite séparer « des traditions et des coutumes ancestrales d'avec la substance essentielle du judaïsme. Or justement le sionisme revendique ses traits européens pour Jabotinsky. Il affirme ainsi « Il se peut que plus que toute autre nation, nous soyons en droit de dire : la culture « occidentale » est chair de notre chair, esprit de notre esprit. S'éloigner de l'«occidentalité » pour nous adapter à ce qui est caractéristique de l' « Orient » signifierait notre propre reniement. »
Yossef Klausner va plus loin en dénonçant l'assimilation des Juifs de Palestine. Ces derniers voulant ressembler aux Arabes copient leurs m½urs, montent à cheval, se coiffent de Keffieh, truffent et émaillent leurs propos de mots arabes. L'effort et la virilité arabes sont des modèles pour ces Juifs de Palestine qui désirent se couper de la Diaspora juive. C'est tout ce processus d'intégration de l'Orient qu'il juge arriéré, que réfute Yossef Klausner. Si Yossef Klausner, reconnaît que les Juifs de Russie s'enracinent en Israël influencés par leur environnement il émet des réserves . En effet l'hébreu et la culture hébraïque s'intègrent à tous les aspects sociaux de la vie juive en Palestine en toute autonomie mais cependant la langue arabe influence le vocabulaire hébreu journalistique. Les Juifs de Palestine se font arabiser par une civilisation arriérée qui leurs exprime son hostilité.
Cependant certains revisitent leurs positions comme Brenner passant de la rupture à une collaboration, voire au souhait d'une fraternité judéo arabe.
Mais le conflit ethnique ne concernait pas seulement le monde juif et le monde juif, c'est pourquoi Ben Gourion prônait l'égalité loi pour tous les juifs en leur sein, c'est-à-dire Juifs ashkénazes et Juifs yéménites à l'esprit oriental et entre Juifs et Arabes même si les Juifs de Russie étaient hostiles à ce projet.
Ahad Haam pense que la naissance d'une nation juive en Palestine aura un impact heureux sur le judaïsme. Il dit donc qu'«à partir de ce centre, l'esprit du judaïsme pourra rayonner tout autour vers les communautés de la diaspora, préservant l'unité de notre peuple, et insufflant une nouvelle vie. Quand notre culture nationale en Palestine aura atteint ce niveau, nous pourrons être sûrs que d'elle-même, elle produira un type d'homme nouveau qui établira lui-même l'Etat, non pas un Etat des Juifs mais un Etat juif. » C'est pourquoi il pense qu'« un idéal politique qui n'est pas ancré dans.. » la « culture nationale peut », « détourner de la loyauté envers » l'esprit en incorporant au sein des Juifs « une tendance à rechercher la gloire par la puissance matérielle et la domination politique, en détruisant de la sorte le lien.. » unissant « au passé et en minant » les « fondements historiques ». En parlant de la transformation du peuple juif auquel il appartient, il affirme : « Tous nos grands hommes, ceux dont l'éducation et la position sociale les préparent à être à la tête d'un Etat juif, sont très loin du point de vue spirituel du judaïsme et n'ont pas de conception vraie, ni de sa nature ni de ses valeurs. De tels hommes, quelle que soit leur loyauté envers l'Etat, comprendront les intérêts de celui-ci selon la culture étrangère dont ils ont été imprégnés et ils essayent soit par la force, soit par la persuasion morale, d'implanter cette culture au sein de l'Etat juif, de sorte qu'il ressemblera, avec le temps à un Etat d'Allemands ou de Français d'origine juive. Nous en avons un exemple miniature en Palestine. »
Si Ahad Haam répugne à installer une société sous obédience totale de la halakha, il n'accepte pas moins l'idée d'un replâtrage de l'Occident et de ses faillites en Palestine. Il évoque donc l'expérience du passé en rétorquant que « L'histoire nous enseigne qu'à l'époque d'Hérode, la Palestine était un Etat juif, mais la culture nationale y était méprisée et même persécutée. La classe dirigeante fit tout ce qui était en son pouvoir pour implanter dans le pays la culture romaine et épuisa les ressources de la nation par des constructions de temples, d'amphithéâtres, etc. Un Etat juif de cette sorte entraînerait la dégradation et la mort de notre peuple. » Réfutant donc l'idée d'un Etat pour Juifs calqué sur l'Europe, Ahad Haam rappelle aux Juifs : « Le judaïsme est le lien culturel pour unifier notre nation. Le sionisme traite donc de propagande politique ; Hibbat Tsion s'occupe de culture nationale, car c'est seulement par la culture nationale et pour elle qu'un Etat juif peut correspondre à la volonté et aux besoins du peuple juif. » Parle t-il alors d'un remplacement de la religion nationale par la culture nationale impregnée de traces de judaïsme ?
Quant à Eliezer Ben Yehouda qui sera le père de l'hébreu moderne, il se réfère au souvenir que les Juifs qui observaient le judaïsme qu'ils soient pratiquants ou non, s'en remettaient à la religion pour organiser leur mode de vie. Celle-ci et ses règles gouvernaient la communauté à laquelle les Juifs membres d'une même nation appartenait.Yehouda va expliquer que l'émancipation va faire apparaître largement assimilés, dont les fondements de la vie juive étaient bouleversés. Les Juifs délaissaient leurs ghettos pour se confondre avec leurs concitoyens non Juifs, espérant la garantie de leurs droits et l'égalité citoyenne prévus par l'émancipation. Il remarque que : « C'est alors qu'apparut un nouveau type de juif : des Juifs que leurs pères n'auraient pu imaginer, qui n'avaient changé en rien, ni par le sang, ni par le sang, ni par l'aspect physique, ni par les traits de leurs visages, qui n'avaient rien fait qui puisse les exclure du sein de la nation, et proclament n'être juif que par la religion juive, plus ou moins, mais, en tout état de cause, ils n'étaient pas membres d'une « nation » juive. ». Ces Juifs brisaient ainsi l'identité juive en la séparant en deux, partagés entre identité religieuse et identité nationale. « On pouvait être juif à moitié : juif de religion, sans être membre de ce qui serait une nation juive. » Selon Ben Yehouda.
Mais malgré ses atteintes, Ben Yehouda affirme qu': « il y a une nation juive : c'est-à-dire un groupe d'hommes issus d'une même souche, partageant le souvenir d'une histoire commune, éprouvant le même sentiment qu'ils appartiennent toujours à une même fraternité, fût ce sans référence à une religion quelconque et fussent-ils divisés dans leurs opinions en matière de foi. Il va de soi que certains parmi eux qui, grands et petits ont été élevés dans l'opinion que les Juifs ne forment qu'une secte religieuse, se considèrent sincèrement comme appartenant à la nation du pays de leur résidence. Pour certains, ce sentiment a atteint le point où ils n'éprouvent plus de communauté de destin à l'égard des Juifs qui ne sont pas leurs compatriotes. Il reste que, sans nul doute, pour 95% des Juifs de l'Exil, ce sentiment persiste, fussent-ils de ceux qui ne se sont libérés totalement de la foi religieuse. » Cependant le sentiment national a réveillé chez les juifs qui déserté les lieux de la pratique religieuse.
De l'autre côté des Juifs vont chercher à se définir uniquement juifs selon l'identité nationale. Ben Yehouda explique donc que « il ne restait aux « nationaux » qu'à faire de même quoique en sens inverse : se proclamer Juifs par l'identité nationale et non par la religion. Si les Juifs se réclamant du judaïsme intégral de leurs ancêtres, c'est-à-dire à la fois national et religieux, sont en droit de se plaindre, d'un certain point de vue, des « nationaux » qui ont rejeté l'autre moitié du judaïsme antique ne sont-ils pas en droit de reprocher d'abord à ces Juifs d'avoir initié ce processus en divisant le judaïsme en deux parties pour trouver grâce aux yeux des gentils. »
Yossef Haïm Brenner pense qu'ils sont Juifs par leur vécu réel. Car en dehors de la religion, la culture des gentils relève encore de l'extranéité pour les Juifs malgré leurs efforts. Il pense néanmoins, suivant une attitude synthétique, qu'il faut apprendre de l'Occident tout en préservant son identité. Cependant sa démarche est celle qui consiste à créer une culture nouvelle qui ne se soumet pas naïvement à la religion. Mais Il préconise plutôt une culture née de la volonté qui voudra rendre plus beau, meilleure tout ce qu'elle entreprendra. Il s'identifie donc comme un juif national ou laïque. Il formule le souhait suivant : «si tous les Juifs se convertissaient en esprit, à condition qu'ils vivent en Eretz Israël, dans la patrie nationale et parlent hébreu, nous ne perdrions pas au change. Ce programme ne nous vient pas d'Amérique mais de Jérusalem de la colline de Sion, répandu dans le cercle Hapoël Hatsaïr, je hais toute conversion de l'esprit, mais pas plus que la morale juive qui est mensonge et dérision. » Il prône donc un Etat juif où les religions sont libres, se valent en morale et ne priment guère.
Justement certains Juifs traditionalistes pensent ainsi : « En ce qui nous concerne, nous ne convertirons ni au judaïsme ni au christianisme. Nous ne condamnons nulle religion ni ne prônons nulle religion. Nous disons : ce n'est pas de croyances et d'idées qu'un peuple peut vivre. Pour nous, toutes les morales se valent alors que pour vous, la morale juive vaut mieux que la morale chrétienne ou, plus exactement, elle est différente. » Il pense qu'une nation qui remet son existence entre les mains de la religion est vouée à l'échec car explique t-il la religion juive a par le passé déjà divisé. La nation juive ne devrait pas aveuglément s'en remettre aux dogmes religieux juifs qui parfois entraînent à des dérives. N'est ce pas en effet le christianisme, né du judaïsme, qui a forgé l'antisémitisme juif ? Il faut se débarrasser de l'influence religieuse dans l'identité nationale.
Il va jusqu'à lancer une diatribes aux religieux : « Hypocrites ! Nous vous disons et redisons : il n'est pas de judaïsme hors de nous et hors de ce qui relève de notre vie. Il n'est pas de croyances immuables qui puissent nous être imposées. Vous fulminez contre nous parce que nous ne faisons pas de place à la religion dans notre identité nationale. Mais, inversement, nous ne comprenons pas que vous, hommes sages, érudits en astronomie, vous vous fassiez passer pour les interlocuteurs du ciel ! » Il se base donc sur le patriotisme qui prêche une vie meilleure au peuple juif par la création de m½urs agréables.Il affirme également qu'il est juif avec beaucoup de ses paris par la pratique quotidienne, le vécu par le travail comme valeur. Par ailleurs il pense que la langue et la littérature sont des biens précieux à honorés et sa valeur suprême est la nation. Il préconise alors de lutter pour obetnir une langue, une terre et une littérature mais n'ayant rien à voir avec la littérature rabbinique et kabbalistique. Il propose donc de créer un juif nouveau débarrassé de la tradition qui aspire à de créations nouvelles dans sa vie.
Yehiel Mical Pines , fidèle à la tradition refuse lui la séparation de l'élément religieux de la judéité. Il pense donc qu'on ne peut substituer à une identité nationale religieuse, une identité nationale naturelle fabriquée, car elle n'aura de valeurs que pour les assimilés. Il explique la particularité juive en ce sens : « En quoi le peuple juif se distingue-t-il des autres nations ? La réponse à cette question est qu'il n'est pas un peuple naturel. Son identité nationale, depuis sa formation, n'est pas née dans le giron de l nature, c'est-à-dire dans une appartenance à une race ou un territoire, mais bien dans le giron de sa loi et de son Alliance de peuple de la foi. » Il estime donc à juste titre qu'il n' y a pas d'identité nationale naturelle sans terre ni langue vivante. C'est pourquoi donc le peuple juif ne peut être défini que par la religion.
Ahad Haam , quant à lui se revendique de Yéhouda Halévi et de Nahmanide, quant à une identité nationale ancrée dans la religion et la halakha, la foi.
Yitzhak Nissenbaum évoque les tenants de thèses inhérentes à la future identité élaborée par le sionisme. Il nous apprend que les tenants de la thèse des critères nationaux entendent faire de la nation hébreue une nation normale pareille aux autres nations où le critère religieux ne compte pas, tel un Etat laïc donc. En effet l'on ne pourrait établir l'Etat juif comme le préconisent les nationaux juifs sans la religion, les bases d'un tel Etat ne seraient pas solides, celles qui ne s'appuient que sur la terre, la langue etc. Toutefois l'histoire juive a montré que la religion était le socle fondamental du peuple juif car cette religion avait les cloisons nationales. L'influence du christianisme et de l'Islam n'est pas la même que celle du judaïsme. Selon lui toujours : « La religion juive n'a pas de « clergé » qui règne arbitrairement au nom de la religion, interprète ses préceptes comme bon lui semble et promulgue des obligations religieuses selon son bon plaisir. La religion juive possède une loi précise qui s'applique également au peuple tout entier et aux injonctions de laquelle le grand prêtre comme le roi que le peuple s'est choisis sont assujettis comme lui. » Il explique que : « les « fondements » de la religion juive sont « limites » au cadre étroit de la nation. A l'intérieur de ces limites, ils sont très étendus et englobent, contrairement aux « fondements religieux » des autres nationaux, tous les membres de la nation juive, de sorte que « le Juif, malgré ses péchés, reste Juifs », tant qu'il n'en vient pas à confesser une autre religion. »
On peut donc dire d'après lui que la religion juive s'applique à tout le monde avec la même rigueur (démocrate) quelque soit le comportement. Le judaïsme entraîne une vie nationale. Il y a une imbrication entre judaïsme et nation juive sans lui, le peuple juif n'a plus d'âme et n'existe plus. Car explique t-il, la religion juive est « nationale de la base à son sommet, et en son objet ultime.»
Il y a une nature nationale du judaïsme ( nous pensons qu'un arabe, un européen pour devenir musulman ou chrétien doivent se convertir,le juif à sa naissance est Juif) et une nature religieuse de l'identité nationale juive car les Juifs sont aussi à la fois une minorité nationale et une minorité religieuse. Au début le sionisme n'était pas assimilé à la rédemption, au messianisme et si les affaires politiques ne devraient pas s'entremêler aux affaires religieuses, les rabbins ont adhéré au mouvement sioniste afin d'éviter que l'emprise laïque ne soit déterminante.
Denis Charbit nous apprend que « la question religieuse n'était pas unqiuement conceptuelle et théorique, touchant au modèle de nation envisagé par les sionistes. Elle était surtout une question pratique concernant le statut normatif et institutionnel de la religion dans l'organisation de la cité qui s'édifiait en Palestine. »
Tout comme Brenner, Berditchevsky est pour une révolution sioniste radicale, et pour la réinvention de l'individu juif et de la communauté juive en dehors de la tradition religieuse juive et de la halakha. Berditchevky veut néanmoins garder un souvenir du sacré juif mais dans une société définie plutôt par la production culturelle matérielle en dehors de la Halakha. Il pense qu'il faut construire une identité juive en Palestine tout en se rattachant à un passé sélectif de la Thora pour construire le présent extraire le positif.
Micha Yossef Berditchevsky souhaite un retour à un contact avec la nature par une connaissance de la vie d'avant le don du livre. C'est-à-dire la vie des hébreux ou patriarches fondateurs avant l'institutionnalisation et l'organisation sociale suivant le modèle de la Halakha. En effet il regrette que les Juifs soient étrangers aux joies simples de la vie, jugées impures par la Halakha, et qu'ils se retranchent volontairement du monde. Il constate avec désolation que le peuple juif vit encore dans le passé et à cet égard reste statique, indifférent au présent.
Schlomo Schiller pense que la culture nationale aura une réaction positive sur le judaïsme en Palestine.
Schmouel Hugo Bergman est pour une influence du judaïsme dans l'identité nationale en Palestine.
Quant à Ahad Haam s'il pense qu'on peut être Juif laïc, est néanmoins pour un minimum de lien avec la religion, il propose une sélection des valeurs même religieuses du passé juif pour construire l'avenir. Il justifie par le fait qu'une « une conscience nationale « affranchie » de son passé juif est une absurdité. » Pour lui « un nationaliste qui serait dénué de ces éléments constitutifs de l'âme vivante de la nation depuis des millénaires et grâce auxquels elle a acquis une place singulière dans le développement culturel du genre humain, une aussi étrange créature ne peut se concevoir que si elle est elle-même à mille lieues de l'esprit de son peuple. »Il estime que le nationalisme juif sans son passé juif et même religieux est voué à l'échec. Il regrette l'attitude des ultranationalistes en ces termes : « Ils prétendent être des « juifs nationalistes ». C'est ainsi qu'ils se désignent. Mais précisent-ils, des juifs » dotés d'une conscience nationale libre » (sic !) « libre », d'après eux , parce qu'ils se sont coupés sentimentalement de tout lien avec l'histoire ancienne de la nation. Et le judaïsme ? « Nous n'avons rien à voir avec le judaïsme. » Et le Dieu d'Israël ? Ils ne se « prosternent » pas comme leurs ancêtres devant un « quelconque père qui serait anxieux ». Les saintes écritures ? Ils sont depuis longtemps »délivrés de l'obsession des livres sacrés et nombre de livres profanes leur sont plus proches par l'esprit. » Que reste- t-il, chez eux, de la transmission du passé ? Rien ! Nul devoir et nul tabou !... »
Il semble donc nécessaire pour lui d'avoir un lien minimal avec la religion, il s'interroge donc « mais s'ils ont arraché de leur c½ur le passé et ont fait disparaître toutes ses racines, en vertu de quel principe font-ils encore partie de la nation ? » Il poursuit donc qu'« Il nous faut « démontrer » qu'une conscience nationale « libre » de son passé juif est une absurdité jamais entendue dans une autre nation et en une autre langue. Comment une créature peut-elle s'affranchir des conditions de son existence naturelle si ce n'est en se « libérant » simultanément de son existence elle-même ? Un arbre peut-il se délivrer de ses racines, enfouies dans les profondeurs de la terre, quand bien même elles nient sa liberté de mouvement ? »
La langue a occupé une place importante dans le l'élaboration de la nouvelle identité juive. Il s'agissait en effet de permettre au nouveau juif, l'homo hébraïcus d'être comme tous les autres citoyens du monde. Ce processus a été enclenché avec l'½uvre de Ben Yehouda, personnage majeur de cette entreprise linguistique unique dans le monde que nous avons évoqué dans les paragraphes suivants. En effet, le fils de Eliezer Ben Yehouda « Ithamar Ben Yehouda, est sans doute le premier enfant de l'époque moderne à avoir eu l'hébreu comme langue maternelle. Dans les premiers temps de son séjour en Israël, Eliezer Ben Yehouda fréquente des institutions d'études religieuses. Mais lorsque les rabbins s'aperçoivent que son but est uniquement de mieux pénétrer la langue sainte pour la transformer en langage courant, il est mis au ban du vieux Yichouv. Il se consacre alors au développement de la langue et de son enseignement, tout en exerçant ses talents de journaliste dans la publication qu'il fonde. »
Ben Yehouda avait été un précurseur avec David Yelin, dans la création d'établissements scolaires ou l'hébreu était professé. Mais il a surtout été l'artisan du premier dictionnaire complet d'hébreu antique et moderne qui fait encore autorité de nos jours. L'hébreu verra le jour et il fut décidé après maintes discussions que la prononciation et l'accent correspondront à celle des Juifs sépharades.
Quant aux contours à donner au nouveau juif, Brenner souhaite enraciner cet homme sur des éléments concrets comme la terre, la langue. En d'autres termes le nouvel homme juif ne devra rien à la religion sur le plan légal comme institutionnel. Pines et le Rabbin Nissenbaum pensent que celui qui se réclame de la nation juive ne peut être indifférent et neutre par rapport au judaïsme comme c'est le cas de ressortissants d'autres nations.
Schlomo Schiller souhaite un nouveau juif qui vivra dans une Palestine essentiellement laïque mais qui puisera néanmoins une « forge agissante » dans le judaïsme. Il situe la vie de cet homme non plus dans le ghetto de l'exil mais à l'avenir dans un univers conciliant un passé sélectif et une ouverture au monde. La religion donne un sens rituel symbolique à l'organisation sociale et elle s'appuie sur la réalité et à son épreuve.
Yossef Haïm Brenner et Mikha Berdichevski exhortaient « les Juifs à se détourner d'une religion accusée de les avoir enfermés dans un carcan de règles inhumaines qui entretenaient un sentiment chronique d'aliénation » se positionnent comme « Nietzchéens sionistes ».
Aharon David Gordon veut transformer le peuple juif en un peuple travailleur, et non plus un « peuple de petits commerçants, peuple de grossistes et d'intermédiaires » en peuples vivant, travailleur et créateur. Il dit donc : « notre réponse est une création neuve, une ½uvre qui ne s'est jamais accomplie en ce monde, la création d'un peuple neuf. C'est un peuple à visage humain que nous voulons créer .»
Il y a des différences entre la vie en exil, juive et la vie juive sur le sol palestinien. La vie en exil est celle de parasites aux plans économique, spirituel, de la pensée, privé de sol, de terre, poésie et de littérature. Elle est une vie sans autonomie. Il y a donc désormais comme le souligne Gordon la volonté d'établir un peuple de travailleur, de créateurs, qui utilise ces mains pour façonner.
David Horowitz explique qu'il y a deux systèmes antinomiques en Israël : la classe des travailleurs et celle des possédants en Israël. L'affrontement entre socialistes et capitaliste s'opère dans un pays où le sionisme exclue la propriété privée.
Martin Buber, explique les bienfaits du travail sur le peuple juif de Palestine. Le nouveau juif avec « sa tête se dresse avec légèreté et liberté , toute droite, ni courbée, ni pliée, ni rejetée en arrière par snobisme.. ». Les juifs régénérés sont plus détendus, moins hésitants, non troublés et complexés, vrais naturels et peu artificiels. Le sionisme veut donc transformer les petites gens en valeureux Juifs travailleurs. Par ailleurs en Palestine la commune travaille pour elle et le peuple sur une terre lui appartient.
Arlosorov se situe dans la même mouvance que Buber, à savoir la régénération des Juifs par le travail et la production. Il indique que par une démocratie créatrice les Juifs doivent retrouver le chemin par la production et le travail. Par ailleurs il indique que le socialisme populaire a aussi pour vocation d'éveiller les masses laborieuses juives la conscience de leur responsabilité dans la promotion de l'épanouissement spirituel de la nation dans son ensemble.
Ben Gourion épouse également cette régénération des Juifs « peuple de commerçants et d'intellectuels » par le travail.
Comme l'indique Denis Charbit le nouvel ethos juif a « les traits suivants : valorisation du travail de la culture de la terre, de l'homme, la place de la femme, de l'armée, la Société » insertion de l'individu dans la collectivité. »
Il y a une abolition du travail salarié et du capital en Palestine. Dans ce pays qui renaît , une forme originale de village sous forme communautaire et coopératif, le kibboutz a été créée en Palestine. L'Hébreu est devenue une langue vivante et populaire.
Nordau quant à lui souhaitait un « judaïsme des muscles » rompant avec le modèle intellectuel juif cérébral qui entraîne un soin du corps, un sens de l'effort, soucis de la nature et la santé physique.
Trumpeldor comme Jabotinsky et Menahem Begin souhaiteraient que les Juifs utilise la loi du talion en rendant coup pour coup, lorsqu'ils sont attaqués notamment par les Arabes en Palestine. La défense armée est au centre de la vie juive armée ce qui n'était pas le cas en Exil qui prêchait la passivité du Juif. En effet ils jugent qu'il faut se battre pour préserver la réussite de l'indépendance juive.
Gordon était contre la guerre tandis que Ben gourion Yitzhak Ben Zvi pour la retenue dans les relations de voisinage en Palestine. Nordau, Siegfried Lehmann prêchaient un recours minimal de la force en cas de violences étrangères.
Abba Akhimeïr n'hésitait pas à inciter la population juive à recourir au terrorisme par tous les moyens pour se défendre en cas d'agression.
Berl Katznelson estime que les Juifs sont imprégnés du socialisme en Palestine, il déclare à ce propos : « dès que cette jeunesse met le pied dans le pays, parmi les travailleurs, elle respire l'air de l'idéal socialiste qui n'est pas ici une parole en l'air mais une chose vivante et concrète. »
Mais il y aussi semble t-il des travers dans cette nouvel ethos juif de Palestine qui grandit au sein d'un certain extrémisme. Ainsi Berl Katznelson estime que la jeunesse juive cultive l'antisémitisme et le fascisme.
Définir la judéité de la Diaspora à la Palestine n'est pas chose aisée même de nos jours. Cette ambiguïté Nicolas Delange l'exprime dans « Atlas du monde juif » par ce résumé de la problématique de qui est Juif ? : « Poser la question implique qu'il y a des cas où la réponse est douteuse. Est-ce qu'on juif par la naissance ou par la religion ou par les deux ? Ou encore par quelque chose de tout différent ? Peut-on cesser d'être juif ? Et de quelle façon ? Tous les portraits figurant sur ces pages sont ceux d'individus dont la qualité de juif n'est pas absolument évidente. » Il tentera de proposer par des réponses par des cas particuliers. Ainsi il révèle dans le cas de la transmission de la judéité par les parents que certaines personnes « tiennent pour juif quiconque a du sang juif dans les veines » fussent-t-ils issus d'un mariage mixte et d'une mère non juive.
Il prend le cas également d'un Juif appartenant à une autre religion mais qui continue de se définir comme juif. Est-ce donc au sens ethnique ? Il nous soumet cette interrogation : « Peut-on être juif et chrétien ? Un évêque britannique, Hugh Montefiore, affirme qu'il est l'un et l'autre. C'est aussi ce que dit l'archevêque de Paris, Mgr Lustiger. » Dans cette même rubrique quant à la double identité religieuse et nationale, le professeur Maurice Kriegel dans un de ces cours en 2006 à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales déclarait que certaines sources pas totalement éclaircies rapportaient que le célèbre savant juif Maimonide (qui avait tant marqué le monde du judaïsme) s'était converti à l'Islam quand (bien même se fût pour survivre aux persécutions) en terre de l'Islam. Pourtant il fut considéré comme un des juifs les plus érudits et attachés à la tradition rabbinique. Quant on sait qu'on lui impute également par ses conseils à Saladin d'avoir été l'initiateur du pèlerinage musulman effectué à la Mecque. Que donc penser ?
Enfin, certaines personnes se sont converties au judaïsme chose plus connue dans le milieu prosélyte. Ce fût le cas de Marilyn Monroe qui avait épousé l'auteur dramatique juif Arthur Miller .
TITRE II/ LA JUDEITE DE L'ETAT HEBREU ENTRE UNIVERSALISME ET PARTICULARISME : CAS DE L'ISRAELISATION DES JUIFS MAROCAINS ET DE L'INTELLIGENTSIA RUSSE
L'Etat hébreu verra le jour, et les religieux même du rabbin KOOK prendront une part active car ils pensaient comme lui que même les non pratiquants faisaient preuve d'un geste religieux en ressuscitant un foyer juif en terre de Palestine .L'Etat juif bien que par sa proclamation d'indépendance se basant sur la bible mais aussi des liens historiques, apparaît plus comme un Etat des Juifs. En effet ils y sont majoritaires et ont adopté un mode de vie qui prend beaucoup à l'Occident tout en intégrant de fortes minorités nationales telles celles arabes qui revendiquent la même terre pour la nation arabe palestinienne. En effet si dès le départ la Palestine était habitée ,ce qui poussa JABOTINSKY a préconisé leur expulsion du fait de l'impossibilité d'une coexistence pacifique à cause de la nature même coloniale(même particulière) du sionisme , Les dirigeants sionistes voulurent en faire un Etat des juifs pour les Juifs.
« L'Organisation sioniste a accepté que soient reconnus comme jours chômés obligatoires le Shabbat et les fêtes juives. »
Yitzhak Grinbaum nous apprend que « le mouvement révisionniste est même allé plus loin dans la manipulation politicienne : il a reconnu la souveraineté de la règle religieuse et a proclamé sa légitimité légale en terre d'Israël. »
Pourtant Herzl en fondant l'Organisation sioniste avait proclamé que la religion était du ressort personnel de chaque individu et non de la société toute entière, Mais les partis religieux prennent depuis une ascension sans pareil.
Les religieux avaient espéré un Etat juif en vain régissant la vie publique, et commencé à faire pression sur les laïcs pour faire respecter leurs sensibilités et leurs coutumes religieuses, étant donné qu'ils ne peuvent pénétrer la sphère privée. La halakha s'appliquant déjà à la naissance, au mariage, au décès, etc. mais les religieux aimeraient qu'elle s'applique encore dans le secteur public quant au jour de repos, la célébration des fêtes, l'ouverture des restaurants et des stades. Les pratiquants et religieux veulent en imposer aux laïcs. Il est dit que :
« Les zélotes de la religion ne font pas de distinction entre la vie juive des communautés de l'Exil, en terre étrangère, réduite à l'espace étroit de la communauté, et à la vie de la population juive en Palestine, qui aspire à être maîtresse de son destin, à s'enraciner dans sa terre par son travail et à satisfaire elle-même ses propres besoins. Ils ne peuvent saisir l'immense différence entre la vie de l'Exil- qui est dépendance- et la nôtre qui est désir ardent de plénitude de vie. Entièrement soumis à la leur, ils n'oseraient même envisager d'y changer quoique ce soit. »
Yitzhak Grinbaum pensait que : « les modalités matérielles de la vie quotidienne devaient être déterminées par les peuples eux-mêmes sans l'action religieuse. » Il remarque que les Juifs l'emprise de la religion dans maints domaines est encore présent y compris dans ceux dans lesquels elle aurait dû s'abstenir. «Ces idées ont eu pour conséquence de dissiper chez les Juifs le sentiment d'être les maîtres de leur foi, et d'inspirer, en substitution, un sentiment de servitude à l'égard de la lettre écrite, de la Loi et de la tradition. »
Il disait que celui qui en diaspora voulait se soustraire de l'emprise religieuse devait rompre ses liens avec le peuple juif. »
Le peuple Juif en exil a vécu en quasi autarcie et dans l'attentisme et c'est pour cela qu'« Il est normal que celui qui attend passivement se tourne toujours vers le passé : son esprit est entièrement occupé par sa mémoire. Il est plongé dans la contemplation des traditions ancestrales et veut les préserver de toute atteinte, jusqu'au jour où son attente se réalisera. Il n'ose pas y porter la main, car il lui est soumis absolument. »
Yitzhak Grinbaum refuse cet attentisme des religieux pour réclamer l'action, en posant les fondations au présent et au futur de l'établissement en Palestine ; en s'arrachant au passé historique, pour privilégier l'actualité. Il propose donc de puiser dans le passé juif mais aussi dans les armes, de la vie en commun avec les nations de l'exil, civilisation européenne pour édifier la nation hébreue. Il pense donc qu'«il ne s'agit pas uniquement d'une civilisation matérielle. Elle s'accompagne d'une culture qui ne se résigne pas devant les forces de la nature, qui est sans faiblesse et sans humilité. Elle nous enseigne à aller de l'avant, vers les sommets à lutter. Elle détruit cette tradition de l'attente passive. Elle valorise l'homme qui crée et qui conquiert. Elle fait du Juif un combattant qui conquiert et qui crée ; et seul ce juif là peut lutter pour sa liberté et sa rédemption, pour se redonner une patrie et la relever de ses ruines. »
Avant que nous ne parlions dans notre deuxième chapitre du cas des Juifs marocains et des Juifs russes, afin de voir dans quelle vision de la société il se situe , c'est-à-dire le modèle dans lequel ils se reconnaissent en tant que communautés différentes, nous étudierons d'abord de façon générale la problématique de la judéité.
CHAPITRE I/LA COMPROMISSION DE LA JUDEITE
Israël n'est pas un Etat théocratique juif même si les hommes en noirs y ont beaucoup de poids et constituent une forte minorité. Pour permettre à plusieurs types de juifs religieux ou non, orientaux et occidentaux etc., il y aura des adaptations surtout que les divers courants s'expriment dans la Knesset assemblée suprême où les politiciens représentent les tendances. Ce n'est plus la Thora qui préside la destinée des juifs en Israël mais la Knesset. Organe élu, émanation souveraine du peuple, elle vote des lois qui doivent gouverner la nation juive. Mais y a-t-il vraiment une nation israélienne? On serait tenté de répondre d'emblée par la négative si on suppose qu'on a du mal à s'imaginer que dans un Etat où il y a tant de particularismes ethniques, d'origines géographiques différentes, il puisse y avoir une identification nationale solide.
C'est en ce sens que Hervé Marchal affirmait : « Quant aux nations pluriethniques, qu'il s'agisse de celles des continents américain, africain ou asiatique, il y est plus difficile de développer un fort sentiment d'identité nationale. » Par ailleurs avant que de développer cette notion de compromission de judéité, il convient de remarquer que la notion de judéité est mouvante en Israël. Il y a un conflit entre l'ancienne définition de la judéité reposant sur la religion et celle qui est entrain de naître en Israël. Les religieux vivent donc de plus en plus mal ce changement. Delange faisait cette remarque après étude sur les fidèles du judaïsme en Israël : « on observe chez les Juifs religieux en Israël les symptômes d'un complexe minoritaire qui les amène à former des partis politiques pour défendre des partis politiques pour défendre leurs droits et leurs prérogatives. Et ils possèdent leurs propres écoles. Leurs associations et leurs organisations charitables. Le phénomène prend les formes les plus extrêmes au sein de la petite communauté d'ultra-orthodoxes qui vit repliée sur elle-même sans reconnaître l'Etat juif et allant jusqu'à lui préférer une autorité temporelle non juive. On voit donc se manifester en Israël à la fois une tendance à l'assimilation la plus poussée et une résistance à cette assimilation, tout comme dans les communautés de la diaspora. La différence, c'est qu'en Israël l'Etat lui-même entretient et développe le sentiment d'identité juive et l'officialise dans ses institutions. »
Mais comment s'articule donc la judéité au sein des institutions israéliennes ? Comment le fait juif est-il véhiculé et maintenu en Israël ?
SECTION I/ LA JUDEITE DANS LES INSTITUTIONS ISRAELIENNES
La loi du retour qui bénéficie aux juifs marque le désir de garder un lien institutionnel avec la Diaspora juive donc de garder un lien avec la judéité. Par ailleurs les emblèmes du drapeau l'hymne national, les symboles étatiques empruntent beaucoup au judaïsme. Cependant la Cour suprême comme organe juridico constitutionnel suprême moderne, arbitre les différends des israéliens obéissant à d'autres cours communautaires. La judéité est donc un noyau sur lequel reposerait la structure atomique relationnelle. Pour mieux comprendre cette notion nous interrogerons le passé de la création de l'Etat d'Israël qui voit le jour suite aux idées de Herzl. Ce dernier a dressé une ossature de la future judéité et sur beaucoup d'aspects il a été repris en tant que père du sionisme politique, mouvement ayant présidé à la création de l'Etat d'Eretz Israël.
Justement en ce qui concerne cet Etat créé en mai 1948, un débat originel se pose depuis les fondations de la première communauté juive de Palestine. Eretz Israël est- il l'Etat Juif ou l'Etat des Juifs. C'est à dire un Etat comme les autres ou un Etat qui se veut religieux, ou une synthèse des deux visions ?Si oui ou si non, sur quoi peuvent reposer la démonstration de sa qualité et quelle est donc l'âme de l'Etat ?
PARAGRAPHE A/ETAT JUIF OU ETAT DES JUIFS
Si on interroge l'histoire de l'Etat et donc du sionisme en remontant à Herzl, le fondateur officiel le plus connu du sionisme politique et premier président du Congrès sioniste, l'on peut avoir une idée de l'Etat qui devait être bâti en Palestine. Par son célèbre opuscule « l'Etat des Juifs » dont le titre est déjà révélateur de ce qu'Herzl entendait d'un tel Etat, on peut faire des analyses.
Herzl accorde une certaine reconnaissance au judaïsme puisqu'il a constitué le ciment du peuple dispersé pendant longtemps. Il l'exprime quand il écrit à la page 55 de « l'Etat des Juifs » : «Le Temple continuera d'être bien visible, puisque seule l'ancienne foi nous a maintenus ensemble ». On comprend alors que la visibilité de la synagogue sera réalisée car elle est symbole du lien entre les Juifs. Pourtant quant à l'éducation contrairement à celle qui existait dans toute communauté traditionnelle juive, où l'on recommandait d'élever les enfants suivant les règles du Judaïsme, Herzl instaurait la liberté démocratique. Il affirmait : « Dès l'abord, nous élèverons les enfants comme nous le désirons. »
Herzl a le souci de préciser également que l'essence de l'Etat ne changera pas. A savoir que chacun emmènera de ses habitudes. Si on suppose que beaucoup de Juifs tout comme Herzl sont assimilés plus ou moins grandement, cela suppose que des m½urs étrangères , notamment d'Occident et pas seulement seront introduites. Que dire des coutumes locales variées lesquelles peuvent ne pas être compatibles avec la halakha ? Il ne peut donc s'agir logiquement d'un Etat laïc qui s'instaure ainsi. D'ailleurs les Juifs assimilés auxquels appartenaient bon nombre de sionistes de l'Ouest et du centre de l'Europe, ne vivaient ils pas dans des Etats laïcs européens après la révolution française ?
Il n'y a que dans un Etat laïque dans lequel les coutumes religieuses et non religieuses puissent s'exprimer. Donc somme toute il peut s'agir d'un Etat républicain moderne et démocrate. En effet Herzl disait : «Il faut tenir compte des vieilles habitudes, des souvenirs qui nous attachent à nos lieux d'origine. Nous avons des tombes pour un c½ur juif. Les berceaux, nous les emporterons avec nous : en eux sommeille notre avenir, rose et souriant. »
Par ailleurs en lisant le livre de Jacob Katz « De la tradition à la crise » l'on s'apprend que si Le judaïsme n'empêchait pas le capitalisme, il ne l'encourageait pas non plus car la particularité de la société juive traditionnelle c'est la place centrale accordée à l'étude observance de la Torah. Nous remarquons que Herzl encourage au capitalisme. Il ajoute « Or, pour de nombreuses raisons nous avons besoin de luxe. Il nous faut du luxe pour l'art, pour l'industrie et plus tard pour absorber les grandes fortunes. »
Cependant Herzl est conscient de l'importance d'être ancré au minimum dans ses sources originelles. L'importance du passé un peu à l'image de ceux qui reconnaissaient dans les Etats chrétiens modernes mais dans leur essence, laïcs comme l'Angleterre la place du christianisme en tant que force motrice historique. Le père du sionisme l'exprime ainsi : « Si nous pensons créer des conditions économiques et politiques nouvelles, nous tenons en revanche à conserver soigneusement tout le passé auquel nous sommes tant attachés. »
Herzl va encore plus loin, dans ses propositions mais on peut le comprendre quand on sait que le peuple juif est constitué par une mosaïque de groupements juifs. Il souhaite instaurer un Etat pluricommunautaire dans lequel les communautés se formeront librement en leur sein, mais distinctement des autres communautés s½urs autour des rabbins. Le rabbinat apparaît donc dans le schéma organisationnel et administratif du futur Etat. Il propose que « Chaque groupe aura son rabbin qui viendra avec sa communauté. Tous s'assembleront librement. Les groupes locaux se formeront autour des rabbins : autant de rabbins, autant de groupes. »
Par ailleurs Herzl explique le lien qui fonde le peuple juif. Il construit le peuple Juif à partir de l'élément religieux car il pense que il a constitué l'ossature des communautés juives. Il dit ainsi : « Nous ne reconnaissons notre communauté d'appartenance historique qu'à travers la foi de nos pères, puisque nous avons adopté depuis longtemps, et de manière indélébile, les langues des différentes nations qui nous ont accueillis. » Il est donc conscient que face à une multiplicité de langues et les différentes nations dans lesquelles les Juifs ont vécu et qui les a influencés, il est impossible de s'accorder sans la religion.
Il inscrit la vie dans ce pays au c½ur du travail. La bible ne demande t-elle pas de travailler à la sueur de son front ? Car tout travail mérite salaire dit-on ? Le principe de la juste rétribution par la peine qu'on se donne est un principe inscrit dans la bible qu'on soit juif ou chrétien. Il pense que « Nous tenons à laisser à ceux qui se trouvent à l'échelon le plus bas de l'intelligence humaine l'illusion réconfortante de leur utilité. Ceux qui sont incapables de fournir un travail physique rendront de petits services. Car nous avons affaire à ces pauvres atrophiés d'une génération décadente. Mais celles qui suivront seront éduquées différemment, dans la liberté et pour la liberté. »
Pourtant il réaffirme la liberté religieuse dans le futur Etat et encourage même les penseurs laïques dont il apprécie les découvertes et l'innovation. Herzl n'est pas donc pas dans l'orthodoxie juive du conservatisme intégral. Il s'exprime donc ainsi : « Dans notre nouveau pays, chacun pourra assurer son salut à sa manière, y compris nos chers libres penseurs, cette armée immortelle qui ne cesse de conquérir de nouveaux domaines à l'humanité .» Par ailleurs en révélant la solidarité traditionnelle qui se manifeste par l'esprit de famille du Juif, qui est la conséquence même du judaïsme, ils parlent d'adaptation (donc il contre le conservatisme total) en ces termes : « Le Juif est économe, ingénieux, il fait preuve d'un fort esprit de famille. De telles personnes peuvent s'adapter à toute forme d'activité. »
Il réintroduit son constant désir de préserver un peu de (Mizraïm) l'Europe : « Si nous devions à nouveau quitter Mizraïm nous n'oublierons pas les marmites de viande. Chacun retrouvera ses petites habitudes dans les groupes locaux, mais dans des conditions bien meilleures, plus belles et plus agréables. » C'est dire donc qu'il ne souhaite pas bouleverser intégralement les bases de la société juive dans le futur Etat. Il y a une assez grande liberté prônée même si comme on le verra plus tard il pense instituer certains vecteurs directionnels dans l'Etat. Il va également accorder une hiérarchie dans la relation entre la terre et le peuple en faveur de ce dernier. C'est donc une conception moderne qui fonde la souveraineté dans le peuple. Ceci n'est pas le cas d'une société instituée par le judaïsme qui procède de Dieu et non de l'homme et où la terre a une signification primordiale. En effet Pour Jérusalem beaucoup de Juifs sont morts. On peut objecter pourtant que le peuple Juif n'accorde aucune importance à Sion dans la mesure où traditionnellement on lui recommande l'attentisme. Mais il faut atténuer cette constatation ou même la réfuter si on considère que la tradition rabbinique demande au juif d'attendre par le retour du messie et en attendant chaque année au moment de la pâque il manifeste dans ses prières son attachement à Jérusalem. Herzl disait donc ce que nous avions précédemment développé : « l'Etat des Juifs reste une conception tout à fait nouvelle, à établir sur un territoire encore inconnu. Pourtant, ce ne sont pas les étendues territoriales qui constituent un Etat, mais les hommes, lorsqu'ils sont rassemblés sous une même souveraineté. Le peuple est à la base humaine de l'Etat, le territoire en est sa base matérielle. De ces deux fondements, c'est le premier, l'humain, qui est le plus important. »
Herzl on le voit ne veut pas donner le pouvoir au judaïsme dans le futur Etat. Il affirme : « Les théories de la fondation divine de l'Etat, celles se référant à un pouvoir supérieur, ainsi que les théories patriarcales, patrimoniales ou contractuelles ne correspondent pas aux conceptions modernes. » D'ailleurs n'a-t-il pas conclu à la faillite de la société traditionnelle juive en se représentant comme un gestor, une sorte de messie en évinçant ainsi l'action divine ? En effet Dans la tradition religieuse, la souveraineté émane de Dieu et les docteurs de la loi dirigent le peuple dans une hiérarchie au sommet duquel les Rabbins. Ici Herzl oppose à ce système une démocratie totale par le pouvoir au peuple souverain qui gère sa destinée et non plus par des lois divines. Il explique : « La Diaspora empêche actuellement le peuple juif de s'occuper lui-même de ses affaires politiques. En outre, à plus d'un point de vue, il se trouve dans une situation plus ou moins critique. Avant tout, il lui faut un gestor. » David Ben Gourion Juif de l'Europe de l'Est qui a procédé à l'hébraïcisation de son nom marquant par là sa mémoire sentimentale au judaïsme, partage la même opinion avec Herzl sur la subordination du judaïsme aux valeurs démocratiques laïques de l'Etat.
En effet lorsqu'on considère cet extrait d'une des lois fondamentales de l'Etat d'Israël sur « la dignité de l'homme et de sa liberté » qui dispose : « Les droits fondamentaux de l'être humain en Israël sont fondés sur la reconnaissance de la valeur de l'être humain, de la sanctification de sa vie et du fait qu'il est un être libre, et ces droits seront appliqués dans l'esprit des principes de la déclaration d'indépendance. Cette loi fondamentale a donc pour but de protéger la dignité de l'homme et sa liberté, afin de renforcer par une loi fondamentale les valeurs fondamentales de l'Etat juif et démocratique. » On peut dire que la source qui fait autorité c'est la déclaration souveraine du peuple par la Knesset. L'esprit de la déclaration d'indépendance est fondée sur l'égalité et la démocratie, donc induction les droits fondamentaux de l'homme. Mais en même temps cet extrait de la loi fondamentale s'appuie sur les valeurs fondamentales de l'Etat juif certes, mais déterminées toujours par l'émanation du peuple en la personne morale de l'Assemblée qui vote ses lois à la majorité.
Ainsi il a revendique l'égalité pour la femme au sein de la société israélienne ce que le Judaïsme traditionnel n'instaure pas. Par ailleurs il réfute la polygamie qu'autorisait le Judaïsme de même que l'esclave chose institution permise par la religion mais laquelle selon les valeurs démocratiques sont immorales. De la même façon si la tradition rabbinique fête comme héros ceux qui ont sacrifié leurs enfants à Mayence pour éviter leurs conversions par les chrétiens, l'Etat d'Israël qui a une cour suprême sur modèle laïque et des lois modernes qualifierait de crimes atroces cet acte. Par ailleurs, l'Etat permet d'élever les enfants selon bon vouloir des parents alors que du point de vue juif du judaïsme, ce n'est que selon l'esprit de la thora qu'une éducation doit se faire. « On pourrait dire que cet Etat a un contenu : l'affrontement entre les valeurs du monde de la torah et des mitzvoth du judaïsme , d'une part , et les valeurs de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen , d'autre part. » Israël n'est pas donc une théocratie car même si Ben Gourion accorde une autorité au Rabbinat dans le cadre de l'Etat, son pouvoir est encadré par la souveraineté étatique émanant des citoyens d'Israël qui sont constitués par une majorité de résident juifs et non juifs d'Israël.
Quant à Herzl, il rajoute : « la politique doit se faire du haut vers le bas. Mais, dans l'Etat des Juifs, nul ne devra être asservi, car chaque Juif pourra et voudra s'élever dans l'échelle sociale. Ainsi se formera au sein de notre peuple un puissant courant ascendant. Celui qui en s'élevant croira s'élever seul entraînera la collectivité tout entière. L'ascension doit se faire conformément à une morale utile pour l'Etat et pour l'idée nationale. » C'est donc une société ou n'importe qui peut disputer la place de n'importe qui. Ce qui n'est pas le cas de la société instaurée par le judaïsme. Il parle d'une morale utile or le judaïsme ne se réfère ni à la morale ni à une morale mais à la loi mosaïque qui dans le fond est éternel et ne procède pas de l'opportunité de l'utilité. Par ailleurs il instaure la séparation stricte de l'Etat d'avec la foi. Israël tel qu'il l'entrevoit ne sera donc pas une théocratie. Il veut même subordonner les garants de la loi au pouvoir du peuple. Il commente sa pensée ainsi : « Aurons-nous une théocratie ? Non ! Si la foi maintient notre unité, la science nous libère. C'est pourquoi nous ne permettrons pas aux velléités théocratiques de nos chefs religieux d'émerger. Nous saurons les cantonner dans leurs temples, de même que nous cantonner dans leurs temples, de même que nous cantonner dans leurs temples, de même que nous cantonnerons l'armée de métier dans les casernes. L'armée et le clergé ont droit aux honneurs que leur confèrent leurs nobles fonctions et leurs mérites. Ils n'ont pas à s'immiscer dans les affaires de l'Etat qui les distingue, car cette ingérence provoquerait des difficultés extérieures et intérieures. »
Herzl ne permet donc pas l'institution d'un Etat où la judéité n'est plus la même puisque l'on pourra avoir n'importe quelle foi. Il s'exprime clairement en disant : « Chacun est aussi libre dans sa foi ou son incroyance que dans sa nationalité. S'il se trouve parmi nous des fidèles appartenant à d'autres religions ou à d'autres nationalités, nous leur garantirons une protection honorable et l'égalité des droits. L'Europe nous a enseigné la tolérance. » Pourtant en Israël il y aura une réforme sur le statut de la religion qui gagne de plus en plus de terrain. Ainsi ce conflit n'est toujours pas tranché du fait du statut quo. Par exemple certains commerces manifestent l'intention de pouvoir exercer leurs services le jour du Shabbat, et la compagnie d'aviation nationale El Al est contrainte de ne pas effectuer de liaison aérienne le jour du shabbat par exemple à cause de la pression religieuse.
Herzl estime qu'« il faudra introduire une législation unique. Il devra s'agir de lois modernes, inspirées des meilleurs exemples étrangers. Une codification modèle pourra ainsi être adoptée, reflétant les justes exigences sociales de notre époque. » C'est dire donc qu'il désire adopter une législation écrite autres que la Halakha et s'inspirant non plus des recommandations divines mais des lois écrites par d'autres groupements humains souverains. Donc Il faut conclure par tous ses extraits de passages écrits du livre de Herzl à la tentation de leur auteur d'instaurer un Etat d'essence laïque. Cependant face aux affrontements des différentes tendances juives entre laïques et religieux, il s'est produit des concessions de part et d'autres. Il apparaît alors qu'Israël est un Etat hybride. En effet en Israël la loi civile essaye de traduire des faits religieux et nationaux suivant : « Les citoyens israéliens ont un statut national et un statut religieux figurant l'un et l'autre sur leurs documents officiels (dans le cas de la majorité juive, les deux se recouvrent). Le fait d'être enregistré comme juif a d'importantes conséquences individuelles en termes de privilèges et de restrictions (par exemple, une personne enregistrée comme juive ne peut se marier qu'avec le consentement d'un tribunal rabbinique). La réglementation dans ce domaine résulte d'une longue série de conflits et de compromis entre laïques et religieux et elle continue de susciter d'âpres discussions axées sur la définition officielle de l'identité juive. » En effet cela à des conséquences heureuses d'être déclaré de nation juive oui non. Ainsi par exemple l'arabe musulman même si sa religion le permet ne pourra jamais convoler en justes noces avec une juive, car le judaïsme rigoriste interdit l'union maritale mixte.
Par contre un arabe musulman pourra se substituer au service militaire obligatoire et donc au risque d'une blessure de guerre ou épargner sa vie, alors que celui qui est désigné comme juif est obligé de servir sous les drapeaux de gré ou de force. Pourtant au regard de la particularité de l'histoire juive qui se déroule comme une tragédie relevant du thaumaturge, certains pensent que parler de laïcité, c'est faire une fausse lecture de la réalité qu'offre du pays.
C'est en ce sens que pour Schmouel Hugo Bergman, la conception laïque du peuple est fausse car il pense que des Juifs, leur « destin n'est identique à celui d'aucun autre peuple ; que cette leçon nous plaise ou non, le fait irréfutable est que nous sommes différents des autres, dans l'histoire de l'humanité.» Le peuple juif n'est pas comme les autres, son histoire est mêlée de messianisme, de tragique. »
Il affirme : « Il me semble que nous pouvons, sans honte, reconnaître que l'histoire que l'histoire juive n'est pas une histoire laïque : elle est métaphysique et religieuse ; et le sionisme est le résultat et la conséquence de cette histoire : « Vous êtes à moi ! » Tel est le sens et le fondement de notre histoire. »
Les Juifs nationaux avaient cru à tort que l'on pouvait uniquement mesurer les progrès et établir l'Etat juif de façon laïque sur la rationalisation et les critères des sociétés occidentales, mais en réalité l'évolution historique du peuple juif et son retour en Palestine relève d'un fait métaphysique et religieux. En effet à voir toutes les circonstances événementielles de la création du sionisme, la Shoah, les différentes guerres israéliennes etc., on peut avoir l'impression que le miracle est toujours présent que l'esprit de Dieu accompagne l'Etat juif. Par ailleurs, malgré la tentation d'ériger un Etat purement laïque, l'histoire a montré qu'alors que les Juifs de Palestine pensaient être à l'abri selon la pensée de Hannah Arendt, car ils se disaient nationalistes et ne voulaient pas être assimilés au juifs mus par la religion de la Diaspora, les troupes allemandes en aient décidé autrement. C'est dire donc qu'Israël sera toujours rattrapé par une signification religieuse. Il sera perçu comme héritier du judaïsme par d'autres peuples. En effet comme le dit Schmouel Hugo Bergman : « C'est en ce sens que, sans orgueil ni sentiment de supériorité, notre peuple est le seul dont l'existence historique et nationale comporte en soi un fondement religieux et métaphysique. »
Michel Alain renchérit sur le principe laïque de l'Etat israélien en précisant que « le modèle de fonctionnement choisi par l'Etat d'Israël est le suivant : si l'essence du pouvoir est laïque, l'Etat fait montre cependant d'une grande compréhension vis-à-vis de la religion du peuple à l'origine de la construction de l'Etat et a adopté dans ce sens des accords particuliers (ce qui n'empêche pas, bien sûr, le respect des religions minoritaires). Le juriste Claude Klein a désigné ce mode de fonctionnement par l'expression « le caractère juif de l'Etat d'Israël », que nous avons déjà utilisée. Ce choix s'exprime du fait de l'ambiguïté, déjà soulignée, de l'identité juive, cette tension entre l'identité nationale et identité religieuse s'étant accentuée depuis l'émancipation et la révolution sioniste. »
En effet face à la controverse que suscitait le lien entre l'Etat et le judaïsme, en 1947 Ben Gourion s'adressera aux leaders d'Agoudat Israël, parti orthodoxe non sioniste. Par ailleurs Gourion posera le problème à une cinquantaine de sages pour déterminer le contenu de la judéité en Israël. Alain Michel explique que« Ce lien entre Etat et religion juive s'est exprimé à travers un document essentiel, puisqu'il est à la base du statu quo défini avant même la création de l'Etat. »
Menahem Ussishkin qui était contre la spoliation de la terre juive en Palestine dans le premier plan de partage britannique, expliquait que Jérusalem, Hébron, la Samarie, le mont gazirim, la Transjordanie, les lieux de naissance d'Elie et de Shimon bar Guiora, la ville de Tibériade, le mont Carmel, Safed, Jaffa sont des villes historiques attachés au passé juif exclues du plan de partage.
Il a révélé ainsi que les Juifs ont laissé une trace culturelle significative en Palestine. Israël est donc une terre pas comme les autres la religiosité l'habite.
Pour autant David Ben Gourion ambitionnait de faire du peuple juif en Palestine un peuple similaire aux autres peuples dans le monde.
Pourtant l'Etat d'Israël garde en son sein des traces de la judéité sur le plan culturel qui passe par une mémoire de la vie juive de l'Exil. Il enseigne ainsi le martyrologue juif, le souvenir de Rachi qui sont tous fêtés en Israël.
C'est en ce sens que Katznelson réclamait l'approfondissement de la création juive, de la littérature hébraïque ancienne et nouvelle tout en ne s'écartant tout de même pas du reste du monde. D'ailleurs sa position d'intermédiarité pourrait refléter celle de l'Etat israélien. Katznelson dit: « Notre voie vers l'indépendance et la liberté n'est pas celle de l'aplatissement devant le monde ni celle de la rupture avec lui. » Israël se situerait il entre particularisme et universalisme ? Nous pensons que la réponse par l'affirmative offre plus de probabilités.
En Israël le Rabbinat par la législation se voit confié les domaines du mariage, du divorce, du décès. Le compromis fait aux laïques est le concubinage permis par la loi. L'armée elle aussi, respecte la casherout, l'ensemble des lois émanant de la Torah et les mitsvoth comme le shabbat. L'Etat conserve donc un caractère spirituel, cependant Israël reste toujours laïque dans le fond. En effet « l'Etat d'Israël ne peut se délier des engagements historiques du peuple : être le gardien du patrimoine éternel des valeurs de la torah et de la morale des prophètes, qui ont, depuis l'origine des temps, fixé le sens de notre vie et modelé notre image nationale et spirituelle. Il ne peut démentir nos missions universelles et la vision des prophètes hébreux, qui se réalise sous nos yeux avec notre mouvement de libération nationale et la renaissance de notre souveraineté, prélude des temps messianiques.» Car explique Schlomo Goren : « Car ce sont des valeurs religieuses, morales et sociales de la Torah qui ont fondé notre nation et ce sont elles qui ont forgé le caractère du peuple juif dans le monde. Les mitzvoth pratiques et le mode de vie social transcendé dicté par notre Torah ont toujours constitué le ciment de notre unité nationale et c'est la Torah qui est la source du génie juif. En d'autres termes, nous devons à ce mode de vie ce qui fait notre nature profonde et notre identité propre ». En effet il rappelle que : « pour Israël, dispersé parmi les nations et parlant toutes les langues du monde. On ne trouve aucune des caractéristiques citées plus haut à l'origine de sa grille culturelle et nationale. La seule donnée de sa personnalité profonde, indestructible et constante, commune à toutes les communautés juives, est la Torah ; c'est elle qui fonde et anime sa foi et lui confère sa supériorité spirituelle sur les autres nations. En d'autres termes et pour résumer, la spirituelle sur les autres nations. En d'autres termes et pour résumer, la religion est le commun dénominateur du peuple juif.
Après avoir rappelé que Saadia Gaon définissait la nation juive en ces termes : « Notre nation n'est une nation que par ses lois » Jérémie « si ces lois viennent à cesser devant moi, dit l'Eternel, la race d'Israël aussi cessera pour toujours d'être une nation devant moi » Shlomo Goren positivement sensible à la place primordiale de la religion, rappelle après avoir fait l'éloge de la torah comme garante de liberté rappelle que les droits historiques d'Israël se fondent sur elle. C'est ainsi que pour Yeshayahou Leibovitch « l'Etat d'Israël a été créé en 1948 par une action commune : communauté d'efforts et sacrifice à la fois des Juifs pratiquants et des laïques. Il a été créé comme Etat laïque dans son principe, est resté laïque jusqu'à ce jour et le restera forcément, à moins d'une profonde révolution culturelle et sociale au sein du peuple. La laïcité de cet Etat est dans son essence même. Israël n'a pas été créé en vertu et au nom de la Torah, de son enseignement et de ses préceptes et il n'est pas gouverné dans la ligne de la Torah. » C'est pour cela qu'il pense qu'« Israël est un Etat de la Loi et non de la Halakha » qui est accepté et reconnu par tous y compris religieux. Le statut de la religion et de la judéité dépend de la conscience publique, l'opinion en Israël et à l'étranger. La religion est ainsi perçue comme censeur de l'Etat par ses interdictions, lesquelles opposent religieux et laïques. Enfin après avoir expliqué pourquoi la patrie n'est pas considérée comme une valeur suprême par le judaïsme, il procède à une hiérarchisation des valeurs du judaïsme. Celles-ci ne sont ni de l'Etat ni de la morale mais procèdent du Divin. Le judaïsme a deux catégories d'éléments aux Juifs auxquels il s'applique, le sacré et le profane qui peuvent ne pas correspondre à celles de l'Etat. Il termine son exégèse par ce constat socio- historique de l'identité juive : « Le contenu agissant de la conscience historique et nationale du peuple juif durant ces trente siècles n'a jamais été l'Etat, la patrie ou la langue, mais bien le judaïsme, religion vécue en tant que culte et exercice, et non pas foi abstraite ou système de valeurs formulé et dogmatique de la religion juive qui a souvent été controversée dans le judaïsme, alors que la Torah et l'exercice des mitsvoth, soit la Halakha, ont toujours fait, jusqu'au XIX e siècle, l'unanimité. » Il ne peut donc y avoir somme toute pour Yeshayahou Leibovitch de philosophie pure, ni de création originale qui ne procède de la torah et il n'y a pas de morale du judaïsme, car la morale procède de l'homme et non de Dieu. »
Certaines personnes comme Hannah Arendt pense que l'idéologie sioniste d'Herzl et aussi sioniste à partir de 1935dans son ensemble ont été axées sur le révisionnisme. Par ailleurs le mouvement sioniste aurait parrainé le socialisme (dont une des réalisations majeures est le kibboutz) et le nationalisme en Israël. Arendt contestée par Gershom Scholem à ce titre, pense que les habitants du kibboutz palestinien se sont isolés du reste du pays et le pays nationaliste à cette époque a collaboré avec Hitler. Car ils ne se reconnaissaient pas dans le judaïsme de l'Exil mais partageaient avec les Nazis, le nationalisme.
On peut résumer l'esprit de l'Etat d'Israël qui se situe entre une voie qui accorde une certaine part au judaïsme d'un côté en affichant aussi une symbolique religieuse à Israël qui n'est parfois que formelle et une autre voie qui essentiellement laïque. Mais qu'en est-il de l'actualité ?
Un sondage effectué par l'Institut Guttman a révélé qu'environ 90% des Juifs d'Israël pratiquent la casherout dont 40% suivant la Halakha p265 le même Institut révèle que : « Quatre Juifs israéliens sur dix sont favorables à l'institution d'un mariage civil (18% de « oui sans hésitation ») et ils se situent généralement parmi les non-observants d'origine occidentale. Un pourcentage égal s'y oppose. Cependant, s'il était institué, plus de la moitié des personnes interrogées pensent qu'elles n'y auraient pas recours pour elles-mêmes ou leur famille et 16% seulement affirment qu'elles choisiraient « sans hésiter » ce type de mariage. »
Il y a une forte politisation de la société israélienne qui se traduit par des partis politiques ayant vocation à introduire ou supprimer des valeurs dans le système éducatif par exemple. En effet l'école est le lieu de la socialisation de l'enfance. Les partis politiques ont leur système propre système d'éducation : « A l'époque du Foyer national, puis dans les premières années de l'Etat, il existe plusieurs secteurs éducatifs, chacun patronné par l'un des grands courants idéologiques. » L'école juive dans ses différents courants reproduit le conflit. L'école laïque se vide de son contenu religieux progressivement quand l'école religieuse, dépouille son programme des cours non religieux. Chaque camp veut éviter l'influence de l'autre partie.
Certains parmi les religieux perpétuent la marginalité même en Israël par exemple« les ultraorthodoxes, quant à eux, choisissent de rester dans le privé, et leurs écoles sont subventionnés à 60% par l'Etat. Ces dernières années, un constat relativement alarmant fait ressortir le fossé croissant entre les deux branches de l'enseignement gouvernemental. Tandis que dans le gouvernemental-général se manifeste une baisse sensible de l'intérêt pour les cours traitant des valeurs culturelles juives, dans le gouvernemental-religieux la tendance est de réduire la part de l'enseignement de la démocratie et les grandes valeurs humaines. Des efforts sont entrepris actuellement pour rétablir l'équilibre des valeurs dans les deux secteurs. »
On aboutit donc à « ce statu quo a de plus en plus tendance à être remis en cause. Depuis 1977, les religieux tentent d'obtenir de nouvelles lois en leur faveur. Les laïcs, renforcés par une élite intellectuelle religieuse, cherchent à réduire la portée du statu quo, voire à remettre en cause le lien entre l'Etat et la religion. »
Cependant « le judaïsme, même laïc, conserve toujours une dimension religieuse » c'est pourquoi Ben gourion disait « Moi, je n'accepterai jamais la séparation de la religion et de l'Etat. Je veux que l'Etat prenne en main la religion. » Néanmoins il y a une primauté de l'Etat sur le système religieux car « l'Etat d'Israël finance le grand rabbinat. Le grand rabbinat n'est pas une institution religieuse, mais un département de l'administration de l'Etat. » « Cette volonté de Ben Gourion de contrôler les « les rabbins » a effectivement, pendant les premières années de l'Etat, a été bien appliquée. Or, depuis une vingtaine d'années, la situation semble différente, et beaucoup mettent cela sur le compte d'un retour du religieux qui changerait peu à peu le visage du pays. »
La problématique de l'Etat Juif en tant que théocratie et l'Etat juif laïque, génèrent deux principes : « Tolérance démocratique et respect du pluralisme se heurtent au dogme de la Torah qui veut régir l'Etat et la vie civile. Qu'est-ce qu'un ministère de l'Intérieur détenu par un rabbin intégriste ? Les adultes et les jeunes Israéliens de cette fin de XX e siècle consumériste et technologique n'ont que faire des religieux d'un autre âge qui décident de faire le tri entre « bons Juifs » et « mauvais Juifs », notamment à propos du respect du jour du shabbat ; de ces ayatollahs barbus qui veulent les empêcher de manger du porc, d'emprunter les bus, d'aller à la plage ou dans les boîtes de nuit ; de ces ultras de la Torah qui ignorent les Arabes, veulent imposer leur conception raciste de la judéité et même interdire d'étudier l'histoire à travers les fouilles archéologiques. En 1988, un sondage indiquait que plus de 60 % de la population israélienne déclarait « ne pas pratiquer » ou « très peu » la religion juive. » D'après Hugues Néel dans Israël, cent ans d'histoire, paru en été 1997 cité par Michel Alain.
Les sondages par ailleurs révèlent la perception que les Israéliens ont de leur Etat. Ainsi entre 1991 et 1993, l'Institut Guttman a montré que « Les Juifs israéliens sont fortement attachés à la perpétuation du caractère juif de leur société, même s'ils sont en même temps sélectifs quant aux formes de leur pratique. Ils pensent que la vie publique devrait respecter la tradition, alors que, par ailleurs, ils sont critiques quant au statu quo qui règne entre l'Etat et la religion. Bien qu'il se dégage une tension entre les groupes de différents niveaux de religiosité- il s'agit là plus d'un stéréotype que de la réalité- et des sentiments d'antipathie envers les ultraorthodoxes et les antireligieux, l'étude indique l'absence de tout fondement à la rhétorique qui polarise la société israélienne séculiers et religieux. Il serait plus exact de dire que la société israélienne est à forte tendance traditionnelle et, si tant est que la pratique religieuse soit mise en cause, qu'il existe un continuum entre les « strictement observants » et les « non-observants » plutôt qu'une grande ligne de partage entre la minorité religieuse et la majorité séculière. »
L'institut a également mesuré la manière dont se répartissait la religiosité au sein de la société israélienne, il en ressort que : « 14 % seulement se déclarent strictement observants et 21 % totalement non observants. Par contre, les deux tiers de la population se situent « au centre », 24% se définissant comme « observants dans une large mesure » et 41% comme « observants quelque peu. »
Ces différents conflits de perceptions des valeurs fondamentales de la société vont modifier la judéité en Israël et lui donner une nouvelle définition.
PARAGRAPHE B/ UNE NOUVELLE DEFINITION DE LA JUDEITE EN ISRAËL
Nous pensons comme le Professeur CHARBIT qu'Israël a « opté pour cette tendance médiane, instable par définition, vouée au va-et-vient permanent entre l'universel et le particulier, entre la dissolution de l'identité juive et, à l'autre bout, la conservation totale d'un message dont les Juifs seraient toujours les courroies de transmission et jamais les créateurs, les sionismes, ont tenté de décliner entre ces deux options limites de multiples versions d'une troisième voie. On constate concernant cet aspect un essoufflement relatif du sionisme laïc. « Le nouvel homme juif « semble avoir enfanté deux rejetons : un « néo-orthodoxe sioniste religieux » semble avoir enfanté deux rejetons : un « néo-orthodoxe sioniste religieux » et un « assimilé de l'intérieur » ».
Et toujours de reprendre ici avec CHARBIT « La sphère politique, quant à elle, serait réservée à la gestion de l'espace public selon les critères exclusifs du bien commun et de l'intérêt général. Cette distinction, pour séduisante qu'elle soit, ne tient pas compte du fait que la législation reflète inévitablement des valeurs, des croyances qui découlent des appartenances culturelles.»
Pour CHARBIT « le post sionisme est toutefois un rejeton du sionisme au même titre que le cananéisme auquel il emprunte le primat de l'autochtonie amputé du mythe romantique d'un passé culturel commun anté-judaique et antéislamique. A cette fiction culturelle, les post sionistes substituent l'abstraction de la citoyenneté démocratique dans le cadre d'un Etat qui n'aurait d'autre fonction que d'être un prestataire de services essentiels qu bien-être matériel et social du citoyen ou, le cas échéant, la formule du bi nationalisme. La tension sur laquelle l'Etat d'Israël s'est fondée ne peut plus être à leurs yeux aménagée, réformée dans un sens qui fasse la part plus grande à sa vocation démocratique .la contradiction entre Etat juif et Etat démocratique n'est pas même, selon eux, dépendante des circonstances dans lesquelles Israël est né et s'est structuré : Le ver est dans le fruit. Paradoxalement, l'idée que l'Etat serait d'autant plus juif qu'il serait celui de tous les citoyens est rejetée tant par les post sionistes que par leurs adversaires nationalistes. »
En Israël il y a les Sabras qui sont les Juifs nés en Israël ( dont le modèle n'a pu se généraliser), les Juifs de la Diaspora accomplissant leur alyah ou montée en Israël et aussi des étrangers. Il s'agit d'un Etat qui se veut démocratique et accueille en son sein des Arabes et non Juif suivant un pied d'égalité mais avec une obédience de facto accordée aux Juifs qui sont majoritaires. Une entorse leur est également faite une discrimination positive visant à réparer une injustice à l'encontre des Juifs privés de patrie, par la loi du retour à leur bénéfice exclusif. Il y a des Juifs occidentalisés et des Juifs orientalisés : de l'aire chrétienne et de l'aire musulmane etc. A ce clivage il faut ajouter celui des religieux et laïques. Juste après 1948, il fallait intégrer les Juifs d'Europe centrale et d'Europe orientale en Israël qui n'étaient pas familiers avec l'hébreu, ce qu'acceptaient mal des Juifs nés en Palestine. Les « Sabras » se sentaient menacés par de nouveaux venus dont il fallait assurer l'hébraïcisation. C'est pour cela que l'immigration est instrumentalisée à des fins politiques pour modifier l'environnement humain.
Denis Charbit évoque le courant des hébreux cananéens (consommant la rupture entre le Juif autochtone, hébreu et le Juif de la Diaspora) sont contre la loi du retour, et sont pour une communauté anté islamique. Ils prônent une définition nationale hébraïque fondée sur la langue et la terre en rejetant la composante religieuse et historique (la diaspora) non adaptés à la réalité un courant littéraire.
Pour rassembler tous les citoyens dans la désignation d'une identité commune minimale, Avraham B.Yehoschua est pour le terme israélien. Il accorde une suprématie de l'identité civique, rassemblant tous les habitants sans disctintion ethnico culturelle et religieuse. Sa définition de l'identité est tributaire donc d'une primauté de l'élément national.
Le débat sur l'identité est loin donc d'être achevée et il a des réponses multiples. Ainsi si Ben Gourion voulait soumettre les religieux, les rabbins sont pour l'unification nationale religieuse afin que l'Etat obéisse aux normes du judaïsme.
Yeshayahou Leibovitch est pour une séparation où règne une indépendance entre religion et Etat, afin d'autonomiser le judaïsme. Léon Ashkénazi est pour une fusion israélienne de toutes les tendances.
Baruch Kurtzweill évoque ces nouveaux cananéens qui souhaitent une nation autochtone, rejetant l'impact de la religion, jugée négative et le lien avec les Juifs de la Diaspora, car le Judaïsme ne représente plus rien pour eux.Les jeunes Hébreux pensent que le peuple juif est trop diversifié et ne peut donc être homogène comme on le prétend. Ils prônent donc une « société territoriale et culturelle ouverte à tout homme quelles que soient sa race ou sa religion.» Par ailleurs, ils pensent que le Juif d'Israël est très différent du Juif de l'Exil. Les cananéens jeunes hébreux rejettent l'influence de la diaspora sur eux de façon absolue et la vie traditionnelle juive. Ils revendiquent une existence naturelle en ces termes : « seul est hébreu celui qui est né sur la terre des hébreux, ne peut être un hébreu et ne sera jamais un hébreu ; quiconque vient de la diaspora juive « est un Juif et non un Hébreu et il ne peut être que Juif, un bon ou un mauvais Juif, orgueilleux ou soumis, mais toujours un Juif. Le Juif et l'Hébreu ne peuvent jamais être identiques ; celui qui est hébreu ne peut être juif, et celui qui est juif ne peut devenir un hébreu. Un membre d'une nation ne peut être membre d'une secte qui considère ses adhérents comme ne formant rien qu'une secte ... » Les jeunes hébreux pensent donc qu'ils ne sont pas Juifs et en leur sein il y a un grand nombre d'intellectuels parmi eux qui s'informent de tout. Les jeunes hébreux renient donc la conception historique du judaïsme car pour eux les ancêtres des Juifs sont hébreux, et que le Judaïsme de la Diaspora a donné une interprétation religieuse à l'histoire juive, qui en est falsifiée et que le retour au passé hébreu a commencé à Petah-Tikvah. Ils concluent également à la négation du sionisme car il procède du judaïsme qui n'a pas d'histoire réelle. Toutefois ce combat entre religieux et laïques a des antécédents lointains.
Kurtzweill remonte les sources de ce mouvement antireligieux en expliquant : « Le remplacement de la culture juive bimillénaire par une culture cananéenne et pré israélite, archaïque et mythologique, prônée par les « cananéens », est une idée entièrement tirée des écrits de Berditchevsky, de Shnéour et de Tchernikhovski. Mais il existe entre ces derniers et le « cananéens » une différence de taille. Ce qui était, pour ces écrivains, expérience esthétique et spéculative est devenu la réalité de tous les jours pour les natifs de cette terre. Ces hommes de lettres avaient une expérience directe du judaïsme qu'ils vivaient dans leurs écrits. A quelques exceptions près, ils étaient le produit du judaïsme typique de la petite bourgade d'Europe orientale à laquelle ils opposaient leur refus. Ils connaissaient aussi bien ses lumières que ses ombres. Leur attitude à l'égard du judaïsme demeurait ambivalente. Si Tchernikhovski a écrit devant la statue d'Apollon, il a aussi composé ses Idylles, véritable cantique des cantiques du village juif. Comme antithèse à ses rebelles et à ses iconoclastes, Brenner fait une apothéose de toute une série de personnages juifs diasporiques. La même ambiguïté marque les écrits de Shnéour. » Les jeunes hébreux ont donc été influencés par Gordon, Smolenskin, Mendélé qui fustigeaient une diaspora qu'ils jugeaient dégénérée, tout en étant hostiles à la tradition.
Par ailleurs l'hostilité des jeunes hébreux envers le sionisme est également incohérente. Ils ont adopté sans le savoir les « armes idéologiques » du sionisme, le retour au passé, la langue hébraïque.
Kurtzweill explique les causes de ce mouvement par la crise du judaïsme, l'impact de la littérature hébraïque moderne, les effets du sionisme, les influences de Nietzche, le déclin de la culture européenne et l'évolution du néo barbarisme. Yehezkiel Kaufmann condamne cette attitude visant à rejeter un passé vieux de plus de 2000 ans.
Par ailleurs l'identité israélienne est une identité tiraillée entre plusieurs appartenances. Pour Schlomo Elbaz bien qu'Israël soit situé au Moyen Orient il s'identifie en même temps s'identifie à l'Occident. Pour prendre un exemple personnel significatif, les Israéliens participent à des championnats européens.
En rejetant les dimensions orientales de son identité géographique « l'Israélien ordinaire ne s'interroge point. Il est même en mesure de prouver qu'on peut être et ne pas être à la fois : être étranger chez soi. » Par ailleurs un nombre non négligeable de Juifs, à l'instar des Juifs de Russie, reproduisent la Diaspora communautaire en Israël. Schlomo Elbaz remarque, au sein de son Etat, avec regret que : « l'identité culturelle israélienne, loin de nous définir clairement et nettement, ressemble plutôt à une illusion hallucinatoire. » de plus il s'aperçoit que « Les mots clés « passage » natal prennent une double signification pour ceux qui ne sont pas nés sur ce « petit bout de terre » qu'est Israël. Ceux-là ont deux parties, l'une historico-idéale (devenue réelle une fois qu'ils s'y sont établis), qu'ils ont quittée de force ou de gré, et qui continue à les habiter plus ou moins intensément, exerçant sur eux attrait ou répulsion, et toute la gamme des sentiments entre les deux. » L'identité israélienne est donc enchevêtrée et emmêlée entre uniformité et melting pot. Il indique que
« parmi tous les clivages de la société israélienne, le clivage entre Ashkénazes et Séfarades, entre Orient et Occident, semble être le plus significatif, car il touche à l'essence culturelle beaucoup plus que les clivages idéologiques et religieux. La division de la Société israélienne en deux blocs opposés et antagonistes, à savoir Orient-Occident, contient du vrai et du faux.» En effet la culture n'organise t-elle le mode d'entente dans l'élaboration d'une identité sociale commune ? N'est ce pas la différence culturelle entre immigrés de souche arabophone et musulmane qui pose un problème d'achoppement en France quand elle rentre en contact avec l'identité latine française et pro chrétienne ?
Elbaz pense qu'«il y a du vrai dans cette division puisque les pères du Sionisme et les fondateurs de la nation se considéraient comme appartenant à la civilisation occidentale (nous ne soulèverons pas ici la problématique de l'«occidentalité » des Juifs d'Europe orientale). Leurs descendants et héritiers continuent à voir dans l'Occident, lointain et étranger, une source d'inspiration, un modèle à imiter, une sorte de temple de la culture idéalisée et, à l'occasion même, hélas, un refuge pour les jeunes fuyant le levantinisme peu flatteur. Il serait cependant exagéré, sinon mensonger, de prétendre qu'en Occident, tout va pour le mieux, que tout y est progrès, intelligence, savoir, éthique et esthétique, tandis que l'Orient représentant tout ce qui est arriéré, sauvage, irrationnel et fanatique ». En effet les Juifs sont partagés dans une grande proportion entre une attirance pour l'Occident qu'ils n'habitent pas et une répulsion pour l'Orient qu'ils habitent. On oppose en Israël, l'Occident comme rationnel à l'Orient perçu intuitif. Il y a une sublimation de l'occident que les gouvernants et une grande partie de la population veulent incorporer en Israël comme modèle de référence. Elbaz explique que « Tous ceux qui ne se prosternent pas devant l'Occident sont considérés comme des Orientaux, quelque soit leur origine, qu'ils soient du Maghreb ou du Madreck (Orient).Dans le meilleur des cas, on les traite avec paternalisme : ils ont besoin d'être instruits et assistés, afin de pouvoir s'élever -étant sous-développés de nature puisque Orientaux- et gravir les degrés de l'échelle plantée dans le sol du minable Levant, et dont le sommet touche au ciel, au firmament de la noble culture occidentale. » Il y a dès lors une insurrections des Juifs considérés comme orientaux qui se sentent marginalisés et frustrés dès lors dans leurs bases culturelles dont ils sont d'ailleurs fiers et même une redécouverte pour les jeunes générations issues de cet Orient juif. Elbaz décrit cet état de conscience ainsi : « Face à cet attachement inconditionnel à l'Occident, on assiste à l'élaboration relativement nouvelle d'une « personnalité » orientale fière et assurée qui se perçoit comme étant une partie organique de la région, marquant nos aspirations et nos manières de voir. C'est en quelque sorte une réaction d'autodéfense et d'autojustification. Cette « orientalisation » volontaire et consciente semble être une compensation- la réhabilitation de la psyché blessée de l'Oriental face à la supériorité affichée par l'Occident. Envers et contre le mythe de l'Occident, on voit donc surgir le mythe de l'Orient, et ce dernier a du moins pour fondement le paysage et le climat, l'environnement linguistique et culturel. »
Toutefois il y a une prise de conscience lente qu'il faille qu'Israël s'orientalise s'il ne veut apparaître artificiel et surtout s'il aspire à être accepté dans cette partie du monde. A cet égard, un paragraphe écrit par Elbaz, évoquant l'entretien avec Amos Oz nous renseigne sur cette évolution mentale : « Lentement mais sûrement, l'idée d'appartenir à la région méditerranéenne comme un fait existentiel saisit la conscience de plusieurs écrivains israéliens dont quelques-uns ne sont pas d'origine orientale. Dans un entretien au nouvel Observateur, Amos Oz déclare qu'«en Israël, l'avenir est aux Méditerranéens » et que « Israël était désormais conscient qu'il faisait partie du bassin méditerranéen, et tant mieux que ce soit enfin arrivé. Cette même conscience méditerranéenne a donné naissance, il y a quelques années, à la revue Apirion, avec, comme rédacteur en chef, Eretz Bitton, et bientôt verra le jour un autre périodique (en français) intitulé tout bonnement Levant. »
La composante religieuse et nationale du juif semble donc être comme inéluctable même en Israël selon Bergman qui pense encore que : « La notion de « Juif » inclut ces deux composantes et le conflit devient une dialectique intérieure ; une dynamique dialectique qu'il existe diverses voies pour échapper à ce conflit. »
Il explique ainsi que la définition laïque du juif est non pérenne car l'exemple de : « l'opinion du fils d'Herzl, selon laquelle un Juif par l'identité nationale peut être chrétien par la religion, n'est qu'une échappatoire ; de même que la transformation de l'idéal messianique en idéal national et politique uniquement. ». La démonstration selon Bergman de la prétendue laïcité juive est une aberration qui n'a aucun sens dans le déroulement de l'histoire car elle apparaît comme artificielle. Il pense donc que « à l'instar de la théologie de la « mission » du peuple Juif qui a révélé sa déchéance et sa stérilité par son désir du fondement national de l'identité juive, un échec identique sera le sort de toute tentative de nier le fondement religieux de cette identité. »
Il faut donc en déduire selon ses explications qu'une culture laïque palestinienne coupée du judaïsme ne peut s'épanouir , elle doit au contraire professer l'enseignement de la bible des prophètes et héros bibliques, en s'appuyant sur la valeur de l'individu et le caractère sacré de la vie humaine.
C'est en ce sens que Martin Buber refuse l'éducation de type nationaliste. Pourtant le sionisme a choisi de rejeter la tradition et en même temps il reconnaît le symbolique de la religion et des fêtes religieuses.
La nature juive se cristallise autour du poids de Jérusalem, il ne faut pas l'oublier . Comme le souligne Buber il y a un peuple élu auquel correspond une terre élue mais également une loi. L'histoire juive est liée à la croyance en Dieu qui la guiderait. Pour Buber le peuple aurait une mission à réaliser mais en Palestine, et la terre ne peut être réalisée sans le peuple, il s'agit donc d'une relation fusionnelle. Israël serait un phare du monde, qui doit l'éclairer.
Pour Avraham Yitzhak Hacohen Kook le peuple s'était volontairement retiré de la politique mondiale. Il subsiste en tout juif un lien latent avec Israël. Les éléments religieux et nationaux seraient donc inséparables en Israël. Le système institutionnel en Israël ne s'épanouira dans tous ses aspects que si Israël intègre le Judaïsme. Il faut prendre la Torah comme la base de développement de la science et de la création. Dieu est lié à l'âme du peuple juif dans son ensemble qui ne peut s'en couper, même si l'individu le peut. Kook subdivise les habitants d'Israël en orthodoxes, nationalistes et libéraux. Il explique que les Juifs laïcs en travaillant pour l'édification de la nation juive, la renaissance d'Israël, participent de l'émancipation spirituelle. Il y aurait trois éléments primordiaux dans la relation unique qui se crée en Israël : le peuple d'Israël, peuple béni, la terre bénie Eretz Israël et la Torah livre saint qui éclaire. Israël pour lui serait une nation élevée qui détient une histoire singulière. C'est pourquoi il faut une redécouverte de la force créatrice, morale et spirituelle d'Israël qui aspire à redevenir modèle et déjà il fait remarquer que le Juif serait plus libre en Israël. Israël doit être donc un Etat qui revêt l'idéal juif et où se parle l'hébreu langue sacrée dont la conception est particulière.
Yehezhiel Kauffmann, évoque une histoire de compromission en Israël. Cet Etat tel qu'il le conçoit à enfanter un rationalisme juif qui aspire à une « culture hébraïque qui fait la synthèse de l'héritage culturel s'en inspirera mais sans enchaîner l'esprit, car il ne pourrait qu'échouer. L'histoire de la nation, ses croyances, ses créations littéraires, ses modes de vie et d'une façon générale, toutes les manifestations de son génie sont chers au c½ur du Juif qui aspire à en transmettre l'amour aux générations futures. Mais son idéal national n'implique pas l'obligation d'une subordination spirituelle. » Il y a deux événements qui ont pu se produire en Israël non négligeables. En effet « une patrie juive et un hébreu vivant sont les deux objectifs concrets du mouvement. » Il convient de remarquer cependant qu'en Israël le sionisme et les gouvernements qui en sont imprégnés ont longtemps entretenu un antisémitisme national juif. C'est ainsi que l'antisémitisme « amputation aux Juifs de défauts inexistants » ou « imputation à l'ensemble des Juifs des accusations portées contre des individus » et « aggravation des défauts des Juifs » a été entretenu en Israël dans une littérature nationale juive. Le mouvement national juif a ainsi répandu l'antisémitisme, une haine des Juifs de l'exil et de prétendus défauts. Yehezkiel Kauffmann explique donc que « la haine et le mépris qui entourent le Juif moderne éteignent chez lui tout sentiment de sa dignité et l'habituent à se juger lui-même selon les critères de l'antisémitisme ». Les Juifs d'Israël critiquent les Juifs de la Diaspora car «Le fondement générale de la pensée nationale juive antisémite est l'hypothèse qui veut que la vie juive dans l'Exil est une vie « immorale »et « l'émigration juive est mal perçue » par les Juifs d'Israël. Par ailleurs les fonctions occupées par les Juifs en Exil sont mal perçues. Les Juifs d'Israël les imaginent dans des métiers de spéculation financière et dans le commerce car les Juifs sont perçus comme détestant le travail manuel. Ainsi on pense en Israël selon Kaufman toujours que « Les Juifs de l'Exil vivent une vie « malsaine », une vie de colporteurs, de saleté extérieure et parfois intérieure (...) leur morale est faussée (...) Ce sont les gentils qui vivent une vie saine. » ou encore : « Les Juifs de l'Exil aiment être boutiquiers, employés, spéculateurs, etc. Et c'est pour cela que les gentils les haïssent. C'est l'absence de paysans et d'ouvriers juifs qui a fait qu'ils ne vivent pas une vie naturelle et qui a suscité la haine contre eux. »Il semblerait donc que le sionisme distillerait la haine du mode de vie diasporique.
La religion perpétue le fait juif, qui sans elle n'aurait point de raison d'exister. « La religion apparaît comme un aspect majeur du fait juif, où son identité la plus propre, intime se manifeste, comme l'exprime par exemple toute la discussion politique sur le supposé caractère « théocratique » de l'Etat juif, ou l'importance extrême accordée, dans l'analyse de la société israélienne, de ses tensions et ses inclinations, à ce qui est appelé « intégrisme religieux ». » En effet pratiquement rien ne distingue un Juif d'un non Juif, à part quelques différences de pensée, sur le plan d'éléments objectifs, si ce n'est la religion. Comme le souligne Salankis : « De toute façon, en dehors de ces indices, on ne peut échapper à cette simple donnée observable que les « signes d'appartenance » dont disposent et usent les juifs les uns à l'égard des autres ou à l'égard des non juifs, en diaspora tout du moins, sont presque exclusivement des signes religieux (les fêtes juives, la cacherout, pour mentionner les plus communs). Il est tout à fait invraisemblable d'imaginer que l'on puisse appréhender de façon intelligente le fait juif en mettant de côté sa façon de se manifester dans ce qu'on appelle la religion. » Par ailleurs la réponse qui veut qu'on a accordé à Israël un territoire sous forme de réparation, procède d'un argument moraliste qui se rapporte aux droits de l'homme surgissant d'une détresse sans précédent s'apparentant à un crime contre l'humanité suite à l'holocauste( extermination des Juifs par les Nazi) ou Shoah. Ainsi Salanskis pense d'Israël : « dans l'esprit de la plupart des gens, il est d'ailleurs lié au premier mode, l'extermination : l'Etat d'Israël est la réparation accordée par l'humanité (l'ONU, avec un consensus sovieto-americain) aux souffrances juives de la seconde guerre mondiale. Pour les Juifs, l'Etat d'Israël a d'abord la signification suivante : si quelque nouvelle figure de la volonté exterminatrice apparaît dans l'histoire, l'Etat offre aux Juifs la possibilité de mourir derrière un drapeau. Cette raison d'être suffisant à justifier la fameuse loi du retour, dont il est en tout cas clair qu'elle lie depuis le début l'Etat d'Israël à l'identité juive. » -
Contrairement aux Etats de la Diaspora où les Juifs étaient minoritaires, ce qui pouvait renforcer leur sentiment de vivre dans leur appartenance juive, par une marginalité, en Israël les Juifs sont majoritaires. Ils peuvent de ce fait échapper au sentiment de l'isolation au sein d'une société. C'est ce qu'exprime Salanskis : « Regardé positivement, l'Etat d'Israël est voulu un Etat dans lequel le fait juif se déploie comme « non-minoritaire ». D'où le témoignage de certains Juifs après un séjour même bref en terre d'Israël : là bas, on ne se sent pas juif, on cesse d'avoir à porter la différence juive. En même temps, le fait juif ne peut se déployer comme fait non minoritaire, en Israël, que suivant les voies d'une démocratie parlementaire. »
Face aux valeurs de pensées de courants au sein du monde juif en Diaspora (dans le sionisme) et à l'intérieur de l'Etat d'Israël qui s'affrontent, l'identité juive en Israël n'est pas stable et figée. C'est pourquoi Salanskis estime que : « L'identité juive de l'Etat d'Israël s'invente donc au fil des années, suivant des voies imprévisibles. » Les Juifs se sentent liés par Israël dont les actions ne peuvent les laisser indifférents même s'ils vivent en Diaspora. Que cela soit pour soutenir la politique de l'Etat ou non, le fait que l'on associe l'idéologie sioniste dont le produit est Israël aux Juifs de par le monde, ils sont rattrapés par les conséquences orchestrées. Combien de Juifs ne sont ils pas victimes d'attentats de par le monde sans pour autant épouser la cause du gouvernement ? Certains Juifs assimilés en France ou vivant dans des pays islamiques tels l'Iran au moment des conflits opposant ouvertement Israël à un pays arabe et musulman, peuvent subir le courroux de certains membres extrémistes des populations musulmanes. Ainsi en est-il de l'histoire de certains Juifs qui ont été victimes du nazisme alors qu'ils ne se sentaient pas Juifs ou que la Halakha ne les désignaient pas comme tels. Ainsi donc même celui qui renie sa judéité est placé du fait de la naissance d'Israël dans une relation involontaire avec autrui.
Dans ce sens Salanskis affirme que : « La non séparabilité d'Israël et du fait juif, de l'autre, les Juifs de la diaspora, dans leur ensemble et leur majorité, sont de fait ceux qui font le plus effort pour comprendre et justifier l'Etat d'Israël, au point que la disponibilité à discuter pour défendre le comportement d'un Etat dont on n'est pas membre et que l'on ne contrôle pas est devenue, pour ainsi dire, une part du métier de Juif. »
SECTION II/ LE DEVENIR DE LA JUDEITE EN ISRAËL FACE A L'OUVERTURE AU
MONDE
Pour CHARBIT« le sionisme a-t-il gagné la bataille de la reconnaissance? Elle fut difficile à obtenir : le monde occidental la lui a finalement accordée en 1917, puis en 1947 et 1948, même si, depuis l'admission d'Israël à l'ONU, L'Etat juif a longtemps fait figure d'Etat paria. Restait encore à obtenir la reconnaissance du monde arabe : Sadate fut le premier a emprunter cette voie »
Il admet que « La normalité de l'homme juif espérée par le sionisme est-elle un moyen ou une fin en soi ? Les avis sont également partagés .Elle est le fondement sur lequel il pourra être possible de manifester une aspiration particulière, de réaliser un bien social ou moral. La normalité n'est plus aujourd'hui en Israël une valeur, elle est une réalité. La crise du kibboutz montre la difficulté de concevoir un projet de lien social durable fondé sur des rapports humains moins froids et distants qu ceux du marché et de la ville. Il aura le mérite de tenir plus longtemps que les soviets et les conseils. En vérité, le kibboutz dans ses structures originelles aura fonctionné tout le temps qu'a tenu l'alliance entre un projet de nature collective et la nécessité, aux temps héroïques et révolutionnaires, de faire le sacrifice des volontés personnelles. A partir du moment où la valeur de l'individu est centrale, il devient plus difficile tant au niveau de la cité qu'à celui du kibboutz de maintenir cette tension tournée vers le collectif .C'est aussi la crise du travail qui fait du sionisme une idéologie dépassée .Le recours aux travailleurs palestiniens depuis 1967 et plus récemment aux travailleurs étrangers est un des signes de l'alignement d'Israël sur toutes les sociétés occidentales. »
Pour lui encore : «la création de l'Etat d'Israël, si elle n'a pas rendu le sionisme caduc, a imposé un agenda israélien qui, à plus d'un titre, n'est pas identique à ce qu'était l'agenda sioniste. Etre sioniste aujourd'hui en Israël, si l'on s'en tient à une définition consensuelle qui transcende toutes les opinions politiques, correspond en fait l'idée que l'immigration des Juifs de diaspora en Israël est une mission dont l'Etat doit continuer de s'acquitter en affectant à cet effet les budgets et les moyens nécessaires pour favoriser l'intégration des nouveaux immigrants. A cet égard , l'arrivée massive de Juifs d'Ethiopie et de l'ex-Union soviétique montre bien qu'au moins sur ce point capital , le postsionisme n'est pas encore advenu, et qu'Israël demeure un Etat idéologique fondé sur le primat d'une solidarité juive , sensible aux avatars du destin des Juifs dans le monde.
Pourtant comme l'indique Michel Alain « l'Etat d'Israël sera ouvert à l'immigration des Juifs de tous les pays où ils sont dispersés. » Sur les vecteurs qui guideront Eretz Israël il indique qu'« Il sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix, ainsi que cela avait été conçu par les prophètes d'Israël ; il assurera une complète égalité sociale et politique à tous ses citoyens, sans distinction de religion, de race ou de sexe. » comme protection la loi indique qu'« il garantira la liberté de culte, de conscience, d'éducation et de culture ; il assurera la protection des lieux saints de toutes les religions et respectera les principes de la charte des nations unies. » Une fois annoncée en préambule les principaux traits de l'Etat il nous sera plus facile de comprendre sa judéité.
PARAGRAPHE A/LA MUTATION DE LA JUDEITE EN ISRAEL
Dans les années 50 et surtout les années 70, se pose la question de savoir qui est juif, car il existe plusieurs façons de se concevoir juif .On est juif selon la loi, le regard des autres, suivant la halakha, et surtout le facteur psychologique, la volonté. Dans plusieurs affaires où la Cour suprême est sollicitée face à des différents imposant l'Etat aux citoyens, suite à l'inscription au registre national de la nation à laquelle appartiennent les citoyens. Il apparaît que il y aune catégorie de juif suivant la loi laïque, car la Cour suprême dans certains cas a accordé l'inscription à cette nation sans obéir aux critères traditionnels pourtant encore en cours. Ainsi donc avant on n'était juif par sa mère, par conversion et on émigrait en tant que tel par la loi du retour en Israël pour acquérir la nationalité israélienne mais cela a été étendue au cas des descendants de juifs mais non juifs la halakha aussi .
Par ailleurs les définitions traditionnelles juives qui désigne juif « celui qui est né d'une mère juive » ou encore celles controversée de Sartre « Est juif que celui que les autres considèrent comme juif », ou nouvelles de Hayim Cohn « Est juif celui qui se considère comme juif » ne sont les plus les seules.
En dehors de la question Religieuse, Israël doit articuler son principe démocratique, d'ouverture égalitaire à son idéologie ethnique en tant qu'Etat devant abriter de façon prioritaire les Juifs. Le sionisme serait il alors comme l'affirme ses détracteurs un outil de domination d'une majorité juive sur une forte minorité nationale autochtone ? Il peut y avoir dans l'esprit de certains détracteurs d'Israël que cet Etat est une imposture. En effet les Juifs ont occupé politiquement suite à plusieurs conflits armés un territoire sur lequel vivaient des indigènes arabes ou des Juifs antiques arabisés. Israël a procédé selon divers courants à une légitimation de sa présence sur le sol, marquant ainsi son identité avec le sol de la Palestine. Par ailleurs la loi du retour si elle permet suivant un noble idéal de légitimer la présence de Juifs persécutés apatrides, elle peut être comprise aussi comme un moyen de perpétuer la majorité juive sur le pays. Aussi la politique de peuple israélien n'est elle pas neutre. Mais comment légitimer cette domination ethnique sans induire un malaise dans un Etat démocratique. Par ailleurs en optant pour une nation israélienne cela supposerait confiner la solidarité juive internationale à un second plan ce qui implique alors la difficulté de l'établissement d'une citoyenneté nationale. Il faut signaler que le Rabbinat intervient de façon décisive dans les rites du mariage en Israël. Parler de la place du shabbat ainsi que la consommation interdite du porc en Israël dans bon nombre d'endroits n'est pas sans importance. De plus après la guerre de 1967 beaucoup de juifs laïcs se sont sentis attachés après la délivrance de Jérusalem Est. Quand on sait ce que représente Jérusalem, (la ville où gisait le temple au temps de la royauté,) symbole de la présence divine tant au niveau religieux que politique, l'on peut dès lors mieux comprendre ce qu'on ressenti l'émotion des premiers soldats israéliens dont beaucoup étaient laïques (les religieux orthodoxes sont exemptés de l'armée) arrivés sur la place du mur des lamentations. On peut enfin comprendre le prosélytisme interne vers le judaïsme qui s'est produit au sein de la population laïque. En effet dans la société traditionnelle juive et pour les religieux fervents et orthodoxes : « La Bible a toujours été le fondement de la vie juive, de la pensée juive et de la religion juive. On la lit et on la commente à la synagogue, on l'étudie à l'école ; citer la Bible à bon escient est l'élégance du Juif cultivé. » En effet la religion en Israël même pour les non croyants peut parfois être comme une surface ou les juifs laïques peuvent s'en servir en politique pour requérir l'attention de tous. Il faut en effet dans une société plurielle où plusieurs courants foisonnent trouvent un minimum de consensus et la religion en est un même pour ceux qui n'y croient pas face à d'autres. Le judaïsme est lui-même une religion assez riche de coutumes. En effet « à côté du judaïsme « officiel » qui fixe les prescriptions rituelles découlant de la Torah et des codes rabbiniques, il existe une grande variété de pratiques religieuses fondées sur la coutume. Elles ne représentent souvent que des traditions locales, mais certaines sont très répandues et exercent un puissant attrait. Pour beaucoup de Juifs, elles sont l'âme de la religion, alors que les règles et la doctrine leur apparaissent comme des ossements desséchés. » Face aux problèmes économiques et sociaux, face à l'affrontement avec le monde arabe et à l'antisémitisme de même que la vision que l'opinion mondiale se fait D'Israël des troubles naîtront en Israël. Ainsi donc Israël va connaître des problèmes intérieurs, des divisions interethniques, intra ethniques, des troubles économiques, des problèmes frontaliers etc. Israël a par ailleurs créé un nouvel ethos dont le primât est le sentiment nationaliste. « Le jeune Israélien (souvent appelé sabra, nom du fruit juteux mais piquant du cactus) semble cultiver une image qui est à l'opposé de celle que l'on se fait habituellement du juif de la diaspora. Bronzé, sûr de lui jusqu'à l'arrogance, il n'a pas été courbé par le poids de la religion ni par celui de l'antisémitisme. » Pourtant En dehors du natif de la terre d'Eretz Israël, il existe un bon nombre de Juifs de la diaspora venant grossir le reste de la population du pays susceptibles d'influencer le paysage humain, et qui malgré l'effort d'Hébraïcisation emportent avec eux leur passé. De plus des études cliniques ont révélé que « le sabra cache des angoisses profondes et le stéréotype du soldat israélien conquérant commence à susciter des doutes, même parmi les jeunes israéliens. » Les Israéliens sont tout de même fiers des réussites dans les domaines de « la mise en valeur des terres, l'éducation, la technologie, la défense, la vie démocratique, les droits de l'homme, la sécurité sociale, etc. » cependant Israël est toujours partagé entre religiosité passée et high tech. Israël n'a jamais engendré un mouvement religieux ayant reçu écho favorable au sein de la population ou ayant bouleversé positivement le champ théologique. Ainsi « L'annonce prophétique que « la Torah sortira de Sion » ne s'est pas vérifiée. Israël est, en fait, la seule communauté du monde juif où l'image offerte par la religion est presque entièrement négative. » Malgré ses Sabras en surnombre, Israël compte beaucoup d'immigrés juifs qui viennent grossir sa population. Ceux là viennent de multiples horizons divers apportant avec eux un héritage linguistique. L'école et l'armée servent de cadres uniformisateurs de la société de même que l'hébreu. Pourtant subsiste des différences ethniques persistant sur au moins deux générations. Les Juifs occidentaux ont souvent affichés une supériorité sur les Juifs d'Asie et d'Afrique car occupant le sommet de l'échelle de la société. Bien que les sionistes prônaient un retour au travail de la terre, ce qui avaient conduit les premiers colons à se regrouper dans les Kibboutz, les Mochav et les Mochav Chitoufi, les Israéliens d'aujourd'hui émigrent vers les villes. Il y a eu deux colonisations en Israël de Juifs. Avant le XX ème siècle pour des motifs religieux et après 1880 une immigration de Juifs de Russie moins intéressés par la religion.
Les nombreuses guerres connues par Israël avec les Etats arabes voisins qui n'ont jamais accepté la proclamation d'un Etat juif en Palestine, créeront un sentiment d'insécurité permanente. « La Déclaration d'indépendance proclamait la naissance de l' « Etat juif », mais la nature de cet Etat n'avait jamais été précisément définie. Sur ce point, les avis étaient partagés, en Israël comme à l'étranger. Pour certains, le mot « juif » devait être compris dans un sens purement national ; Israël serait un Etat moderne et sa raison d'être serait de « normaliser » l'existence nationale juive. Pour d'autres, le mot avait nécessairement un contenu religieux. Le différend n'a toujours pas été tranché. En principe, Israël est un Etat démocratique et laïque dans lequel la liberté de culte est garantie à tous et où juifs et non-juifs ont les mêmes droits. » Pourtant en Israël une frange de la population non négligeable souhaiterait connaître la place que doit occuper la Halakha dans la société de même que la compétence des tribunaux. Il n'y a cependant pas de religion d'Etat dans le pays, même s'il est vrai qu'il existe une majorité de juive. Le judaïsme occupe une première place de choix en tant que religion d'ordre supérieure par rapport aux autres confessions religieuses. Si beaucoup de Juifs sont laïcs ils acceptent cependant que « la religion puisse déteindre dans une certaine mesure sur la vie publique ». Le shabbat est accepté dans beaucoup de domaines. « De leur part, c'est une concession aux points de vue de la minorité religieuse, mais aussi une manière de convenir que l'Etat juif, même laïque, doit reprendre à son compte certains traits distinctifs du mode de vie juif. Peut-être faut-il y voir aussi la volonté de maintenir un lien avec les Juifs de l'étranger qui ne comprendraient pas qu'un Etat juif n'ait aucune des institutions juives qui leur sont familières. » Toutefois l'immixtion des religieux dans les vies publique et privée est mal perçue par les laïques. Les partis religieux quant à eux souhaiteraient avoir un contrôle décisif dans les affaires de la vie publique. Ceci s'exprime dans le paysage politique par la formation de partis religieux tels le Parti religieux national, Agoudat Israël qui est très peu lié à l'Etat. La nature du régime politique où une permissivité d'adhésion à la politique est possible, grâce à la représentation proportionnelle, permet aux partis politiques religieux de maintenir ou de faire voler en éclats des coalitions gouvernementales. Ces partis religieux marchandent alors leurs collaborations en demandant en retour des concessions parfois douloureuses au Gouvernement. Le Parti National Religieux (PRN) a parfois occupé les ministères de l'Intérieur, de la Police, des Affaires religieuses, de l'Education et de la culture. Les partis religieux dirigent leurs actions également contre les religieux non orthodoxes, contre le judaïsme réformé par exemple. « Un jour, lors d'un débat à la Knesset, un député de l'Agouda jeter par terre un livre de prières du judaïsme réformé et cracher dessus ». L'orthodoxie juive évite de réclamer que l'application de la Halakha à l'ensemble de la société car cela entraînerait la formation d'un Etat théocratique en Israël et une transformation de cette halakha qui n'est pas adapté à l'évolution de l'Etat. Ils préfèrent alors exiger juste le respect de certaines lois fondamentales. Les religieux ont pu empêcher l'adoption d'une constitution écrite et l'instauration du mariage et du divorce civils. Ainsi « en 1953, une loi fut adoptée qui étendait la compétence des tribunaux rabbiniques en matière de mariage ou de divorce à tous les Juifs résidant en Israël, les nationaux comme les étrangers, les croyants comme les athées ». Les Juifs ne peuvent se marier entre eux que s'ils sont reconnus Juifs par le Rabbinat. Les Cohen ne peuvent épousée de femme divorcée par exemple et les laïques suivent la cérémonie religieuse maritale. Cependant les mariages même civils contractés à l'étranger sont reconnus en Israël, ce qui peut expliquer pourquoi des Juifs vont se marier à l'extérieur. Par ailleurs les religieux entendent avoir un regard sur le système de l'éducation. En effet, « En Israël, l'éducation est obligatoire et, dans les écoles d'Etat, gratuite. » Les écoles du parti Mizrahi qui exige des enseignants religieux et une grande place à la religion dans l'enseignement ont été rattachées en 1953 l'enseignement public tout en ne se mêlant pas aux restes des écoles publiques. Il existe des écoles religieuses indépendantes de l'Etat et des écoles où la langue utilisée est le Yiddish. Les valeurs culturelles juives selon le programme définies par le ministère de l'Education de même que celles bibliques sont professées dans le secteur public primaire.
Chaque fois que les religieux occupent une place primordiale a pouvoir comme ce fut le cas en 1977, le programme éducatif s'enrichit d'un contenu religieux important même si le fossé est toujours de taille entre religieux et laïques.
Par ailleurs les religieux veulent contrôler l'alimentation, la filmographie, le processus d'avortement, les autopsies de même que le service militaire qu'ils veulent interdire aux femmes et aux religieux. « Ils ont aussi leur mot à dire sur un important point constitutionnel : la définition de l'identité juive au sein de l'Etat. La loi du Retour, adoptée par la Knesset en 1950, donnait à la doctrine sioniste une expression juridique en conférant à tout Juif le droit d'immigrer en Israël. La loi de 1952 sur la nationalité accordait automatiquement la nationalité israélienne à tout immigrant juif. Pour des raisons administratives, le ministère de l'Intérieur tient un registre des nationaux juifs et, sur des papiers d'identité de tous les résidents figure la nationalité (que l'on distingue à la fois de la citoyenneté et de la religion). La désignation du terme juif est polémique, car il a fallu la loi sur les tribunaux rabbiniques de 1953 qui définissent Le Juif selon le talmud c'est-à-dire que cette qualification marche pour celui qui est née d'une mère juive ou qui s'est converti selon une procédure requise. Pourtant « cette définition ne s'accorde pas avec la conception nationale de l'Etat juif à quiconque se considère comme tel ou a été persécuté comme tel, même s'il n'entre pas tout à fait dans la définition étroite que donne le talmud. » Il y avait en effet des rescapés du nazisme considérés comme juifs sous Hitler. Il y a enfin les Juifs de l'ex Union soviétique issus de mariages mixtes ou nationaux sans être religieux et les personnes converties au judaïsme par des tribunaux rabbiniques non orthodoxes. Le Rabbinat n'est pas enclin à accepter le mariage mixte. C'est ainsi qu'on a vu en Israël des conflits ayant trait à la qualité de Juif, La cour suprême a refusé à certaines personnes fondées à être Juif selon la Halakha tandis qu'à d'autres oui en se fondant sur la loi civile. Après maintes crises entre religieux et laïques et une décision contestée de la cour suprême en 1968, la Knesset en 1970 a adopté une décision « est juif tout individu « né de mère juive ou qui a été converti au judaïsme et n'appartient à aucune autre confession ». » laquelle a été acceptée par la majorité de l'opinion juive en Israël et en Diaspora mais non par les laïques et orthodoxes durs, les derniers voulant ajouter la mention selon la Halakha. « En Israël, les institutions religieuses reconnues sont toutes placées sous l'autorité du ministère des Affaires religieuses. » En Israël les institutions religieuses sont subventionnées par l'Etat et le rabbinat est hiérarchisée et en son sein comprend : « les grands rabbins, les rabbins d'Etat, les conseils religieux et les tribunaux rabbiniques ». Il y a deux grandes autorités rabbiniques en Israël constituées par Les grands rabbins ashkénaze et sépharade. « Les grands rabbins, les dayanim et les autres rabbins appointés sont des fonctionnaires. Ils tiennent leur autorité de l'Etat, non du consentement de la communauté juive ou de leurs qualités propres de direction spirituelle. Quelques grands rabbins ont forcé le respect de leurs concitoyens par leurs mérites, mais d'autres détenteurs de fonctions religieuses ont été la risée de leurs administrés et ont ainsi contribué à éloigner la jeunesse de la religion. L'image qu'offre l'institution rabbinique en Israël est plutôt négative. » En effet les rabbins n'exercent pas de fonctions religieuses en Israël à l'instar de ceux de la Diaspora, ils n'ont pas la considération et l'affection dont jouissent leurs pairs en Exil car subordonnés à l'Etat. « L'idée même d'une hiérarchie religieuse est étrangère à la tradition juive et la fonction essentiellement temporelle de grand rabbin n'a aucun fondement dans la halakha pas plus que l'existence d'un Beth Din suprême. D'ailleurs, les ultra-orthodoxes du vieux Yishouv et de l'Agouda ne reconnaissent pas l'autorité des grands rabbins et les non-orthodoxes (conservateurs ou réformés) non plus. » Par ailleurs les synagogues ne sont pas gérées par les communautés comme en dehors d'Israël et ne sont point le centre d'activités diverses religieuses ou socio-éducatives. Le fonctionnement des synagogues est financé par l'Etat qui ne reconnaît pas les synagogues du judaïsme réformé ou conservateur. Il y a également un conflit larvé entre Juifs occidentaux et Juifs orientaux. On désigne à tort les Juifs situés dans la partie occidentale du Maghreb, comme Orientaux. Les Israéliens se subdivisent eux même en ashkénazes et en Séfarades. Les Séfarades mieux privilégiés que les Ashkénazes à l'époque ottomane, qu'ils regardaient de haut. Sous l'obédience anglaise, les ashkénazes proches des arcanes du pouvoir éclipseront les orientaux. Mais en 1948, les Séfarades seront supérieurs démographiquement cependant les Occidentaux occuperont les hautes fonctions de l'Etat qu'ils ne partageront pas avec eux. En effet, les Séfarades n'auront pas accès à l'armée, ni dans la vie professionnelle outre le fait que leur situation socio économique était peu reluisante et qu'ils étaient mal logés. Par ailleurs l'école israélienne leur inculquait le déni de leur culture jugée arriérée afin de se calquer sur le modèle occidental. Cette série d'événements malencontreux empira dès 1960 pour déboucher sur des oppositions houleuses avec le Gouvernement travailliste d'alors en 1970. La confiance retirée au gouvernement travailliste par une abstention du vote séfarade (population appauvrie par marginalisée par la hausse des prix) aux élections de 1977.Des efforts seront effectués pour accorder des places meilleures aux orientaux, notamment avec la nomination d'un séfarade au poste de Président Itzhak Navon et de même que celle de Moshé Katsav..
Quant aux Arabes en Israël ils sont victimes de préjugés nationalistes s'ajoutant à la crainte des Juifs d'Israël de la sécurité menacée en Israël. Il existe beaucoup de confessions religieuses en Israël mais elles vivent non pas en contact mais séparément ainsi donc. Les écoliers juifs n'apprennent rien sur les arabes musulmans ou chrétiens et si l'Etat accorde une liberté aux confessions religieuses le prosélytisme est interdit.
Pour ce qui est, des relations entre Israël et la Diaspora : « L'Etat d'Israël se considère comme l'émanation du peuple juif et ses portes sont ouvertes, conformément à sa législation, à tout Juif désirant y immigrer (...). L'Etat d'Israël reconnaît l'Organisation sioniste mondiale comme l'agence chargée de poursuivre en Israël l'action pour le développement et le peuplement du pays, l'absorption des immigrants de la diaspora et la coordination des activités que mènent en Israël les institutions et organisations juives oeuvrant dans ces domaines. Le rassemblement des exilés, qui est aujourd'hui la tâche primordiale d'Israël et du mouvement sioniste, exige des efforts constants de la part du peuple juif de la diaspora. L'Etat d'Israël compte par conséquent sur la coopération de tous les juifs, groupes ou individus, pour édifier l'Etat et faciliter l'immigration dans cet Etat de la masse du peuple ; il considère l'unité de tous les secteurs du judaïsme comme nécessaire à cette fin. »
Depuis les origines d'une conscience collective née de l'esclavage, d'une foi monothéiste et de l'alliance avec la divinité, la judéité qui en naîtra mutera. C'est ainsi que Avraham B.Yehoschua s'interrogera sur la nature de l'alliance avec Yahvé. Autrement dit était elle une soudure entre les éléments religieux et national. Selon la réponse on peut savoir si l'alliance est opérée autour de deux éléments inséparable ou non fusionnels.
La Halakha elle-même a tenu à déterminer la judéité selon un principe national. Ainsi on est juif de mère, et comme le signale la tradition on peut se convertir. On peut être un néophyte juif qui se convertit pour entrer dans le judaïsme et un Juif renégat dès qu'on sort du judaïsme en se convertissant à une autre religion. On peut donc dire que « la religion est un atome nécessaire et inhérent au noyau de l'identité juive. »
Pourtant Avraham B.Yehoschua remarque qu'à l'époque où les Juifs pratiquaient le culte de Baal et Astarté, ils n'étaient pas exclus du peuple Juif. C'est à partir de l'époque du second temple que la religion métamorphose le Juif en gentil donc qu'il y a confusion de l'élément national et religieux. Il ajoute « j'avoue humblement qu'en dépit de mon attachement en principe de la laïcité juive, je ne suis pas encore tout à fait capable de convenir qu'un Enfant d'Israël, converti à l'islam par exemple, demeure juif ». Il accorde donc tout de même à la religion le bénéfice d'être l'élément primant de la judéité. Il estime qu'« on ne peut pas dire encore « Juif » comme on dirait Français, Anglais ou Norvégien ». Il nous apprendre que les orthodoxes, pensent qu'il ne on ne peut y avoir une catégorisation de Juifs en sous groupes divers de Juifs, il n'y a que des Juifs sans distinction aucune. C'est pour tout cela que Yehoschua A.B. est pour l'utilisation du terme israélien. Les Juifs orthodoxes et religieux d'Israël, pourrait lui rétorquer que les Arabes, Druzes et Bedouins sont également Israéliens et qu'est ce qui fait de lui un Juifs alors ? Les religieux pensent en effet que la spécificité se trouve dans le fait que l'on est Juif par religion, tradition et un peu par l'histoire, définition traditionnelle.
Par ailleurs Yehoschua remarque avec consternation que s'il se définissait par le passé comme Juif laïque, la laïcité juive est devenue caduque dans le temps et qu'elle a fini par assimiler d'autres identités. En effet des enfants de Juifs laïcs comme Freud, Einstein, Marx et Herzl sont perdus pour la nation dans la mesure où il n'y a plus de lien puissant. Cependant, il pense tout de même que
le nom d'Israël est plus complet et que c'est le « nom originel du peuple. Il explique que le nom juif intervient uniquement après la destruction du premier temple pour désigner les enfants d'Israël vivant en Exil. Il pense donc que quand l'Israélien est coupé de sa terre, de sa langue, il devient Juif. Ezra et Néhémie ont « restauré le nom d'Israël » au retour de l'Exil de Babylone. Il dit : « Tant que la religion d'Israël embrassait toute la réalité- celle du peuple d'Israël et celle de l'individu-, il était inutile de baptiser la dimension religieuse d'un nom particulier. Le terme est né sans aucun doute à partir de la confrontation du monde juif avec le monde étranger, et son usage s'est répandu dans les écrits de la Haskala juive dès lors que le référent du concept est devenu problématique. On était en quête d'une ou plusieurs définitions. Le contenu spécifique de la réalité historique et actuelle du peuple juif devenu l'objet d'appréciations et de conceptions diverses, légitimant des orientations contradictoires. » Il poursuit : « La notion d'Israélien recèle deux dimensions souvent confondues : elle est une citoyenneté et une identité. Cette dualité se retrouve dans de nombreux pays qui l'intègrent dans leur conception de la rationalité. Etre français, par exemple, désigne tant l'identité culturelle que la citoyenneté juridique. Des citoyens français titulaires d'une carte d'identité nationale peuvent bien se définir sur le plan de leur identité culturelle profonde comme des Algériens ou des Corses.. »
Il affirme ainsi : «selon moi, le terme d'Israélien est à la fois une citoyenneté et une identité nationale. Ainsi, pour les Basques, être Espagnol renvoie à une citoyenneté et non à une identité culturelle, tandis que pour la majorité des Espagnols, l'hispanité s'applique à leur identité et à leur citoyenneté. »
Avec lui on apprend que les religieux craignent le terme d'Israélien comme désignation de la judéité car ils pensent que cela pourrait renvoyer à l'abandon du passé et de l'héritage culturel. Il reconnaît néanmoins que le terme identité juive devrait renvoyer à l'identité juive et au noyau juif en tant que matrice.
-Se définit comme israélien tant à l'identité qu'à la citoyenneté. S'il prend comme exemple l'identité française qui l'identité française existe par des éléments en mutation « la notion de « Juif » nous oblige à plus de loyauté et de fidélité envers la religion. Elle se réfère à une identité religieuse. » Mais par contre Yehoschua A.B estime que « la notion d' « Israélien » qui, parce qu'elle englobe toute notre histoire et l'assume avec responsabilité, est plus solide, plus totale et nous laisse en vérité plus libres »
Une évolution de la judéité dans une inclination sensiblement religieuse par la loi, a été innovée quand la droite religieuse et nationaliste en contrepartie de la loi contre le racisme et de l'illégalité d'activités politiques, réfutant l'existence d'Israël comme Etat démocratique, a exigé qu'on définisse Israël comme « Etat du peuple Juif ». La citoyenneté nationale aurait dû remplacer la référence à l'appartenance ethnique et religieuse. A l'extérieur d'Israël les citoyens sont munis d'un passeport national et définis comme Israéliens mais à l'intérieur de l'Etat tous les autres papiers d'état civil renvoient à l'appartenance ethnique, sans référence à la nationalité (comme naguère en république l'empire ottoman et en France avant la révolution de 1789). La nationalité n'a donc pas d'importance mais plutôt l'appartenance communautaire. Elle peut impliquer des conséquences sociales et religieuses, de la mort à la vie.
Nous pourrions ajouter à cet égard que par le passé lorsque l'élément national était assez fort pour préserver la nature profonde du juif il pouvait se permettre un certain égarement quant à la foi. Alors que du moment où la souveraineté s'est affaiblie et que les Juifs sont également devenus minorité, il est apparu normal que le seul lien à la vie antérieure était celui véhiculé par la religion nationale, le judaïsme. Par ailleurs dans le contexte du peuple juif, l'individu compte moins que l'être collectif. L'alliance a été passée avec le peuple dans son ensemble pas avec un individu juif. Peut être est ce pour cela que l'on désignait toujours le peuple d'Israël comme un être un, dans la bible. Partout dans la bible on voit comme une personnalisation de la nation avec la lettre.
Quant à Shoulamit Aloni il fait la différence entre une judéité en Diaspora et une judéité en Israël. Il indique qu'un Juif est un Israélien par défaut, comme le Rabbi Loubavitch, et que l'Israélien par contre à une capitale et qu'il est ancré dans un territoire sur lequel il a prises en tant que citoyen. Il peut donc voter, s'exprimer et participer à sa réalisation en tant qu'être juif à part entière.
Par contre Y.Leibovitch pense que « l'Existence de l'Etat d'Israël ne se justifie que dans la mesure où il offre un cadre à une réalité sociale qui soit le terrain de l'affrontement sur l'identité juive. »Pourtant constate avec regret qu'Israël n'offre pas d'affrontement réel autour de valeurs essentielles mais plutôt un consensus, un statu quo qui ne fait rien évoluer. Effectivement « la foi d'Israël est un facteur de division au sein du peuple juif »
Léon Ashkénazi nous renseigne sur la subdivision de sionistes et donc des types de Juifs candidats à l'israélisation à l'époque des fondations de l'Etat. Pour lui donc :
- étaient sionistes ceux qui voulaient rompre avec le judaïsme et le statut du Juif d'Exil implique se déjudaïser en hébreu, tant les israéliens à gauche et à droite
-ceux qui voulant devenir pleinement juif en devenant hébreux bien que contre le sionisme, y adhéraient pour le privilège d'habiter les lieux religieux.
- Et les Juifs malgré eux, cosmopolites qui cherchaient un lieu de refuge. Par ailleurs il se demande lequel des trois éléments constitués respectivement par le peuple juif, pays et la Torah prime sur les autres. Certains laïcs cependant souhaitent une chose impossible l'amendement de la torah, donc des réformes abusives du judaïsme, pour envisager leur retour.
Quel profil peut-on se faire du Juif d'Israël ? Selon les dires de Catane Moché, il existerait malgré les divers courants identitaires en conflit. L'Israélien aurait une personnalité plus affirmée avec une attirance pour le pouvoir. Quant au juif de la Diaspora , il vit dans une atmosphère méfiante tout en étant complexé. En ce sens il affirme que « les juifs de l'Exil manquent de cette stabilité psychologique que fournit l'enracinement dans le sol. Même quand ils manifestent hautement leurs certitudes et leurs droits, il reste quelque dissonance dans l'exagération même de leur chauvinisme. C'est souvent pour échapper à cette condition ambiguë que des juifs très éloignés de la tradition choisissent de partir pour Israël. » Même si certains juifs n'arrivent pas à quitter les terres de l'Exil où ils sont nés et ils se sentent chez eux malgré les persécutions antérieures subies comme en Allemagne.
Le juif de Palestine rompait avec son passé au point d'échanger son nom pour un nouveau. « Ben Gourion lui-même, né David Grin, choisit un nouveau patronyme (le fil du lionceau). Pendant longtemps, les hauts fonctionnaires de l'Etat durent se plier à cette règle. »
Quant à l'attitude, par exemple, devant la signification de Sion, lorsque les Juifs de la Diaspora disent « L'an prochain à Jérusalem », ceux d'Israël répondent « L'an prochain à Jérusalem restaurée. »
Il y a eu des litiges par ailleurs en Israël portés à la connaissance de la Cour suprême qui ont soulevé des problèmes ayant divisé l'opinion juive israélienne mais aussi celle de la Diaspora. Ainsi donc face à une affaire litigieuse opposant Chalitt au ministère de l'intérieur, devant une cour suprême (représentative des tendances au sein du peuple sur les courants du judaïsme), la problématique de qui est juif s'est posée.
Monsieur Chalitt , de nation juive avait épousé une non juive sans confession et prosioniste. Tous deux ils souhaitaient que leurs enfants soient reconnus comme juifs. La déclaration, de la nation de leurs enfants, avait été faite de bonne foi devant un officier du ministère qui outrepassa ses prérogatives. Il refusa en effet d'inscrire les enfants au registre de la nation juive.
Après le recours de monsieur Challit, cette affaire s'est soldée par l'inscription à la nation juive d'enfants mixte, après un jugement qui partagea de façon tranchée la Cour.
Le motif qui gain de cause à Challit, était que l'inscription à la nation dans l'état civil doit se faire suivant une loi civile basée sur la déclaration de bonne foi des parents à l'officier d'Etat civil qui est tenu de prendre les déclarations sans s'immiscer. Il y a donc eu abus de pouvoir de l'officier de l'état civil. Pourtant le procès a permis par le précédent de reconnaître des personnes comme étant juives sans passer par la définition de la Halakha.
De même cette Cour suprême comme dans l'affaire du frère Daniel a empêché un juif d'origine selon la même halakha de s'inscrire à la nation juive au motif que la loi civile, émanation du peuple, qui la reconnaît civile n'accepte pas les juifs convertis comme juifs. Au cours de ce procès également il est également évoqué de nouvelles manières de se sentir juifs qui seraient valables quant à l'enracinement dans le sol d'un enfant né d'un mariage mixte de père juif.
Par ailleurs une nouvelle qualification de judaïsant a été proposé par un des 9 juifs de la cour suprême des années 70. C'est dire donc que la désignation de la judéité naguère posée par la détermination de la loi halakhique en Diaspora dans la société juive traditionnelle, peut désormais être effectuée par la voie de la loi civile. Du moment où la loi est l'émanation d'une majorité on peut faire l'hypothèse qu'elle peut changer un jour les critères de détermination de la judéité. Ce qui serait un vrai désordre car la halakha seule habilitée à désigner le juif ne peut être modifiée. Il serait imaginable de concevoir sans peine que de telles conclusions conduiraient à la disparition de la communauté juive en Israël.
Au frère Daniel sioniste et juif d'origine converti au catholicisme,qui exigeait par la Loi du Retour pour devenir citoyen de plein droit et non ( pour être déclaré juif et avoir la nationalité israélienne de plein droit ) la naturalisation, se vit refuser sa requête par l'Administration et la cour suprême. S'il se sentait ethniquement juif la cour suprême émis cet avis : « Vous êtes restés juifs selon la Halakha, mais nous sommes une juridiction laïque. Pour nous est juif celui que le peuple tient pour juif. Or le peuple n'accepte pas un renégat comme juif et ne le désigne pas comme tel. Vous ne pouvez donc bénéficier de la Loi du Retour et, si vous voulez devenir Israélien, le seul recours qui vous est ouvert est la naturalisation. »
Quant à l'affaire de George Tamarin qui réprouvait le judaïsme et demandait à être inscrit comme de nation israélienne et non de nation juive, il fut débouté. La cour suprême lui répliqua que la nation israélienne n'existait pas et qu'à la rigueur il aurait pu solliciter l'inscription de la nation croate qui était la sienne d'origine.
Enfin il y a aussi des solutions totalement novatrices comme des réformés. Ainsi « Le rabbin Frehof propose, au nom des réformés américains, de rétablir, pour les personnes qui veulent être juives sans remplir les conditions religieuses, la qualification talmudique de guér tochav (« hôte résidant »), par opposition au prosélyte, le guér tsèdek (littéralement « hôte de piété »), le guér tochav n'étant soumis, d'après le droit traditionnel, qu'aux « sept lois des fils de Noé », qui constituent la base de toute société policée (interdiction du meurtre, du vol, de l'inceste, de l'idolâtrie, etc.)L'aumônier général Goren se livre à une étude minutieuse de tous les aspects rabbiniques du problème et arrive à la conclusion que l'on peut convertir l'enfant, même si la mère reste non-juive, en suggérant de donner à ceux qui veulent devenir juifs sans remplir toutes les conditions, le titre de « judaïsant ». »
Mais du moment où il y a une interaction entre Israël et Diaspora dans quelle mesure l'influence t-elle ?
PARAGRAPHE B/ L'IMPACT D'ISRAËL DANS LA TRANSFORMATION DE LA JUDEITE DE LA DIASPORA
La diaspora juive est vieille de près de trois millénaires. Les juifs ont été avant la souveraineté en Palestine dans le désert et aussi après la perte de la souveraineté le peuple par excellence de l'exil. A un point tel que ce qui aurait pu paraître anormale chez d'autres peuples paraît un mode de vie « normal » chez les Juifs. Le Juif perpétuerait t-il l'anormalité par ce fait ? Comme par le passé « l'exil juif, d'ailleurs, est resté « dirigé » par la communauté de Babylone, l'exilarque de Babylone ayant longtemps (jusque vers l'an mille), tenu une sorte de rôle de roi des Juifs dispersés. Cependant, la véritable réponse des Juifs à la perte de l'assise palestinienne fut la compilation du Talmud par les Tanaïm et les Amoraïm, travail qui s'est d'ailleurs principalement accompli dans la communauté de Babylone : les Juifs ont en quelque sorte « inventé », avec le Talmud, la possibilité d'une vie de peuple sans territoire. En restant indexés sur une observance une, commentée, élaborée par les docteurs de tous lieux et tous les âges, les Juifs se sont donnés une unité idéale autour de laquelle on est forcé de constater qu'ils sont restés groupés pendant près de vingt siècles, en dépit du fait que beaucoup de Juifs furent mal informés des préceptes talmudiques ou peu observants de ceux-ci : l'idée qu'il était question, dans l'existence juive, de satisfaire aux exigences d'une loi compliquée étudiée par des sages s'est néanmoins transmise. » L'originalité du peuple du livre est alors d'avoir créé un Etat contenu dans un livre vivant. En effet la vie du peuple juif est articulée et préservée autour de la Thora et réglementée par la halakha.Déjà donc par le passé les Juifs se caractérisaient par une marginalité en tous lieux de l'exil confinés dans la tradition de l'étude-observance de la Bible. Comme le certifie Salanskis : « La persistance des Juifs comme peuple exerçant son mode de vie sur son territoire ayant été rendue impossible par l'empire romain et sa volonté normalisatrice, le peuple s'est engagé dans un autre mode de traversée de l'histoire, il a « inventé » une façon de faire peuple sans territoire. Du point de vue spatial, ce qui caractérise ce mode, c'est la diaspora, c'est-à-dire l'éclatement du peuple en fragments éloignés les uns des autres, liés à des vies nationales non juives et diverses. Du point de vue temporel, ce qui les caractérise, c'est l'élaboration traditionnelle : l'aventure que les Juifs ont partagée au fil des siècles de la diaspora, c'est celle de l'approfondissement de l'étude-observance. Tant il est vrai que, comme il en est aujourd'hui pour la science, les résultats obtenus localement furent constamment rassemblés et rendus accessibles pour les prochains chercheurs. Au cours des mêmes temps, les Juifs ont partagé aussi, en règle générale, l'expérience « éthique » de la persécution, c'est ce qu'il faudrait ajouter pour être complet. Le rapport à Israël, au cours de cette période, est celui d'une visée maintenue dans le contenu du projet politico-éthique du Talmud. »
Israël a permis aux Juifs de la Diaspora de se sentir en sécurité et d'avoir une nouvelle fierté en réalisant ce v½u pieux désormais possible « l'an prochain à Jérusalem » il fait partie d'une identité matérielle désormais palpable où un pèlerinage peut s'effectuer sans ambages . Israël se positionne en effet, comme réalisateur d'un rêve auquel sont sensés participer tous les Juifs, à savoir celui de la délivrance pour tous les fils de la « Maison d'Israël », c'est en ce sens que Alain Michel cite l'article 16 de la déclaration d'indépendance : « Nous demandons au peuple juif de par le monde de se tenir à nos côtés dans la tâche d'immigration et de développement, et de nous aider dans le grand combat pour la réalisation du rêve des générations passées : la délivrance d'Israël. »
CHARBIT poursuit et juge que «Le bilan d'un siècle de sionisme et d'un demi siècle d'expérience étatique fait apparaître de multiples paradoxes et contradictions. Le nationalisme juif , qui fût si longtemps contesté par les tenants de la révolution socialiste , de l'émancipation politique, du nationalisme autonomiste et enfin de l'orthodoxie religieuse antimoderniste, s'est aujourd'hui imposé en diaspora comme l'une des déclinaisons majeures et centrales de l'identité et de la condition juives au XXe siècle . » Cependant Israël s'ouvre de plus en plus au monde en multipliant des accords avec des pays leur proposant sa haute technologie, ses innovations etc., mais c'est essentiellement vers sa communauté d'origine qu'Israël jette son dévolu. Le sionisme est une idéologie inscrite dans les lois fondamentales israéliennes et l'appel de la diaspora notamment russe, française, américaine etc. continuent d'être professés par le gouvernement. C'est en ce sens que Moché Catane rappelle l'attachement d'Israël à la Diaspora en ces termes : « Les juifs d'Israël ne croient pas former un peuple distinct du judaïsme de la Diaspora ; au contraire, il n'y a pas de communauté juive dans le monde qui soit inspirée d'une aussi profonde conscience de son unité et de son identité avec l'ensemble des juifs du monde que la communauté juive d'Israël. Ce n'est pas par hasard que le programme gouvernemental stipule que le gouvernement devra prendre des mesures pour l'intensification de la conscience juive parmi la jeunesse d'Israël, pour l'approfondissement des racines qui l'attachent au passé du peuple juif et à son héritage historique et pour le renforcement de ses liens moraux avec le judaïsme mondial, dans la conscience d'une communauté de destin et d'une continuité historique qui unit les juifs du monde entier à travers les siècles et dans tous les pays. » En effet presque la moitié de la population d'Israël provient de la Diaspora qui renouvelle ainsi une population juive pouvant se sentir « menacée » par le fort taux de croissance des Arabes israéliens. D'un autre côté Israël s'est révélé depuis sa création comme un Etat refuge des Juifs persécutés mais aussi comme un gardien de la mémoire du judaïsme mais également de la Shoah ou holocauste. C'est en ce sens donc que la loi du retour a été adoptée en Israël qui permet le retour de la Diaspora dans le pays.
En effet, la loi du retour de 1950, est accordé à tout juif sauf s'il ½uvre contre le peuple juif, ou s'il menace la santé publique ou la sécurité de l'Etat, ou s'il a un passé criminel. Le visa d'Oleh ou d'immigrant, est celui accordé aux enfants, petits enfants au conjoint, conjoint de l'enfant et petits d'enfants de Juifs. Est considéré comme Juif, une personne née d'une mère juive, ou converti au judaïsme et qui n'appartient pas à une autre religion. La fameuse loi du retour n'exprime pas autre chose : elle assure que tout Juif a droit à devenir citoyen d'Israël, à rejoindre le pays dont la vocation est de le protéger. Ce qui est de le protéger. Ce qui est entendu comme un Juif dans cet énoncé de la loi du retour est, en substance, un Juif au sens des tribunaux orthodoxes. » Israël ne saurait être sans la Diaspora tout au moins sur la justification de sa raison d'être dans la mesure où il s'est auto défini comme garant de la protection des Juifs et qu'il a voulu perpétuer le fait juif en Palestine. Il a donc besoin de la Diaspora en ce sens que Salanski commente : « l'Etat juif est juif parce qu'il accorde le droit au retour aux Juifs du monde entier, mais il ne contrôle nullement, pour commencer, dans quelle mesure les Juifs sont juifs (et j'entends par là les Juifs que les tribunaux rabbiniques reconnaissent tels) : la part effectivement tenue par les adeptes de l'étude observance dans les 80% de Juifs que comporte aujourd'hui l'Etat Hébreu n'est pas légalement prescrite et ne peut l'être (à la limite, il est permis de prévoir que cette part pourrait tendre vers zéro, en raison de la montée irrépressible de l'agnosticisme dans les sociétés modernes). Reste qu'il est postulé que l'esprit, l'orientation générale dans la vie qu'exprime la tradition, atteignent les non-observants, et, sans doute, cela rend-il aussi l'Etat « juif », mais d'une manière non quantifiable et historiquement mouvante. Enfin, l'Etat juif a été voulu un Etat démocratique moderne et ouvert, il intègre depuis le début des non-Juifs, dont le statut ne saurait être mineur en aucune façon. » Israël s'est donc donné pour mission d'accueillir toutes sortes de judaïsme afin de protéger ceux qui s'en réclament ou sont persécutés comme tels. Il accueille donc une diversité de populations juives héritières de traditions multiples. Plus généralement selon Salanskis il s'agirait des « populations juives des divers lieux du monde ont acquis maintes coutumes, constitué maintes mémoires, que l'Etat d'Israël accueille et prétend rassembler. Le bouclier qu'il est concerne tous les Juifs, et pas seulement les Juifs observants. En fait, ce bouclier concerne même les familles des Juifs, souvent composées de Juifs et de non Juifs, en raison de la contingence des mariages. Un homme juif peut rejoindre Israël avec sa femme et ses enfants non-juifs, le cas s'est beaucoup présenté lors de la récente immigration russe. La loi du retour s'adresse immigration russe. La loi du retour s'adresse à toute la mouvance humaine déterminée par l'étude-observance, historiquement attachée à elle. »
Israël ne veut donc pas se couper du judaïsme mondial qui le soutient au sein de grands congrès sionistes ou organisations juives tels la communauté juive américaine. Cela peut expliquer pourquoi Israël essaye de garder quelques aspects du judaïsme car les Juifs de l'extérieur ne comprendraient probablement pas qu'il n'y ait plus rien de juif en Israël. Aussi les dirigeants israéliens demandaient à l'article 16 de la déclaration d'indépendance : « Nous demandons au peuple juif de par le monde de se tenir à nos côtés dans la tâche d'immigration et de développement, et de nous aider dans le grand combat pour la réalisation du rêve des générations passées : la délivrance d'Israël. »
Qu'en est-il de l'importance qu'accordent les Juifs de la Diaspora à Israël ?
Le judaïsme réformé n'accorde pas une place centrale à Israël. Ces partisans s'enracinent plutôt dans les pays dans lesquels ils résident. Ils considèrent plus ou moins l'Etat dans lequel ils habitent comme leur patrie.
Les Natoré Karta ou gardiens de la cité ne considèrent pas l'existence d'Israël perpétuent l'exil tout en étant habitant le sol israélien. En effet non seulement il ne considère pas Israël comme Etat des Juifs ou Etat juif, mais en plus ils estiment que leur de la rédemption, par le messianisme n'est pas encore arrivé.
Beaucoup de Juifs à l'image de cette secte juive, mais cette fois en Diaspora se comportent comme si l'Exil n'était pas achevé. Il semblerait qu'ils se soient accoutumés à cette vie à l'étranger n'éprouvant pas le besoin de s'enraciner. C'est pour donner une illustration à ce trait de caractère, que les observations de Abraham J.Klausner viennent à point nommé. En juin 1945, cet aumônier Juif américain, fait remarquer en étudiant le comportement des Juifs rescapés de Dachau, que les Juifs ont un comportement paradoxal. Le juif en captivité une fois libéré répugne à retourner dans son ancienne demeure, et rêve d'aller dans d'autres horizons. En somme il est « libéré sans être libre ! »
Une autre explication peut être que en venant en Israël les Juifs de la Diaspora se trouvent confrontés à la plénitude de leur judéité. C'est-à-dire qu'ils seront obligés puisque dans un Etat à vocation juif de se comporter comme tels. Tandis que en exil les conditions extérieures naissant de la cohabitation avec des non juifs, empêchent la halakha de s'exercer dans sa totalité. On peut comprendre que certains Juifs refusent d'avoir à trancher entre le désir de leur spécificité juive et celui de la normalité humaine à partager avec tous les hommes sans distinction de race.
En règle générale, dans le monde l'expérience de la shoah, des guerres vécues par le jeune Etat israélien de 1948, avec les armées des Etats arabes, et surtout celle des six jours où l'Etat faillit disparaître a cristallisé la solidarité juive.
Mais la mémoire de l'holocauste, avec la vengeance du peuple juif par un jugement par comparution publique d'un nazi avait donné un semblant de sentiment de justice aux Juifs. Ainsi Chez les Juifs « cet éveil d'une conscience communautaire, auquel le procès Eichmann avait, en 1961, donné le coup d'envoi, a croisé un autre éveil, celui d'un mouvement beaucoup plus général d'affirmation identitaire de toutes les minorités sociales en voie d'émancipation- les femmes, les ouvriers, les provinciaux, les Corses, etc.-, pour qui la récupération de leur « mémoire », c'est-à-dire, en fait, de leur histoire propre au sein de la communauté nationale, fait partie intégrante de leur affirmation d'identité. »
Quant à la guerre des six jours, les Juifs se sont sentis proches du destin de cet Etat, sensé les accueillir en cas de problèmes et outre cela il s'agissait de leurs frères juifs qui luttaient pour la terre ancestrale. Par ailleurs la victoire d'Israël avait été perçue comme une ½uvre divine. Pierre Nora explique le rapprochement entre 1967 et 1968 d'Israël et des Juifs. A cet égard on apprend qu'il y a eu entre ces deux dates un rapprochement qui « s'impose entre les deux dates, chacune capitale. La guerre des Six-Jours, en provoquant chez tous juifs, même les plus déjudaïsés, le fantasme vite dissipé, mais insupportable, d'un second Holocauste, a réveillé la réalité du premier. La vague d'émotion pour Israël a cristallisé une conscience d'appartenance endormie et enclenchée, on le sait, très au-delà des milieux juifs orthodoxes, un long mouvement de redécouverte d'un continent religieux, culturel, linguistique, historique, oblitéré par l'assimilation « à la française ». »
Winock nous révèle que « la guerre des Six Jours, remportée en 1967 par Israël sur les Etats arabes, a changé en profondeur la relation entre la France et les Juifs, en modifiant sensiblement, du reste, la condition juive en France. La politique du général de Gaulle à l'endroit de l'Etat hébreu est le premier fait à prendre en considération. » Une sympathie naît en France envers Israël et les Juifs de France se sentent plus que jamais liés à Israël après la guerre de 1967.Les Juifs avaient peur de voir l'idéal de plusieurs siècles d'une souveraineté à jamais détruit par la victoire arabe. Il aurait signifié un deuxième holocauste avec une connotation plus que symbolique, peut être le la rupture du pacte avec Yahvé.
Il y ainsi beaucoup de Juifs qui émigrent en Israël pour y vivre mais certains en provenance de pays où ils sont plus ou moins bien intégrés comme les Etat Unis, le Canada, la France y viennent sous forme de pèlerinage. Parmi les communautés de la Diaspora qui ont le plus été concerné par l'importance numérique de leur communauté mais aussi leur apport, on peut parler des communautés ashkénaze notamment les Juifs de Russes et sépharades les Juifs du Maroc. Comment ses communautés s'intègrent elles donc ? Les Juifs sépharades ou Juifs orientaux sont encore fidèles à la tradition religieuse. Mais la majorité en Israël de ceux qui ne pratiquent pas le judaïsme, conserve une certaine fidélité à l'héritage du judaïsme. Dans cette majorité on peut dénombrer les Russes dont la plupart sont laïques alors que les marocains sont de nature religieuse. Une des institutions qui rapprochent ou séparent des indigènes d'Israël est le mariage. La plupart des immigrés notamment venus des pays laïcisés comme la Russie peuvent en être affectés. En effet comme nous le disions le mariage mixte fait peur en Israël pour la cohésion du peuple juif en Israël comme en Diaspora. C'est ce pourquoi les députés voient d'un mauvais ½il la promulgation du mariage civil qui pourrait donner un mauvais exemple aux communautés juives à l'extérieur d'Israël. La présence d'éléments d'extranéités dans la conscience juive Israël est périlleuse pour une partie des membres de l'Assemblée.
Comme l'a remarqué CHARBIT « pour la majorité des Israéliens, Juifs et Arabes, le sentiment national ne correspond pas à leur commune appartenance à l'Etat d'Israël mais à leur appartenance distincte à deux civilisations, juive et arabo-musulmane ». Le nationalisme se couple avec le sionisme même si celui-ci se trouve en crise. La majorité de la société israélienne est professé dans les dogmes, l'historiographie israélienne surtout à l'indépendance, les différentes guerres nationales contre le peuple arabe qui l'assiège par ses revendications du sol.Toutefois chez les Juifs en général en Israël, il y a l'existence d'un « ciment culturel commun ». Cette attache est essentiellement « liée également à la renaissance de la langue hébraïque » ressuscitée par Ben Yehouda. Sur le plan religieux, « pour les Juifs traditionnels, Jérusalem reste, depuis le roi David, le centre politico-religieux de la nation. Symbole de l'exil, elle a été également symbole du retour, et ce n'est pas un hasard si le mouvement nationaliste juif s'est donné l'appellation « sioniste », du nom de l'une des collines de Jérusalem. Pour eux, le Mur occidental (Kotel maaravi en hébreu, plus connu en Occident comme le mur des Lamentations), au pied de l'esplanade du Temple, constitue le centre de l'unité entre le peuple juif, sa foi et son Dieu. Dans le judaïsme, aucun autre lieu géographique n'a connu cette dimension spirituelle, renforcée par deux mille ans d'exil, de rêves et de frustrations. Car il n'est pas de période où, du fait de l'occupant romain, chrétien ou musulman au pouvoir, des restrictions n'aient été imposées aux Juifs dans l'accès à leur lieu saint. C'était encore le cas, nous l'avons vu, au temps du mandat britannique. » Mais Jérusalem a aussi une signification pour les Juifs en Israël qu'ils soient religieux ou non. En effet il est un lieu chargé de souvenirs religieux mais aussi politiques. Car c'est à Jérusalem qu'est né la première souveraineté royale en Palestine et qu'il y a eu les premiers et deuxième temple. Par ailleurs le retour à au nationalisme a eu comme moteur Jérusalem, ce lieu était symbole de retour au passé glorieux religieux et politique. C'est pourquoi « Jérusalem est l'objet d'un indubitable consensus national car, pour l'écrasante majorité des Israéliens, la ville doit rester unie et sous souveraineté juive. » Ce qui fonde ce lieu unique entre les Juifs quels qu'ils soient, c'est qu'ils aient envie d'écrire une histoire commune ensemble, en un mot le sentiment qu'ils ont d'avoir eu un passé commun et qu'ils sont susceptibles de connaître le même destin. C'est en ce sens que pour Jean Daniel, « Un juif est au minimum un homme qui est solidaire des autres juifs. Cette solidarité, c'est une connivence compassionnelle avec un persécuté qui vous ressemble. Cette connivence conduit à s'interroger en commun sur le sens de la pérennité d'une persécution qui s'acharne sur un seul peuple comme s'il était choisi, pour souffrir comme s'il était Elu. D'où l'irruption soudaine du concept d'Election qui incite, la plupart du temps, à accepter l'intervention de la providence dans le geste d'un peuple. »
CHAPITRE II/LA JUDEITE DE LA DIASPORA A ISRAEL: CAS DES RUSSES ET DES MAROCAINS
Selon les propos de CHARBIT « Le discours de la rupture avec l'Exil, avec la dépendance politique et la condition minoritaire, l'affirmation d'une nation juive sont aujourd'hui admis comme légitimes. La diaspora peut difficilement se concevoir elle-même sans l'existence d'Israël. Sa dispersion serait, ainsi que l'écrivait Raymond Aron, une catastrophe, une tragédie dont elle ne pourrait se remettre. Certes, ce n'est pas tant le sionisme que l'Etat d'Israël qui devient une référence symbolique essentielle que ce soit pour approuver ou contester les décisions de ses gouvernements successifs (la signature des accords d'Oslo, ou, à 'opposé, la fondation de nouvelles implantations).
Inversement, à mesure qu'il s'intègre en diaspora, comme une composante incontournable de l'identité juive contemporaine, le sionisme semble être en Israël de plus en plus contesté. La tendance à la pureté absolue semble avoir contribué à jeter me discrédit sur une idéologie qui, à force de synthèses et de compromis parfois équivoques et boiteux, laisse insatisfaits les extrêmes. Les débats autour de la question théologico-politique en sont un exemple : le sionisme est inséparable de cette tentative de sécularisation partielle du judaïsme ; elle nationalise ce qui était jusque-là conçu et formulés en termes religieux. cette sécularisation , en prétendant traduire en un langage moderne , conforme à l'esprit du temps –celui de la politique et de la nation _quelques unes des aspirations inscrites dans le judaïsme , a été perçue , dès le départ , comme une trahison de la tradition »
La loi du retour est la loi qui manifeste ainsi plus ce lien entre cette diaspora qui vient grossir la démographie israélienne. » Pourtant est ce que les juifs sont réellement les bienvenus en Israël quand on sait que Ben Gourion avait une vision négative de la Diaspora pour lui, l'histoire juive en exil « est une béance énorme dans laquelle les Juifs se sont abîmés » ce à quoi il préconise le rassemblement en Palestine des Juifs pour y reconstituer une souveraineté juive pour se réconcilier avec le passé biblique. Il disait « le malheur juif, c'est que nous sommes tout à fait en dehors de tout pouvoir » mais également sans base territoriale. Gershom Scholem lui-même ne donne pas une réponse rassurante de la relation entre Israël et Peuple juif de la Diaspora par le véhicule du sionisme. En effet, il affirme que le sionisme ne fascine plus la diaspora.
Toutefois quelque soit les différends qu'il pourrait y avoir entre la Diaspora et Israël sur des sujets fâcheux notamment la judéité, il ne reste pas moins vrai qu'il y a un lien. C'est en ce sens que De Lange Nicolas explique que : « La renaissance d'Israël a modifié l'idée que les Juifs se font d'eux-mêmes. Et si, par ses prolongements politiques, elle a eu de fâcheuses répercussions pour les Juifs peuvent cependant compter désormais sur Israël, à la manière dont les Grecs d'outre-mer, par exemple, comptent sur la Grèce ou les Irlandais d'Amérique sur l'Irlande. L'existence d'un foyer national est un gros atout pour un peuple dispersé. Elle a une grande importance pour son développement culturel et pour la confiance qu'il peut avoir en lui-même. » Israël depuis sa création invite les diverses communautés au nom du sionisme à venir se joindre à l'avenir d'Israël. Mais du moment où comme nous l'évoquions, la politique d'immigration c'est-à-dire la détermination des candidats à l'immigration est susceptible de modifier le rapport des forces. Car en Israël une frange de la population est proche de la conception laïque de l'Etat tandis que l'autre de la conception théocratique de l'Etat. Ainsi donc « l'origine communautaire introduit une différence, tant dans la pratique que dans un certain nombre d'attitudes. Les personnes d'origine orientale (d'Asie et d'Afrique, connues sous le nom de séfarades) sont en général plus proches de la tradition religieuse, alors que les personnes d'origine occidentale (ashkénazes) en sont éloignées(...)Quant au comportement religieux, il est possible de conclure que la continuité, il est possible de conclure que la continuité entre les générations l'emporte sur le changement ; s'il y a changement, le mouvement est plus accentué vers une pratique moins forte que plus prononcée (...)Cependant, il semble qu'il y a un attrait pour une pratique religieuse accrue. Un tiers des personnes avouent qu'elles auraient voulu être « quelque peu plus » ou « beaucoup plus » pratiquantes, alors que 5% seulement déclarent qu'elles auraient voulu être « un peu moins » ou « beaucoup moins » observantes. »
Israël est donc un Etat pluriethnique dans la mesure où il intègre diverses communautés orientales, occidentales, de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique etc. Il y a des juifs « jaunes, rouges, noirs, blancs » métissés parlant plusieurs langues, il faut procéder à leur hébraicisation. - Israël occupe une image centrale dans le vécu des Juifs dans le monde. Ils y virent « l'aube d'une ère nouvelle, voire la concrétisation de l'espoir messianique ». Les Juifs reprennent espoir en fondant un Etat libre où ils vont pouvoir décider en toute autonomie de leur destin.
Nous avons choisi d'étudier deux communautés juives ou judaïsées celle de Russie et celle du Maroc. Cela nous permettra de comprendre le comportement de ces deux communautés face au judaïsme mais aussi de voir si elles ont développés en Diaspora un syncrétisme particulier né de l'interaction entre le judaïsme et l'européanisme.
Par ailleurs les communautés sont très représentatives par leur poids numérique mais aussi parce qu'elles représentent deux mentalités deux univers du monde juif variant entre laïcité et religiosité de l'Etat.
SECTION I/ LA JUDEITE DE LA RUSSIE A ISRAEL
A partir de 1772, pendant que l'émancipation des Juifs se peaufine à l'Ouest, à l'Est les Juifs sont « tenus responsables de leur misère en raison de leur fanatisme religieux et de l'exploitation économique qu'ils subissent ou sont censés subir au sein de leur propre communauté. Des mesures contradictoires sont prises, tendant soit à les ouvrir au monde russe, notamment par l'abolition du Kahal, l'administration locale, soit à les isoler pour se protéger de leur obscurantisme. » « Parmi ces mesures : colonisation agricole forcée ; restrictions quant à la résidence et aux occupations professionnelles ; localisation dans la zone de peuplement juive de tous ceux dont le métier ne représentait pas un intérêt particulier pour l'Empire ; périodes démesurées de conscription militaire ; interdiction de l'usage du yiddish ; restriction du système éducatif traditionnel, le heder ; forte taxe sur la viande casher, interdiction de porter un costume distinctif etc. » est une sape de l'autorité traditionnelle et une ségrégation.
PARAGRAPHE A/ LA JUDEITE EN RUSSIE
« La fin du XIX e siècle a marqué la naissance d'une culture ouvrière spécifiquement juive dans laquelle un grand nombre de membres de l'intelligentsia juive russe trouveront un ancrage social. L'adoption d'une orientation marxiste les conduira à devenir des intellectuels organiques du mouvement ouvrier juif »
A partir de 1840, l'Administration instaure un système d'écoles juives pour évincer le cursus traditionnel, afin de professer une éducation sur le modèle de la haskalah allemande. Ces manipulations ont été mises en place à fin rabaisser l'ethnie juive, quelques Juifs formés dans ces écoles d'Etat, ainsi que des Rabbins d'esprit occidental et tenants des idées de la Haskalah, se retrouvent cooptés par les réformateurs. »
Après 1855, Alexandre III , allègent les normes discriminatoires du Tsar Nicolas 1er son père, et permet aux Juifs une relative liberté. Se pose alors la question de l'extension des droits civils des Juifs. Après le pogrom d'Odessa de 1859 les Juifs ont en vain essayé un rapprochement entre Juifs et non Juifs par la création d'un Journal juif en langue russe.
Le crime perpétré à l'égard du Tsar Alexandre II, en 1881, provoqua les pogroms juifs entre 1881 et 1882 dans plus de 200 localités. Dès 1882, ils connurent des restrictions légales. Après une fausse d'accusation d'hégémonie politique juive dans le monde, les Juifs sont d'avantage perçus comme une secte étrangère susceptible de subversion. Ainsi « le mythe ainsi créé exagère de façon grotesque leur richesse et leur influence et on leur impute la responsabilité de toutes sortes d'événements, depuis la guerre des Boers jusqu'à la révolution bolchevique. » Comme réaction les Juifs de Russie répondront massivement au sionisme de Spinker et Herzl. Leo Pinsker publiait son Auto émancipation en réponse aux pogroms et Theodor Herzl écrit L'Etat juif (1896) après avoir fait l'expérience de l'antisémitisme français dans l'affaire Dreyfus. Les idées des deux hommes n'éveillent guère d'écho parmi les Juifs occidentaux mais, dans la Russie persécutée, elles suscitent un engouement favorable et se répandront à partir de là aux émigrés russes établis en Occident. Elles auront particulièrement gain de cause parmi certains socialistes russes qui verront dans l'Etat juif le moyen de créer une société égalitaire délivrée des contraintes religieuses, de l'exploitation économique et de l'antisémitisme. Herzl va utiliser les voix de 5 millions de Juifs de l'Est consignées dans une zone de résidence comprenant « la Lituanie, la Biélorussie, le royaume de Pologne, l'Ukraine et la Bessarabie » marginalisés par une centaines de « lois d'interdictions entre « limitations professionnelles et résidentielles, numerus clausus dans les universités, dissolutions des kahals (organes dirigeants des communautés), censures, expulsions régulières.. » et violences physiques pour peupler le futur Etat juif. Quant à la structure traditionnelle juive en Russie qui reposait sur le rabbinat et les grandes familles marchandes a périclité. En effet « La pression extérieure n'est pas seule à entamer la cohérence du judaïsme russe qui connaît aussi, dans le dernier quart du XIX e siècle, de profondes mutations internes. Jusqu'alors les communautés étaient dirigées, sur un mode traditionnel, par l'alliance du savoir et de l'argent forgée par les rabbins et par les notables, locaux (marchand, fournisseurs, régisseurs...) et nationaux ( les grandes familles Poliakov, Zak, Guenzburg de Saint-Peterzbourg . »
Le nationalisme juif avait plusieurs courants outre le sionisme et l'autonomisme national-culturel préconisé par Simon Doubnov de la même façon il y eut plusieurs types de modèles socialistes juifs s'exprimant entre une revendication d'une autonomie culturelle en diaspora et un territorialisme juif sur un modèle économique social et un territorialisme juif établi un modèle économique social également. « Si le sionisme a trouvé en Herzl son héraut, le sionisme-socialiste a trouvé en Nahman Syrkin son porte parole le plus convaicu. »
C'est ce pourquoi il faut compter sur la classe moyenne juive qui, « ayant eu accès, au moins partiellement, à l'éducation moderne et ayant bénéficié des idées politiques nouvelles, ont adopté un discours de rupture tant avec l'autocratie tsariste qu'avec un monde juif écrasé par une tradition figée. »
Il y avait par ailleurs, une zone assignée aux Juifs de Russie s'étendait d'Ouest en Est de Lodz, Cracovie, Gorlice aux environs de Kiev et Minsk, et du Nord au Sud des alentours de Riga aux villes d'Odessa et de Rostov.
Malgré l'attrait du sionisme, il existe des Juifs de l'Est donc réfractaires à ce mouvement. De Lange évoque ces dissensions en ces termes : « Les Juifs socialistes ne sont pas tous attirés par le sionisme. Le mouvement socialiste compte dans ses rangs dès le début des Juifs comme Moses Hess (1812-1875) ou Ferdinand Lassalle (1825-1864) qui voient dans la révolution sociale le moyen de résoudre la question juive considérée comme le produit de la société bourgeoise et de l'économie capitaliste. En Russie, après les premiers pogroms, les divers mouvements révolutionnaires voient venir à eux des adhérents juifs qui rêvent de refaire le monde et s'enflamment pour une idéologie après l'autre. Au début, l'obstacle de la langue gêne la diffusion de l'idéologie socialiste parmi les ouvriers juifs parlant le yiddish mais, en 1897, est fondé à Vilna un mouvement socialiste spécifiquement juif, le Bund (« Union générale des ouvriers juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie »). Son but est la défense des intérêts des travailleurs juifs et la lutte contre toutes les formes de discrimination antijuive, « car les travailleurs juifs ne souffrent pas seulement en tant que travailleurs, mais en tant que Juifs ».le mouvement trouve une large audience... »
En 1901 le Bund « adopte un point de vue franchement nationaliste et, quatre ans plus tard, se ralliant à l'idée d'une autonomie culturelle pour le judaïsme russe, il revendique la reconnaissance du yiddish comme langue officielle. Il s'ensuit une querelle idéologique triangulaire entre bundistes, sionistes et socialistes de stricte obédience. Aux yeux de ces derniers, les sionistes ne sont que des « nationalistes bourgeois » et les bundistes des « sionistes qui craignent le mal de mer », pour reprendre le mot de Lénine (qui d'ailleurs est très sensible aux malheurs des Juifs de Russie). »
La révolution de mars 1917 en Russie supprime toutes les restrictions de la législation antijuive. Les Juifs de toute tendance l'accueillent avec enthousiasme. » Cependant les bolchevicks ne réussiront pas éliminer les préjugés antijuifs, au contraire ils accentueront la persécution, pour des motifs idéologiques à l'encontre de la religion juive et des « contre-révolutionnaires » bundistes ou sionistes. Toutefois certains Juifs bénéficieront des conditions nouvelles et accèderont à de hautes fonctions au sein du parti communiste ou de l'Etat. »
Après la première guerre mondiale, « Dans toute l'Europe, le taux des naissances chez les Juifs est sensiblement inférieur à ce qu'il est au sein de la population dans son ensemble et, dans certains grands centres, le nombre des décès dépasse même celui des naissances. Les mariages contractés avec les non-Juifs représentent par endroits le tiers, voire plus de la moitié du total, et les enfants issus de ces mariages sont le plus souvent élevés en dehors de la tradition judaïque. Beaucoup de Juifs quittent leur communauté, soit en devenant chrétiens, soit en se déclarant « libres penseurs ». »
Dans cette Russie aux relents antisémites, la religion est dénigrée ( Les Juifs sont perçus comme une minorité nationale qui figure sur l'état civil. Mais en dehors de la présence administrative dans la réalité les juifs ont du mal à organiser leur vie communautaire. Il n'y a pas assez de rabbins pour une éducation traditionnelle. Il y a une interdiction de l'apprentissage traditionnel juif aux enfants. L'exercice du culte est permis mais trop de restrictions entravent son autonomie.
La plupart des russes sont dans des zones de résidence où on leur interdit d'apparaître comme juifs sans signe distinctifs. Ils ne sont plus perçus suivant la religion mais selon la nationalité. Contrairement à la dhimma qui restreint l'autonomie des juifs en terre islamique comme au Maroc, ce sont des mesures de vexations et des numérus clausus qui frappent les juifs de Russie.
En résumé, les pogroms entre 1881-1882, de 1903, l'échec de la révolution de 1905, vont causer deux vagues d'immigration de 1 500 000 de Juifs russes vers l'Europe et les Etats-Unis. Entre 1905 et 1914, 30000 bourgeois quittent la zone de résidence assignée aux Juifs et après la révolution de 1917 un demi million de Juifs désire s'en aller de la zone de résidence, fuyant la guerre civile. 35000 d'entre eux se retrouvent en Palestine, parmi lesquels de politiciens Lévi Eshkol, Golda Meïr, David Ben Gourion. Le sionisme devient illégal en URSS en 1923. Par ailleurs avec la rupture du sionisme qui devient illégal en URSS en 1923 et la rupture du sionisme en 1932. Entre 1967 et 1970, le rideau de fer permet de passer 5000 Juifs soviétiques. De 1968 à 1985, 165000 Juifs ont quitté l'URSS pour Israël. Les Juifs de l'ex-Union soviétique immigrés entre 1971 et 1996 constituent plus du tiers des immigrants arrivés en Israël et un sixième de l'ensemble des Israéliens. Les Juifs de l'ex-Union soviétiques représente la communauté la plus peuplée juive en Israël, après les Juifs du Maghreb et de Roumanie .
En Russie le lien avec la judaïsme ayant été rompu de facto, le Juif de Russie qui a une obsession de la culture, remplace sa religion avec laquelle il n'a plus de prise que par de vagues souvenirs, des générations antérieures. Par ailleurs la synagogue n'a plus la signification traditionnelle d'antan de centre communautaire. Ce n'est pas pour rien qu'on trouvait des Juifs qui se retrouvaient en tant que musiciens ou chanteurs dans des églises orthodoxes ou qui contractaient des mariages avec des non juifs. Sa situation de juif lui est rappelée par l'inscription à la nationalité et par l'antisémitisme et les pogroms. Quand il le peut et le désire il vit son judaïsme mais de manière cachée.
A partir de 1860, l'intelligentsia russe est définie à partir de la position occupée dans le circuit de production, les intelligents sont travailleurs intellectuels et non manuel. Elle constitue une tradition transmettant des représentations sociales, savoir théorique et pratiques, comportements, habitudes.
Annie Storper Perez définie l'intelligentsia « comme une catégorie sociale créatrice ou porteuse de biens culturels entre pouvoir et masse » pour elle « cette intelligentsia se caractérise par l'importance qu'elle accorde à ses messages, auxquels elle confère souvent une valeur quasi prophétique. »
Les intelligents de Russie ont évocation à éveiller la société, ils prenaient l'Occident comme modèle, et se servaient de l'art, la littérature, de la science pour éduquer la société.
Beaucoup d'auteurs estiment que l'intelligentsia occupe une place médiane entre le pouvoir et le peuple.
A partir du XX ème siècle à cause de l'importance dans les rangs de l'intelligentsia des juifs, ils lui seront associés dans l'imaginaire populaire en Russie. « Née au milieu du XIX e siècle, l'intelligentsia, sous sa forme première, a été un phénomène spécifiquement russe. Ce n'est en fait qu'au XX e siècle que les Juifs ont pu y occuper une place si importante qu'aux yeux du pouvoir, intelligents et Juifs sont souvent devenus synonymes. »
Privée de droits civiques, l'intelligentsia n'avait que l'art et la littérature pour exprimer ses positions. En effet, pour une catégorie si fréquemment privée de liberté civique, la littérature et l'art ont souvent été l'unique tribune à partir de laquelle elle pouvait s'exprimer .
Le nihilisme, mouvement révolutionnaire , constitué par des personnes rompant avec liens familiaux avait pour but de réduire l'hypocrisie dans les relations humaines. Il se battait également pour le droit aux études étendu sans distinctions de sexe tout en se fondant dans les masses populaires. Ces sympathisants adoptaient un style vestimentaire négligé pour marquer le primat de l'intellect sur le corps. Le courant nihiliste a foi en la science et l'intellectualisme pour lutter contre la pauvreté et l'ignorance. La plupart des nihilistes entre 1866-1867 grossirent le rang soit des révolutionnaires. Ce courant de pensée a donc influencé les bases l'intelligentsia
A partir de 1860-1870, apparaît une intelligentsia indépendante composée d'artistes, de poètes, d'écrivains, de peintres etc., qui en son sein distingue une intelligentsia technique constituée de juristes, ingénieurs, médecins, professeurs, agronomes, savants etc., caractérisé par un désir humanistes.
Dostoïevski accusera l'intelligentsia d'être embrigadée par le socialisme et le libéralisme, le socialisme, l'européanisme, le scientisme et l'éducation. Précurseur des accusateurs staliniens et post-staliniens de l'intelligentsia, il assimilera les intelligents à des « Hébreux juifs » ou encore libéraux progressistes.
De 1870 à 1890, une grande partie de l'intelligentsia cherchera à s'allier au peuple.
Après 1874, la population campagnarde acceptera mal l'ingérence dans son éducation des intelligents, qui décideront de s'illustrer désormais par le sacrifice individuel. Les Juifs de Russie baigne dans une Russie a double facettes. Quelles sont- elles ?
La Russie possède deux cultures , une occidentale, ne serait-ce que superficiellement dont se revendiquent parmi une partie d'une élite noble et bureaucrate, l'autre populaire, autochtone, traditionnelle, ancrée dans le passé russe. Dans l'organisation sociale l'on a d'un côté la noblesse et la bureaucratie, de l'autre la paysannerie, il manque une classe entre les deux. « L'intelligentsia va remplir ce vacuum en construisant un pont entre les forces de l'occident éclairé, le progrès, la science et les valeurs populaires russes. »
Pourtant « les oppositions qui, dès les années 1840, avaient commencé à diviser les intelligents en Occidentalistes prédisposés en principe à adopter les idées des mouvements occidentaux progressistes et slavophiles idéalisant le passé russe, vont se traduire à travers le marxisme, le menchevisme et le trotskysme, les seconds vers le socialisme populistes, dans une trajectoire allant du bannissement à la création de partis clandestins, au terrorisme, à l'action révolutionnaire professionnelle pour aboutir au bolchevisme et au stalinisme. » Dans les années 20, l'intelligentsia russe occupe une place de choix quant à la culture littéraire, artistique et spirituelle, cependant elle fait peur. C'est ainsi que pour Boukarine l'intelligentsia est dangereuse , alors que pour Lénine il faut l'utiliser pour combattre la bureaucratie.
La haute bureaucratie sous Staline, utilise malgré elle l'intelligentsia pour consolider ses privilèges et endoctriner les consciences.
A la fin des années 20, Staline s'attaque à l'intelligentsia technique qu'on rend responsable des échecs de la collectivisation « De 1928 à 1932, l'ancienne intelligentsia et l'intelligentsia révolutionnaire sont victimes d'une épuration féroce. Mais une nouvelle couche d'intellectuels, qui appartient essentiellement à la communauté juive, va prendre la relève. »
L'Etat cherche à réprimer les créateurs culturels qui n'ont plus comme recours que la clandestinité.
Les « Juifs et non-Juifs, créateurs de culture qui n'ont pas pu ou pas voulu devenir les porte-parole de la statocratie, se retrouvent dès lors unis par les mêmes intérêts, les mêmes aspirations. »
Depuis le XIX e siècle, l'intelligentsia pour le meilleur et pour le pire faisait partie d'une couche libérale qui ne recevait pas de salaire pour son travail. Désormais prolétarisés, ils forment une couche intermédiaire à la fois liée à la bureaucratie du parti et en même temps amenée à défendre ses propres intérêts qui passent avant tout par la libre expression. »
C'est ainsi que les jeunes Juifs de la seconde moitié du XIX e siècle, quand ils auront enfin la possibilité d'accéder à la culture occidentale, auront bien des difficultés à se faire accepter dans une Russie nationaliste.
La révolte des jeunes « exaltés par leur immersion dans un univers imprégné des valeurs de l'Occident, contre l'orthodoxie religieuse et l'obscurantisme du ghetto ne peut trouver à s'exprimer dans la glorification des valeurs paysannes de la campagne russe. »
Entre 1937 et 1939, l'Intelligentsia qui n'a d'autre recours que les publications clandestines, ou samizdat pour s'opposer et revendiquer librement, est pourfendue, et avec elle le grand nombre de Juifs qui y sont membres, au point qu'à partir de 1940. On assiste alors à la fois à un antisémitisme et un anti-intellectualisme.
Pour Michaël Löwy l'intelligentsia pouvait se comprendre avant 1870 comme une catégorie sociale s'opposant aux « instances économiques et aux superstructures idéologiques » et avaient des fonctions d'intellectuels marginaux dans les lettres et les arts. Il disait : « Marginalisé, sinon exclue, cette « catégorie sociale librement flottante » n'en est pas pour autant, pour reprendre l'image de Löwy, exemptée des lois de la gravitation qui conduisent ses membres à être attirés dans le cas de la Russie vers le peuple, paysan ou ouvrier »
Vivant en réclusion et avec des pensées marginales , les Juifs vont chercher à participer au courant révolutionnaire russe.
Bien que les intelligents juifs partagent pour « une grande part la vision du monde de l'intelligentsia russe et, comme elle, croient à l'influence des individus sur le cours de l'histoire, à l'autosacrifice, à la mise au défi des réalités objectives, à la possibilité de transformer la pensée en action et le rêve en réalité, beaucoup d'entre eux diffèrent de leurs homologues russes. »
Caractères.
« Autour des années 1880, l'intelligentsia juive russe a adopté le russe. Mais la petite phase assimilationniste est mise en faillite par les pogroms. L'intelligentsia juive retourne au yiddish qui devient le véhicule de la culture et de l'action révolutionnaire. En 1908, l'élite intellectuelle juive réunie en conférence à Czernowitz reconnaît le yiddish comme langue nationale à côté de l'hébreu, langue nationale du passé. »
Les élites juives de Russie sont partagées entre internationalisme socialiste et nationalisme juif, sous culture.
Les Juifs de Russie sont interdits de résidence dans des villages et vont dans les villes citadines.
Enzo Traverso notait que « La recomposition sociale du monde juif fut partie prenante du processus d'industrialisation de l'empire tsariste, amorcé par la réforme économique de 1861 (l'abolition du servage). A côté d'une bourgeoisie juive assimilée (de dimension restreinte et incomparable, en raison de son poids économique, à celle d'Europe centrale), se forme un prolétariat juif assez nombreux mais aussi très particulier, à la fois exclus de la grande industrie et ethniquement séparé du reste de la classe ouvrière russe ou polonaise. La division du travail coïncidait avec la division ethnique du prolétariat : les ouvriers juifs étaient concentrés dans certaines branches « juives » (la confection, la manufacture du tabac, la tannerie, etc.) et en petits ateliers. Une large couche de sous prolétariat se développe également. C'étaient les luftmenschen, occupés dans le colportage ou chômeurs, toute une foule de figures chagalliennes suspendues dans le vide qui constituaient presque un quart de la population active de la communauté en 1897. »
Après 1882 , les derniers juifs ruraux sont allés peupler les cités et les étudiants juifs sont frappés par des restrictions ou numerus clausus.
Suite aux faux espoirs dans l'assimilation, les intellectuels juifs russes iront rejoindre la classe ouvrière juive ou pour les plus russifiés lutter pour le cosmopolitisme révolutionnaire. Mais le nationalisme juif interpelle la majorité de ces intelligents juifs qu'ils partagent avec l'internationalisme prolétarien. « Le prolétariat juif était exclu de l'industrie mécanisée. »
Enzo Traverno classe en cinq groupes l'intelligentsia marxiste juif : « les bundistes, les sionistes, les Juifs assimilés de la social-démocratie russe, les Juifs assimilés de la social-démocratie russe, les Juifs assimilés « cosmopolites » sans racines, les dirigeants juifs de la social démocratie polonaise. Les trois dernières catégories correspondent, selon lui à la définition d'Isaac Deutscher (1969) qui parle de « Juifs non juifs » participant de la tradition juive en raison même de son dépassement. »
Les « Juifs non juifs vont tenir une grande place dans la révolution russe » Ils constitueront 37 % des militants politiques arrêtées « alors que les Juifs ne forment que 4% de la population de l'Empire Tsariste. »
Dès « 1901, au cours du quatrième congrès du Bund, les Juifs sont définis comme nationalistes dans le cadre d'une théorie reconnaissant un mouvement ouvrier son caractère multinational. »
Comme solutions « Les bundistes proposent la transformation de l'Empire russe multinational en une fédération de peuples ; le droit à l'autonomie nationale pour chacun de ces peuples indépendamment de leur territoire d'implantation ; l'attribution aux Juifs de statut de nation à part entière. » Par ailleurs, « pour les bundistes, le sionisme est une réaction bourgeoise à l'antisémitisme et un instrument de division de la classe ouvrière. »
Le sionisme s'est implanté avant le bundisme en Ukraine à Odessa centre des lumières juives, en langue russe, les intellectuels juifs avaient le choix entre s'assimiler et se sioniser. « Pour les sionistes russes comme pour Herzl, la normalisation de la nation juive passe par la colonisation d'un territoire, la construction d'une économie autonome et d'un Etat. »
Après la révolution de février 1917, le gouvernement provisoire annule « toute forme de discrimination ethnique, religieuse ou sociale. Les Juifs ne sont plus limités dans leur mobilité géographique et ont libre accès à tous les établissements d'enseignement. »
De 1915 à 1920, les Juifs sont victimes de répression. Dès 1918, l'Evsektia créé par le pouvoir comprenant des représentations locales juives se lance dans une laïcisation des communautés au détriment de la religion abolie de même que les écoles religieuses. « L'objectif est d'établir une identité laïque pour la collectivité juive. »
Dès 1919 les conseils communaux juifs sont dissous. Les Juifs finiront à partir de 1920 à rejoindre le pouvoir soviétique et à s'engager en nombre massif dans l'armée rouge et au communisme. Dans la révolution, l'intelligentsia juive naguère haïe dans l'ancien régime en élite actrice de premier plan dans l'élaboration du socialisme. « Les Juifs entrèrent massivement dans l'appareil d'Etat, dans les universités. »
« Dans les années 1920-écrit Kagarlitsky- s'était accumulé un certain potentiel culturel dans les familles juives qui s'étaient alors tournées à cent pour cent vers la culture russe. Les Juifs qui rejoignirent l'intelligentsia dans les années 1930 reprirent tous l'étendard des occidentalistes russes du XIX e siècle. Les Juifs seraient-ils restés dans l'ambiance de leur propre « culture nationale » pour refuser de s'assimiler que les dirigeants n'y eussent point vu de vraie raison de s'inquiéter. Or, dans une certaine mesure, ils vinrent plutôt renforcer l'aide de la plus progressiste de l'intelligentsia et de sa culture russes. »
Les Juifs se fonctionnarisent de plus en plus en Russie, ainsi « en 1927, dix ans après la révolution, ils constituaient 1.8% de la population juive globale de l'URSS mais représentaient 10.3% des fonctionnaires de l'Administration publique à Moscou, 22.6 % en Ukraine et 30 % en Biélorussie. »
« Reconnus comme minorité nationale, les Juifs d'URSS, dont en 1926 le Yiddish était la langue maternelle pour 70.4 % d'entre eux, voient leur culture encouragée. La littérature, le théâtre, les bibliothèques, les journaux, les maisons d'édition en yiddish en Biélorussie, 831 en Ukraine et un institut universitaire à Kiev, tandis que des auteurs en langue yiddish comme Sholem Aleichem ou Mendele Mocher Sforim trouvent place dans les manuels scolaires. Mais la Evsektia fait fermer les écoles et les publications hébraïques pour réprimer la religion et bâtir une nation juive moderne coupée de ses racines et son histoire. L'usage de l'hébreu est désormais interdit à tous les Juifs orthodoxes et sionistes compris. »
La langue yiddish perd son statut de langue nationale « avec le passage du shtetl à la prolétarisation urbaine. »
En 1930, la « Evsektia qui, en tout état de cause, n'était pas l'émanation de la communauté juive, est supprimée. Même si cet organisme a servi spécifiquement à miner la vie religieuse juive, sa dislocation entraîne avec elle la désagrégation de la vie laïque juive. En 1930, écoles, journaux et maisons d'éditions en Yiddish sont supprimés. » pourtant l'autonomisation de la communauté juive va échouer avec « l'expérience du Borobidjan-une région de Sibérie quasi désertique où le gouvernement soviétique encourage la population juive à s'installer sans l'avoir consultée au préalable et qui est déclarée en 1934 région autonome juive-échoue. C'est la fin de l'autonomie nationale juive en URSS. »
Entre 1936 et 1938 Staline procède à l'élimination des élites politiques et culturelles juives présumés sympathisants de Trotski et Staline. Ceux qui en réchappent sont assassinés par les Nazis. « Dès les années 30, avec la répression de l'ancienne intelligentsia et des intellectuels révolutionnaires, s'était formée une nouvelle couche d'intellectuels qui appartenaient essentiellement à des minorités nationales, surtout à la communauté juive. » Totalement confondus dans la répression du pouvoir à leur encontre, « désormais, tant par leur vision du monde que par les persécutions auxquelles ils sont soumis, les nouveaux intelligents, qu'ils soient juifs ou non, vont constituer une catégorie homogène, et le combat contre la nouvelle intelligentsia mêlera au plus étroit antisémitisme et anti-intellectualisme. »
Il y a une reprise après la guerre, la persécution et les mesures de répression contre les Juifs reprennent de plus belle jusqu'à ce que Staline, peu avant sa mort, élabore son projet de « solution finale » qui envisageait la déportation de tous les Juifs soviétiques vers les régions septentrionales du Kazakhstan. Mais, parmi les intellectuels, tous sont visés, bien que les Juifs représentent la majorité »
En 1949 , les économistes cosmopolites au Conseil académique de l'Institut d'économie qui sont en majorité Juifs sont menacés.
Entre 1949 et 1953, la culture sera hautement réprimée en Ex Union Soviétique. « Face à la bureaucratie, la seule solution de rechange au stalinisme était culturelle et morale et son vecteur était l'intelligentsia »
L'intelligentsia est encore embarquée dans une situation tragique : obligée de mener le combat pour les droits du peuple sans être comprise de ce peuple.
L'intelligentsia juive et russe occupe « la même position flottante dans le système de production, d'abord déclassés puis sans débouchés. Suspendus dans le vide d'une existence précaire, marginaux, leur absence d'ancrage les conduit au radicalisme et à la dissidence » cependant ils se séparent tout de même quant au projet national.
Comme au siècle précédent , les catégories politiques sont appréciées en termes uniquement culturels et portés par la tradition littéraire russes qui voie le monde suivant une vision manichéenne.
Les intelligents Juifs russes se considèrent comme « éclaireurs et acteurs de l'histoire. » et « progressivement, les valeurs culturelles commencent à se transformer en valeurs de consommation mais l'appartenance au monde de l'intelligentsia continue à être à la fois un mode de vie, une façon de se distinguer et une aventure quotidienne. »
Avec la Glasnot de Gorbatchev, où la presse se libéralise de même que l'expansion de la publication de livres s'effectue. « Comme après la révolution, l'intelligentsia qui a tellement contribué à l'avènement de la perestroïka ne se reconnaît pas et ne trouve plus sa place dans ce nouveau processus. Parmi eux, les intelligents juifs se sentent encore plus atteints dans leur être que les autres en raison de la montée des courants nationalistes antidémocratiques et antisémites et la création de clubs d'extrême droite comme Pamyat- mémoire – et Radine –Patrie. »
Soljenitsyne accuse l'intelligentsia de s'être mise en marge du nationalisme mais également par ces idées libérales et son cosmopolitisme, d'avoir mené l'empire russe au « totalitarisme et à la terreur. »
Beaucoup d'écrivains russes épousent le populisme, de même que le retour au terroir du village et à l'orthodoxie chrétienne. Nationalistes, réactionnaires et antisémites , fascistes etc., ils dénoncent le légalisme occidental auquel ils préfèrent la liberté populaire russe. « La lutte entre slavophiles et libéraux de gauche, souvent assimilés aux « cosmopolites juifs », est présentée comme celle du principe russe, qui peut être aussi communiste, avec le principe occidental. »
Le lien qui naguère « cimentait l'homogénéité d'une intelligentsia qui puisait sa créativité dans sa position interstitielle entre pouvoir et peuple est désormais ébranlé, voire anéanti. Dans cette intelligentsia de l'entre deux, les intelligents juifs avaient trouvé un nouveau lieu, une région liminale. Là, avec leurs homologues non juifs dont ils partageaient la foi en la mission rédemptrice de la culture, ils forment – pour reprendre un concept de Victor Turner –une communitas qui transcendait leurs différences. De cette appartenance non sans risques à cette communitas, ils tiraient leur fierté, leur plaisir, leur inspiration, leur consistance identitaire, leur légitimité. » Par ailleurs la similitude entre les intelligents dont « Leur passion de la clarification, leur possibilité de transcender les catégories, leur distance à l'égard des autres membres d'une société auxquels ils étaient pourtant reliés organiquement, les assimilaient de très près à la figure de l'étranger telle que la définit Georg Simmel (1908) : « Un élément du groupe lui-même, tout comme les pauvres et les différents ennemis de l'intérieur, un élément dont la position interne et l'appartenance incluent tout à la fois extériorité et confrontation » à l'intérieur de ce groupe plus que tout « Les Juifs, quant à eux, sont la figure paradigmatique de l'étranger. Ils participent d'un lieu où ils veulent construire leur vie en sachant qu'ils seront peut-être amenés à le quitter. Le Juif, l'ivri- le passeur-, écrit Freddy Raphaël, « fait éclater les mondes clos qui encouragent la reproduction du même et réintroduit la diversité. » L'atopie de cet être au monde juif le conduit à l'utopie mannheimienne, orientée vers des objets qui n'existent pas encore et, de ce fait, ayant partiellement un pouvoir destructeur de l'ordre actuel pouvant transformer une conjoncture historique en « une autre plus proche de ( ses) conceptions ». »
Considérés à la fois comme outsiders marginalisés, l'intelligentsia semi clandestine, traquée en qu'intelligentsia, en tant que Juifs ils sont peuple parie et subissent des restrictions conséquentes. Comme définition adéquate, « Assignés à la position de parias qu'ils peuvent aussi choisir d'assumer volontairement ainsi que l'analyse Hannah Arendt (1997) à propos des judéos-marxistes, les Juifs sont très nombreux dans le monde intellectuel. D'autant plus nombreux que l'accès à l'enseignement supérieur qui, en raison du numerus clausus, exige d'eux une excellence toute particulière, est pour eux la meilleure, la seule voie d'assimilation. Et, même si les lauriers universitaires ne sont pas suffisants pour transformer un être en intelligent, le flou de leur enracinement social et professionnel les conduit à rejoindre, perpétuer, élargir l'espace de liberté interstitielle qui sert de refuge à l'intelligentsia. »
En effet « Si, pour le pouvoir, l'intelligentsia est juive, pour une partie du judaïsme soviétique, être juif c'est être intelligent. Les membres les plus militants de l'intelligentsia étaient à la fin des années 60 rentrés en dissidence. Persécutés, exilés, ils perdent, dans les années 80, leur raison d'être avec la naissance d'une opposition parlementaire et la liberté d'association. Mais la plupart des intelligents, à partir des années 60, avec le processus de libéralisation hésitant mais néanmoins réel, passent de la clandestinité à la contre-culture. Dans le cocon de leurs célèbres cuisines, naissent les idées et les ½uvres qui, à travers samizdat et autres modalités d'auto-diffusion de bouche à oreille, avec une rapidité foudroyante, contribuaient à transformer les consciences. »
La glasnost et l'orientation culturelle de la perestroïka permettront la liberté de l'information, de la discussion celle pour laquelle l'intelligentsia avait tant lutté qui sera désormais officiellement reconnue. Ainsi donc « la singularité inconfortable mais passionnante du mode de vie et de l'effervescence culturelle de l'intelligentsia n'a plus lieu d'être. La communitas que constituaient les intelligents de naguère est dissoute. »
Comme événement affaiblissant la judéité russe, « l'intelligentsia en tant que telle disparaît, au moins provisoirement et, face à la nouvelle émergence d'un antisémitisme lié à la montée des nationalismes ,les intelligents juifs se retrouvent seuls et menacés. Beaucoup vont alors songer à émigrer. »
PARAGRAPHE B/ L'INTEGRATION DES JUIFS DE RUSSIE EN ISRAEL
Beaucoup de Juifs de Russie ont quitté le pays après s'être rendus compte d'une inutilité de leur présence dans la nouvelle structure sociale. Par ailleurs l'éclatement de l'union soviétique devait provoquer l'apparition de plusieurs nationalités et cultures avec lesquelles les Juifs n'étaient pas familiers. En effet les intelligents Juifs étaient des agents de la culture Russe. Ce sont tous ces événements auxquels il faut ajouter l'antisémitisme qui vont entraîner le départ précipité des Juifs en Russie à partir des années 90. Comme spécificité de cette culture russe exportée dans le monde et en Israël , Storper nous apprend au cours de ces entretiens que : « la culture russe ce n'est pas seulement la littérature, la musique ou la peinture, c'est aussi une manière de vivre. Pour en parler, pour comprendre ce que c'est que cet esprit russe, il faut parler de la littérature et de l'histoire des couches sociales et de l'influence de tout cela sur chaque couche sociale. »
Quant à l'acteur sur lequel s'articule la mise en scène, il faut dire que « le héros de la littérature russe est une personne vivante, qui vit ou qui a vécu, qui agit ou qui a agi parmi nous et cet héros devenait un symbole pour toute une génération. » Mais quel est le rôle de l'écrivain dans cette littérature donc ?la réponse est que chez les Russes « l'écrivain a toujours été un porte parole des masses, ce qui n'a jamais existé dans d'autres cultures. Et surtout à l'époque soviétique. L'homme soviétique savait lire non seulement ce qui était écrit, mais il savait qu'il fallait lire entre les lignes, chercher un sens caché sous-entendu, ce que font aujourd'hui les émigrants russes ou soviétiques dans le monde entier. »
Par ailleurs la différence de sens entre intelligents en Russie et en Israël n'est pas identique. Ainsi donc « Le mot intelligentsia n'est pas synonyme en Russie et en Israël. Par exemple, aux yeux du système, le fait qu'une personne ait un diplôme de l'enseignement supérieur la classait dans la catégorie des intelligents, mais tout de même nous savions bien que ce n'était pas suffisant pour former un intelligent. C'était très important surtout dans les familles juives. L'enfant n'était pas encore né que ses parents avaient déjà commencé « à construire » son avenir, à prévoir quelle profession on lui donnerait et dans quelle université il ferait ses études. »
Les juifs de Russie parlent plusieurs langues ils sont polyglottes , lisent beaucoup et se cultivent devant des émissions télévisées.
Pourtant au vu de la réponse de la définition des intelligents de Mordechaï karmon, journaliste à la radio israélienne et juif de Russie d'origine : « Qu'est-ce qu'on appelle intelligentsia ? Tous ceux qui ont étudié à l'université ou ceux qui sont écrivains ou ingénieurs. Pour moi, c'est une notion compliquée. Il se peut que même une personne ayant fait des études supérieures ne soit pas digne d'être appelée une personne intelligente. L'homme intelligent reste intelligent dans n'importe quel pays. » L'intelligent doit être créatif, productif, apprendre la langue du pays, actif l'intelligent se cultive incessamment. » Il y a problème , car les Juifs de Russie dont la plupart sont intelligents ne maîtrisent ps pour leur majorité l'hébreu , parce que ne produisant pas dans cette langue pour influencer la population israélienne, ils perdent alors une partie de leurs qualités d'intelligents.
Quant à l'enracinement des Juifs de Russie, il faut convenir qu'ils sont nostalgiques encore du passé. Ils sont partagés entre le passé et l'avenir. L'un d'eux disait : « Il est impossible de dire : hier j'étais russe et aujourd'hui je suis israélien et je me fiche de Tchaïkowski, mais cela se perdra un peu à la deuxième génération ou même dans une génération. Les enfants parleront russe, mais pas couramment, et ils ne le liront plus. Il est difficile et insensé de garder plusieurs générations durant la culture de Voronej (une région de Russie). Un de mes amis a écrit une chanson dont les paroles sont les suivantes : « Moi je garderai à jamais mon amour envers le bouleau russe, mais mon fils c'est le cyprès israélien qu'il aimera » mes deux enfants parlent à peine le russe, pour eux le cyprès israélien est plus cher à leur c½ur. »
L'historien Cheifiz , sans renier sa qualité de juif de Russie mais se considérant intelligent russe pour l'essentiel pense que les intelligents s'adonneraient à des réflexions ayant trait aux droits de l'homme, à l'Etat et à la littérature.
En Russie, les chansons véhiculaient des messages politiques et culturels, d'après Bialski Igor, au sein de la société, notamment celle d'Akudjava , ce qui expliquait leur censure. « Depuis longtemps, la littérature et la culture en général étaient politisées. La culture occupait en Russie une place qui était inconnue dans d'autres pays. « La pensée, notamment celle politique était réprimée. Tout ceci à contribuer à développer un langage codifié secret, donc une lecture au sens caché, en « langue d'ésope », qu'il fallait décoder . Les juifs abondent dans ce mouvement. Quant à la chanson d'auteur, il y avait 70 et 80 % de Juifs qui y étaient membres actifs.
Pour Guberman , les intelligents Juifs de Russie se plaignent peut être à cause de leur méconnaissance de l'hébreu, de la pauvreté culturelle et de l'étroitesse géographique d'Israël. Ils ont l'impression car privés de repères d'être « malheureux, dépossédés », car privé de structure, et de leur milieu. Il estime que les Russes ne peuvent apporter à la culture israélienne, que si on considère que leur culture en fait partie. Dina Rubina évoque elle aussi, la non reconnaissance des Russes par leurs pairs israéliens à cause de la faiblesse de leur hébreu, mais aussi la nostalgie de la vie en Russie.
Quant à la position des intellectuels juifs , elle change. En effet la plupart des intelligents critiquaient la politique du gouvernement secret et avaient un regard à l'extérieur. Or justement Israël tout en étant moderne à cause de sa situation conflictuelle avec ses voisins arabes vit comme certains pourraient le penser en état de siège donc isolé. Par ailleurs Israël est une démocratie peu isolé et un Etat pour Juifs. Donc les intelligents n'ont pas à lutter contre un gouvernement qui opprime, par ailleurs ils ne sont pas une minorité en tant que juifs mais plutôt en tant qu'agent russes. L'intelligentsia se donnait pour mission de désigner les coupables d'une politique. En Israël la Knesset et les syndicats les partis politiques comme le citoyen, les chaînes de télé le peuvent.
Chez les intellectuels ont le sens du sacrifice et ambitionnent la création et la religion n'a pas de place dans l'attitude de cette intelligentsia mais une force intérieure. Or en Israël le fait religieux se manifeste.
Les intellectuels se départissent de la religion, car le judaïsme n'offrait pas de liberté de choix, optent pour un libre choix et non une attente divine (messianique).
Les intelligents juifs de Russie , qui se retrouvent partout inutiles y compris en Israël ils perdent leur statut social d'antan et de reconnaissance d'autrui.
Dinah qui sans être pratiquante observe certaines règles du judaïsme, même si le judaïsme n'a pas animé sa vie. Pourtant ses enfants se sont adaptés à une vie dans les institutions, la religion, l'armée. Quant à elle, elle fait partie des rares russes intégrés professionnellement en Israël, en faisant partie de l'Union des écrivains d'Israël. Cependant la vie en Russie lui semblait plus familière. Elle évoque la difficulté d'engager une vraie discussion avec les Israéliens de souche à cause du peu de connaissance de l'hébreu et reconnaît qu'elle recherche la compagnie de l'intelligentsia russophone. Les intelligents russes s'adressent encore au public russe même s'ils espèrent être publiés en hébreu.
Sur le plan de l'intégration sociale, l'immigration en Israël a désintégré des familles. La nostalgie russe est encore présente même dans la génération suivante, celle des enfants, même si ceux-ci s'intègrent harmonieusement.
Les intelligents en Russie ne sont pas adaptés au processus de bouleversement de la société axée sur le capital, le business, ils ne savent pas travailler dans ce sens. L'intelligentsia vivait de façon autonome sa vie intellectuelle et s'est beaucoup appuyé sur les samizdat ou productions clandestines contrairement en Israël, Etat transparent.
En Russie pour l'intelligentsia, l'occupation professionnelle et le statut social n'ont aucun lien alors que en Israël , ces deux notions sont liées. Un intelligent juif en Russie pourrait occuper une basse fonction tout en ayant une valeur reconnue, bon statut social en Israël le statut de ces intelligents a chuté. -certains intelligents juifs de Russie comme Michaël Kazakov sont obligés de se corrompre politiquement pour survivre en Israël malheureusement.
Si l'establishment israélien était inspiré fortement de la culture russe, l'Etat d'Israël aujourd'hui marque une grande réticence à l'encontre de l'intelligentsia russe. Car selon Dinah le gouvernement pense que les Russes sont en retard sur l'Occident alors qu'elle estime que Israël est une pâle imitation de la culture américaine.
Au niveau des libertés des m½urs ou des permission, la société israélienne par exemple, semble moins inhibée celle de Russie sexuellement. le sexe, l'érotisme sont prégnants dans la société en Israël où le libertinage sexuel, la la filmographie en Israël. Au niveau de l'hygiène des Russes sont moins propres que les Israéliens corporellement que les Israéliens qui prennent par ailleurs sportivement soin de son corps. Si l'atmosphère sexuelle est assez pudibonde en Russie, en Israël le sexe est démystifié, il n'est plus un tabou. Sur ce plan les femmes sont plus sûres d'elles en Israël et les hommes plus entreprenants L'homme n'est pas le chef de famille en Israël.
Sur le plan de l'ouverture culturelle, il y aurait vraisemblablement un manque de culture en Israël pour Marina. La conversion religieuse brutale est mal acceptée par les russes et même que la forte politisation de la société israélienne au détriment de la liberté ses critiques.
Israël est trop exigu pour les Russes par rapport à la grande Russie vaste où l'on peut se déplacer. Les Juifs de Russie pensent également que la culture israélienne est pauvre trop politisée.
Quant au langage à cause des dénonciations politiques et des incarcération arbitraires, les Juifs de Russie ont appris comme tout le monde a entretenir le culte du secret. Cela se traduit dans le langage qui peut avoir un double sens ou un sens caché. Ce n'est pas le cas pour l'israélien sabras dont le dugri exprime plus la franchise au silence. C'est en ce sens que l'Israélien trouvera le russe faux et hypocrite ou sournois alors que ce dernier pensera de lui qu'il est trop familier voir grossier. Le Russe expliquera qu'il voudra mettre la distance polie et entend également à ce qu'on respecte son intimité alors que l'Israélien le prendra pour de l'artificialité. Ce même israélien accordera foi à la franchise et à des propos directs non dissimulés.
Sur le plan vestimentaire les femmes s'habillent avec plus de classe en Russie mais en revanche celles d'Israël sont plus décontractées et sûre d'elles.
Pour le Juif de Russie, sa religion c'est la culture des livres, et le culte qu'il voue à la création intellectuelle. Le yiddish n'a plus de signification également pour lui après sa disparition orchestrée par les actions de l'Etat. Pour l'hébreu c'est encore plus inquiétant car le lien est quasiment oublié. Les campagnes non plus ne veulent pas ou plus de lui, il est obligé de vivre dans les villes. Par ailleurs pour y habiter il faut qu'il fasse montre de ses qualités pour y être accepté.
L'intelligent Juif se comporte comme un agent de culture russe dont il connaît parfaitement les valeurs et la langue. La littérature juive de Russie ou russe se singularise par son sens de la tragédie et de la sublimation des héros contrairement çà celle d'Israël qui est trop pragmatique et axée sur la politique.
Les Juifs de Russie ont appris a entretenir le culte du secret. Cela se traduit dans le langage qui peut avoir un double sens ou un sens caché. Ce n'est pas le cas pour l'israélien sabras dont le dugri exprime plus la franchise au silence. C'est en ce sens que l'Israélien trouvera le russe faux et hypocrite ou sournois alors que ce dernier pensera de lui qu'il est trop familier voir grossier. Le Russe expliquera qu'il voudra mettre la distance polie et entend également à ce qu'on respecte son intimité alors que l'Israélien le prendra pour de l'artificialité. Ce même israélien accordera foi à la franchise et à des propos directs non dissimulés.
Par ailleurs il y a une égalisation de la société où toutes les femmes font le ménage, elle qui est habitué à être maîtresse de maison.
Quant au l'organisation du travail, qu'il y a plus de professionnalité en Russie qu'en Israël où on travaille sans chaleur humaine quoique qu'équipés de façon moderne.
Par ailleurs à cause du manque de moyens l'intelligent juif de Russie en Israel est parfois obligé d'avoir des voisins dans des quartiers des plus pauvres où souvent se retrouvent des Juifs orientaux ou maghrébins avec lesquels il pense ne rien n'avoir de solidement commun. Il trouve que ces juifs sont exubérants et trop familiers et moins policés qu'eux dans leurs comportements.
L'intelligent juif de Russie perpétue et reproduit la communauté russe en Israël en essayant de reconstruire avec ses pairs, son monde et ses codes.
Par ailleurs la structure familiale chez le Russe est une cellule nucléaire composée des parents et de l'enfant, alors que chez le Marocain la famille s'étend depuis l'enfant aux oncles, cousins en passant par les grands parents. Par ailleurs les parents vivent dans le même foyer. En Israël la Babouska , la grand-mère est en charge de l'initiation de l'enfant souvent unique ce qui n'est pas le cas en Israël où les valeurs de la grand-mère sont en conflit avec celles des parents.
Par ailleurs Narspy Zilberg a révélé comment les immigrants juifs de Russie entre 1989 et 1992, ont utilisé comme moyen de protection et instance sociale l'humour ethnique destiné à renforcer le reflet qu'ils avaient d'eux-mêmes, afin de mieux vivre leur marginalité.
En matière de politique, si en Israël ont plus pour des solutions de conflits du fait de points de vue forts divers, et que les Marocains s'ils tiennent à la composante religieuse (donc votent la droite de ovadia Yossef sous le Shass), les Russes dont la plupart sont laïques sont pour des solutions de force. Ils sont venus chercher un occident en Israël et ils trouvent une société avec des éléments d'orientalité qu'ils supportent mal. Ils ne sont donc pas pour des consensus en majorité avec les Arabes.
Ils ont ainsi votés dans les années 90 pour Netanyahou en tant que candidat premier ministre et pour les législatives pour les travaillistes. Si dans les plus grands postes ont été accordés à l'armée notamment à des Ashkénazes et que Israël s'est appuyé sur les valeurs des Russes pour construire l'Etat.
Cependant il nous semble au vu de l'analyse des enquêtes de Danielle Storper Perez que l'Etat ne considère plus la nouvelle alyah russe avec le même regard positif. Les juifs de Russie ont eu trois attitudes en somme, soit une israélisation donc assimilation à Israël, ce qui fut le cas en 1970, soit un repli culturel une sorte de guetto volontaire et retranché, ou enfin une synthèse des deux cultures passant par une adaptation des Russes à leur nouvel univers. Des associations culturelles ont été créées en ce sens comme : La bibliothèque du forum sioniste, le centre culturel pour les Juifs russes et le landsmanschaft de St Pétersbourg . Les Russes ont créé des institutions pour se soutenir, se rencontrer. Ils ont leur théâtre, leur presse etc
SECTION II/ LA JUDEITE DU MAROC A ISRAËL
Comme le disait Marchal Hervé : « la religion, aussi revêt un statut particulier étant donné qu'elle recouvre l'ensemble de ce qui compose l'existence d'une vision globale du monde. Elle confère ainsi un sens collectif à des membres appartenant à une même communauté. » Par cette vision on peut comprendre effectivement que les séfarades constituent « une société dans laquelle les valeurs communes traditionnelles sont fortes, même si elles peuvent s'exprimer sous des formes différentes. ».
Ainsi dans le cadre du Maghreb, les Marocains ont vécu suivant le mode de la dhimma dans un environnement musulman donc religieux. L'islam institue un Etat théocratique où la religion est au centre de tout. Elle s'immisce de plein droit dans les relations diverses entre les hommes à tous les niveaux.
Donc de la même façon que le judaïsme français a été influencé par la démocratie républicaine, le judaïsme marocain a également subi des influences culturelles. Par contre au niveau religieux, le judaïsme s'est préservé dans son essence au Maroc, car ce qui fondait le droit des Juifs à la spécificité autonomique c'était leur religion tolérée par l'Islam. Donc on peut comprendre que les Juifs au Maroc aient été encouragé dans le cadre de l'autonomie et même incité à rester religieux.
PARAGRAPHE A/ LA JUDEITE AU MAROC
Les Juifs marocains vivent depuis deux millénaires au Maghreb, où ils étaient pendant longtemps soumis à la dhimma statut minoritaire de protégés des autorités souveraines musulmane. Entre tolérance et violence, ils se sont adaptés tant bien que mal à cet espace dont ils partagent la langue arabe tout en gardant leurs rites. Cependant les transformations apportées par l'arrivée des juifs sépharades d'Espagne, le protectorat français, la guerre, et l'indépendance du Maroc vont entraîner une modification dans leur rapport avec les arabes, laquelle sera à cheval entre leur lien natal et celui du salut de la terre ancestrale que proposait le sionisme.
Les Juifs marocains se répartissent en sphère berbérophone et arabophone au Maroc, s'il y a eu des juifs de cour qui bénéficiaient des avantages des sultans et califes et autres chefs, la majorité vivait relativement misérablement ou modestement dans les mellahs et plus tard dans les villes ou villages à l'époque contemporaine .les Juifs autochtones vont recevoir une immigration des Juifs d'Espagne après l'expulsion de ces derniers plus riches et occidentalisés.
Si vers le 18 ème siècle ils vont finir par s'homogénéiser, il n'en reste pas moins des disparités quant à certains rites de judaïsme amalgamé. Par ailleurs les juifs au Maroc, parlent arabe, judéo arabe, akitia, berbère, espagnol, et plus tard espagnol et même anglais etc. Ils constituent une société de classes diverses parmi les plus modestes aux plus riches même si le gros de la population demeure dans les mellahs ou quartiers juif .L'alliance israélite avec son éducation va permettre aux juifs de mieux se hisser socialement à l'époque du protectorat pour occuper des postes d'intermédiaires avec l'Occident .Ceci va conduire certains juifs à s'exiler à la recherche d'un mieux être.
Si les Juifs se sont intégrés au Maroc depuis deux mille ans, et ont adoptés l'imagerie populaire de la population arabe et berbère, il n'en reste pas moins qu'ils sont tolérés et vivent en reclus et que parfois ils subissent des rezzous ou pillages quand il y a des crises entre la souveraineté et le peuple, c'est-à-dire qu'ils demeurent boucs émissaires. Ils se distinguent par les tenues qu'on leur a obligées à porter bleu et blanc et ils se déplacent avec des ânes et vivent dans des mellahs aux différences des musulmans vivant en médina. Ils ont conservé les rites de leur ancêtre, mêlés de magies, de superstition et de kabbale etc.
Leur sort va s'améliorer avec le protectorat européen notamment français où ils auront un statut de citoyen intermédiaire, après l'indépendance ils seront partagés entre le nationalisme marocain et celui de partir en Europe ou Amérique et plus tard en Israël avec le sionisme.
En effet ils étaient parfois pris à parti par la population musulmane les jugeant en traîtres car trop près des Européens selon eux. Leur immigration en Israël va les orienter vers les travaux champêtres et l'armée où ils vivront une situation peu reluisante pour la majorité car ils s'attendaient à un meilleur sort dans des métiers d'antan. Mais malheureusement ils n'étaient pas adaptés aux rouages que proposait la majorité ashkénaze des élites .Les plus jeunes marocains seront rejoints par les plus vieux dans ce retour en Israël. Les Juifs marocains sont très attachés à la foi ancestrale contrairement à leurs frères européens et se désolent de la grande masse des laïcs.
Les Juifs marocains étaient attachés à leur sol natal.Comme l'explique Doris Bensimon, Armand Lévy insiste dans son livre « Il était une fois les Juifs marocains » sur l'intervention personnelle du sultan Mohammed Ben Youssef pour protéger ses sujets juifs. Malgré l'émigration marocaine vers l'Occident et Israël notamment, les Juifs originaires de cette région du Magrehb entretiennent encore une certaine relation avec le Maroc. Par ailleurs le roi hassan II s'est impliqué personnellement dans la résolution du conflit israélo-arabe au Proche et Moyen Orient. Ainsi donc au Maroc les Juifs et Arabes se sont cotoyés dans un univers de mi guerre, mi paix.
« Armand LEVY insiste sur la protection que le sultan Mohammed Ben Youssef, qui deviendra le roi Mohammed V, a accordée aux juifs se sont engagés dans la lutte pour l'indépendance du Maroc et dans les efforts de développement de ce jeune Etat, même si, en majorité, ils ont choisi le départ pour Israël, la France, le Canada ou l'Espagne. Mais l'émigration n'a pas entraîné la rupture définitive : parmi les pays arabes, le Maroc est le seul qui abrite encore une communauté juive active et vivante. Et l'on connaît le rôle joué par le roi Hassan II dans le processus de paix au Proche-Orient. Au Maroc, dans le passé lointain et récent qui n'était « ni enfer, ni paradis », des Arabes et des Juifs ont coexisté dans la rencontre et un certain respect de leurs cultures. Cette coexistence ouvre l'espoir d'un avenir de paix qui ne pourra se réaliser que dans une mutuelle reconnaissance. »
Les Juifs par le passé ont vécu suivant la dhimma dans les mellah ou quartiers Juifs. Intelligemment avec leurs voisins arabes ils exerçaient leurs diverses activités commerciales ou artisanales en toute autonomie communautaire et religieuse. Ils pouvaient donc rencontrer sans heurts les Arabes sans être obligés de s'enfermer comme les Juifs des ghettos de l'Europe centrale et de l'Est. En effet le Coran donnait une place d'infériorité aux Juifs car jugés imparfaits, car non musumans. Cependant malgré quelques persécutions arabo-musulmanes à leur endroit, la tolérance oriente les relations entre musulmans et juifs en cas d'absence de subversion politique. En effet comme l'explique Sibony« en fait, la tolérance était réelle tant que le souverain arabe était heureux ou raisonnable, et que l'idée d'un Etat juif n'était qu'un v½u, une prière, un fantasme. Mais du jour où ce retour des Juifs à Sion fut pris en charge par un mouvement, le « sionisme », moderne et efficace, chaque fois qu'il marquait des points, les Juifs des pays arabes en recevaient le violent contre coup. » Malgré ces violences épisodiques et la pauvreté de leurs quartiers, la solidarité entre démunis et unis était respectée.« Il était exact également que la pauvreté existait dans les mellahs des grandes villes comme ceux des villages berbères mais la comparaison avec la situation des juifs marocains vivant en Israël s'arrêtait là, car il existait au Maroc une solidarité entre riches et pauvres qui se traduisait par l'existence de nombreux centres de dispensaires et d'assistance, comme des ½uvres de bienfaisance chargés de porter secours aux malheureux »
Selon l'histoire originelle , les Juifs d'Afrique du nord seraient installé au Maghreb au temps du roi Salomon avant l'ère chrétienne et l'invasion musulmane. « Les juifs venus d'Espagne avaient coutume de traiter les Judéo-arabes, originaires du Maghreb (ou Toshabim), de forastéros (étrangers) en donnant au mot espagnol le sens méprisant de celui qui n'est pas des nôtres, ainsi que le rapporte Carlos de Nesry (Le juif de Tangeret le Maroc, page 108). »
« La seule constante du Maghreb depuis l'aube de son histoire est constituée par la présence ininterrompue des juifs. Seul parmi toutes les entités humaines présentes au Maghreb, le juif a connu, sans perdre son identité, la longue série d'empires qui ont gouverné ces terres, depuis une période précédant l'ère chrétienne jusqu'à nos jours, souligne André Chouraqui qui donne à ce constat historique un caractère exceptionnel. Il est troublant de constater que les juifs, près de deux milles ans après avoir quitté la terre de Palestine, ont regagné pour le plus grand nombre d'entre eux la terre d'Israël, après l'indépendance du Maroc et le départ des Français. N'est-ce pas là l'expression d'une volonté divine d'un retour messianique ? Certains le croient. » Les juifs marocains ont doncvécu dans une atmosphère syncrétique car « soucieux de préserver leur identité juive ancestrale, ils ont maintenu leur tradition, mais, dans le même temps, ils se sont enrichis d'une culture et d'une langue qu'ils ont partagées avec les Arabes au cours de siècles de vie commune. » Les Arabes et les juifs se sont influencés réciproquement par leur culture. Certains Juifs qui avaient le sens des affaires et l'art de la négociation avaient su s'attirer les faveurs des Sultans au XVI ème qui les nommait ambassadeurs. Cest cette proximité entre Arabes et Juifs au Magrehb au niveau civilisationnelle .C'est ainsi que « Abraham Serfaty part de la même idée et applique au terme de « Juif-Arabe » le sens d'une mise en commun d'une certaine conception de la vie et d'une culture enracinées toutes les deux dans un passé séculaire « dans ces terres de l'Atlas, du Yémen ou de l'Irak que nos pères ont contribué à façonner avec les musulmans qui ont habité ce pays ». Ce constat l'amène à une conclusion totalement différente de celle d'Albert Memmi, qui consiste à penser que les juifs marocains en tant que Juifs Arabe vivant en Israël subissent la même oppression que les Palestiniens, auxquels ils devraient s'unir dans un même combat contre l'idéologie sioniste. C'est pourquoi malgré les influences des populations phéniciennes, berbères, romaines et des Goths les Juifs vont conserver précieusement leur héritage ancestral de même que leur culte grâce à l'observance religieuse de la Torah sous obédience des Rabbins et du Nassi ou patriarche et chef spirituel . C'est à partir du VII ème siècle après la défaite de la grande reine berbère la Dahena, que la souveraineté du Maghreb passât aux mains des Arabes musulmans .
Les Juifs sépharades d'Espagne après 1492, suite au décret d'expulsion des rois catholiques Ferdinand et Isabelle, ont trouvé pour certains, refuge au Maroc et au Maghreb . La présence juive était antéislamique en Espagne mais sous la présence arabe et musulmane leur vie fut plus prospère et paisible. Ils exercèrent des fonctions d'intermédiaires entre chrétiens et musulmans. Les Juifs ont connu beaucoup de philosophes, médecin et savants en leur sein dont le plus brillant fut Maïmonide (1135-1204) qui s'illustra à la cour du Sultan Saladin comme médecin de renom. Les Juifs expulsés les megorashim iront vivre aux côtés des toshabim. Si entre expulsés et autochtones bien des choses les distinguent quant aux rites , l'origine, la langue, les m½urs, les traditions etc. ils apprendront enfin à vivre ensemble. Quant aux marranes ou conversos les autochtones ne voyaient pas d'un bon ½il leur accueil dans la communauté juive. En effet « fallait-il admettre au sein de la communauté juive regroupée ces personnes converties qui avaient abjuré la loi de Moïse et qui se considéraient toujours comme des juifs ? Si oui, ne devrait-on pas restreindre leurs droits et leur refuser notamment de remplir des fonctions publiques au sein de la communauté comme n'importe quel autre juif ? » Par ailleurs parmi les nouveaux arrivants certains prétendaient avoir des parents natifs du Maroc et en tant que tels se considéraient autochtones » que cela soit pour les règles de casherout ou de la détermination des horaires de prières ou du shabbat. Par exemple la célébration du mariage se passe dans la famille paternelle de la mariée chez les Juifs d'Espagne alors que chez les autochtones elle s'effectue chez le marié. Malgré les divergences entre nouveaux arrivants et autochtones juifs, les premiers finirent par s'imposer sur le plan économique et sur la science rabbinique. Ainsi malgré quelques divergences, cependant le fait d'être héritiers d'une tradition biblique commune les a uni.
Si les autochtones comme les nouveaux arrivants avaient en commun la Tora, il y avait toutefois des différences. Par exemple si les Juifs venus d'Espagne apportèrent la Cabbale mais la concertation entre les sages des deux communautés était la règle. S'il n'y avait pas d'accord le statu quo permettait aux deux communautés de s'en remettre à leurs règles coutumières. « Désireux d'évoluer lui-même, de prendre en considération les exigences du milieu marocain comme d'intégrer l'½uvre de codification des jurisprudences antérieures dans le Shulhan Arouk, le droit castillan finit par s'imposer progressivement dès le XVIII ème siècle à une partie de la communauté pour s'étendre des juifs du Maroc. » L'apport des Juifs d'Espagne a donc été déterminant dans l'enrichissement de la communauté juive du Maroc. La plupart des juifs séfarades étaient tanneurs, joailliers, confectionneurs, tisserands, couturiers, prêteurs, boutiquiers. Les plus audacieux s'enrichiront dans le milieu des affaires au point de former une caste bourgeoise de riches négociants dans des villes telles que Tanger, Mazagan, Safi.
Les Juifs d'Espagne transmettront à leurs descendants installés au Maroc leurs coutumes et m½urs de même que leur langue comme la Hakitia langue de tradition orale et le ladino. Ainsi que l'art culinaire hispano-arabe .
Si les Juifs étaient tolérés comme dhimmis, statut de protection accordé aux gens du Livre, ils devaient s'astreindre à certaines restrictions ou observances telles que :
- se différencier des musulmans quant aux costumes, l'apparence, la monture
-ne pas construire de maisons jouxtant celles des Arabes
-ne pas posséder d'armes, d'esclaves et livres religieux musulmans
-ne pas prendre d'épouse musulmane ni professer contre l'islam etc.
Si les juifs peuvent subir à tout moment des violences des musulmans et sont soumis à la dhimma , en règle générale dans la pratique ils ont plus de libertés , ils sont protégés par le souverain, les gouverneurs et cadis. Par ailleurs leur communauté est habilitée à s'autogérer dans tous les domaines quant à la police, les charges publiques, l'exercice du culte etc. Les juifs peuvent légiférer sur le plan fiscal, manifester librement leur judaïsme et détenir un titre de propriété.
Les juifs portaient des djellaba de couleur noire tandis que les musulmans ceux de couleur blanche et les premiers allaient sur des dos de mulet quand les derniers montaient à cheval. Cependant dans la réalité certains Juifs d'un certain statut ayant un droit de visite à la cour n'étaient pas frappés par ces mesures dans les faits.
Sur le plan juridique, les Juifs du Maroc obéissaient aux tribunaux rabbiniques et malgré la distance entre les villes et villages juifs à travers le Maroc, il y avait des échanges entre rabbins, sages et juges de ces communautés , ainsi donc « la référence à des règles communes d'interprétation a permis de maintenir une certaine une certaine cohérence dans la réglementation du droit des personnes comme dans celle des biens » et « la réunion des taqqanot (ordonnances) et des responsa (arrêts juridiques des rabbins et des sages) a constitué la pensée juridique des juifs du Maroc. »
L'élite dirigeante se recrutait à base de la détention du savoir et elle seule pouvait diriger et administrer la vie communautaire des Juifs du Maroc. Il y avait ainsi les rabbins ou hazanim, les sages ou hakhamim et les juges ou dayanim « les uns et les autres détiennent le pouvoir de décision en matière doctrinale et juridictionnelle. Ils sont les gardiens de la règle écrite comme de la coutume. »
Les élites ainsi ont une formation religieuse au sein des yeshivot et une partie d'elles proviennent de la classe des négociants ou propriétaires. Le chef de la communauté est le Naguid qui assure la police des biens et des personnes. Il est chargé du prélèvement des impôts dont une partie est versée à l'administration musulmane. Si le chef de la communauté juive détient des prérogatives en cas de répression il est souvent le premier à en subir le courroux.
Il existe sur le plan pyramidal supérieur , le conseil des communautés formé par des religieux et notables Juifs qui veille à l'harmonisation du droit rabbinique entre les différentes communautés éparpillées dans tout le pays, qui une fois promulgué à force de loi. Le non respect de celui-ci entraîne l'expulsion de la communauté juive ou herem redouté par les éventuels contrevenants.
Les tribunaux juifs légifèrent tant au niveau du statut personnel, privé que dans les affaires publiques même si il est vrai que parfois on relève l'intervention d'autorités musulmanes pour protégé une de leurs connaissances juives par endroits. Il peut arriver enfin que des juifs en réfèrent aux juridictions musulmanes pour obtenir gain de cause.
Les Juifs vivent dans les mellah (provenant de melh signifiant sel en arabe) au Maroc, qui sont des sortes de quartiers ghettos au sein d'une ville entre quatre murs. Une ségrégation était instituée dans le but de protéger les Juifs mais aussi de les séparer des musulmans. A l'intérieur de ces quartiers les Juifs vivaient en toute autonomie. Avec l'agrandissement des quartiers musulmans ou médina, il y eut des empiètements dans la surface occupée par des médinas, certains juifs voyant leurs affaires fleurirent choisir de se convertir à l'Islam plutôt que de quitter les lieux. Cependant dans les siècles qui suivirent certains Juifs quittèrent d'anciens mellah pour de tout nouveaux ou allient habiter dans des quartiers hétérogènes où l'on pouvait trouver différentes nationalités européennes. Cependant malgré cette migration les Juifs gardaient en majorité leurs rites religieux.
Les mellah des villes comportaient toutes sortes de petits commerces ou activités artisanales nécessitant aux habitants tant juifs que musulmans ou autres et en leur sein la synagogue occupait une place centrale, lieu social de prières et d'échanges communautaires.
Dans la communauté berbère , le Juif est colporteur soukier et achemine des produits comme intermédiaire .
« Le blédard juif montagnard est un homme de taille haute, les épaules larges, les yeux brillants et enfoncés, souvent de couleur bleue. »
Quant à la structure familiale, la famille juive dans les mellahs comprenait le mari, l'épouse, les enfants, les grands parents, les tantes, oncles mariés ou non de même que les cousins lointains jusqu'au XX ème siècle et ils vivent dans la même maison avec une domestique juive ou musulmane-
Chez les Juifs marocains, l'hospitalité a une valeur religieuse c'était un devoir de recevoir, accueillir et nourrir. Cependant l'hôte pouvait devenir un fardeau, un parasite, ce pourquoi il fallait savoir tempérer.
La société juive organisait des donations pour lutter contre la misère des plus pauvres de même que les maladies. La charité était un devoir, une mitsva et un fonds de charité le Qoupat ha sedaka avec ses agents de contrôle les Gisbar Aniyim étaient chargés de son organisation. Quant aux synagogues , elles appartenaient aux particuliers ou à la communauté collectant des fonds par leurs officiants religieux. Ceux-ci étaient rémunérés par la communauté, le Chaliah et le Chamach, qui servaient à toutes les célébrations religieuses de même qu'à éduquer religieusement les enfants pauvres. Ces derniers apprenaient par ailleurs l'hébreu.
Sur le plan des fêtes et rites religieux , les Juifs marocains célèbrent la mimouna qui met l'accent sur le dernier jour de pâque juive (où l'on pouvait faire des v½ux avec espoir de se voir exaucer).Ce jour les voisins quelque soit leur religion sont accueillis au sein des maisons juives. De même la hilloula est une fête folklorique profane et religieuse qui commémore les saints juifs tels Ebbi Shimon Bar Yohaï, compositeur présumé du zohar et de Rebbi Meir Ba'al Hanes thaumaturge ou de saints locaux comme Rebbi Amram Ben Diwan ou Rebbi Rapphaël Encaoua.
Dès le XVI ème siècle, vont se constituer des négociants du roi ou tajer al soltan constitués ont servis d'ambassadeurs et de grands commerçants des autorités du pays. Depuis le début du XIX ème siècle suite à un pôle d'attraction commerciale autour du Maroc, vont émerger des tajers organisés sur une plus grande stabilité. Ceux-ci interviennent dans le secteur du transport maritime et terrestre, des banques, de l'industrie et de la presse. Il y a de grandes familles comme les Corcos, les Afriat, les Coriat dans le grand négoce, les Sebag, les Tolédanos et Pinto dans les transports terrestres et maritimes, Moses Pariente et Moses Nahon dans les banques.
Par ailleurs, la naissance d'une riche classe de bourgeois juifs et l'ouverture à l'Occident entraîneront une certaine xénophobie au sein de la société marocaine. Elle en fera payer les frais aux pauvres masses juives, en organisant des pillages des mellahs. Levy pense qu'« Entre tous ces hommes qui ont été les Négociants du Roi au XIX ème siècle, les hommes d'affaires de l'époque actuelle, on peut noter des points communs : une fidélité sans faille au judaïsme, une amitié traditionnelle qui les lie à la bourgeoisie musulmane et un même attrait pour l'Occident. »
On peut retenir que la société juive du Maroc est restée très traditionnelle jusqu'au 18 ème siècle. Les sages des diverses communautés juives se retrouvaient fréquemment pour discuter des réponses à porter aux problèmes posés à des questions du judaïsme. Par ailleurs, les Juifs du mellah restaient entre eux et ils fréquenteront les futures écoles de l'Alliance israélite. Il n'y avait surtout que des échanges commerciaux entre habitants d'ethnies diverses et les Juifs. Comme les Européens, ceux-ci auront leurs propres réseaux de loisirs.
En ce qui concerne, l'éducation juive était basée sur la réprimande à la ceinture et la pensée juive était imprégnée de superstitions (l'emploi d'amulettes etc. pour combattre les maladies).La mendicité et l'indigence étaient fréquemment au rendez vous au Maroc.
le juif marocain considère encore l'aspect religieux et les fêtes religieuses juifs dans sa vie. Beaucoup de juifs marocains allaient en pèlerinage ou pour étudier religieusement en Palestine. L'attachement à la religion empreint de messianisme et l'amour de Sion peuvent expliquer le départ des juifs marocains en Israël.
De la vie à la mort en passant par le mariage, il y a des traditions que décrivent des rites coutumiers de passage. Ainsi donc à la naissance :Le bébé d'une juive marocaine est protégé dans le ventre de sa mère pour le faire protéger par Dieu et les anges gardiens. Huit jours après il rentre dans l'alliance avec Dieu par la Brit Mila ou circoncision. La naissance d'un garçon donne naissance à une grande fête contrairement à celle d'une fille. Le Cohen ou prêtre juif, protège par des rituels empreints de magie l'enfant. L'enfant juif a deux prénoms le premier celui de son grand père paternel et le deuxième celui de son grand père maternel s'ils sont vivants. Si l'enfant juif marocain naît malade on lui change de nom car ce dernier est sensé avoir une influence néfaste ou positive sur lui. L'enfant qui vient de naître pendant la cérémonie du baptême ou de circoncision reçoit des bénédictions et l'assistance procède à des enchères publiques pour parrainer l'enfant. Par ailleurs quelques jours plus tard moins d'un mois (car il est considéré viable que passé 30 jours) après sa naissance l'enfant est racheté au Cohen car il aurait dû en tant que premier né être réservé au service de Dieu. A l'âge de treize ans a lieu la communion juive ou Bar Misva ou l'enfant devenu en quelque sorte adulte au yeux de la communauté va diriger et prononcer un sermon traitant d'un psaume à la synagogue.
Pour ce qui est du mariage, les parents du jeune juif marocain une fois en âge d'être marié lui choisissent une femme, et demandent aux rabbins ou notables d'aller demander la main de la fille. Après accord le futur époux offre une sorte de dot constituée par « sept bracelets en or (symbolisant les sept jours de la semaine), et une bague ainsi que des parfums et des foulards. La promesse de mariage est consignée dans un registre communautaire. » La conversion à l'islam d'un des conjoints peut être un motif de rupture.
L'homme peut rompre le mariage ce qui n'est pas le cas de la femme. Le mariage juif obéit à un contrat régissant le régime des biens entre époux car les droits de l'épouse sont protégés dans une dot légale due par le mari devant témoins. L'épouse répudiée reçoit une sorte de compensation financière prévue à l'avance et l'époux juif peut prendre une autre épouse juive mais avec le consentement de la première épouse si elle est stérile. Par ailleurs le divorce ou get peut être prononcé si la femme refuse de suivre son homme en terre sainte. La mariée doit accomplir un bain rituel de protection et le mariage juif sous peine de nullité se célèbre devant dix adultes comprenant obligatoirement un rabbin et un juge chez la fiancée. A la mort d'un Juif marocain, une institution communautaire la Hevra Quadischa se charge de nettoyer, purifier et habiller le mort et lui chantent une chanson devant l'accompagner dans son dernier voyage. Les femmes ne sont pas autorisées à se joindre au cortège funéraire car cela est sensé porter malheur à la communauté. Des pleureuses par le passé étaient chargées d'extérioriser la peine. Le deuil se déroule en trois étapes marquées par des prières pour le défunt allant d'une semaine, un mois, à un an pour finir. Pendant le deuil les hommes négligent leurs aspects physiques sciemment et sont obligés de rester à la maison et ne sortent que le jour du chabbat pour aller à la synagogue et au cimetière.
Sur le plan du folklore culturel, la place accordé à l'usage de l'oralité est assez primodriale. Ainsi donc l'oralité est véhiculée par le chant, la poésie, la musique etc. lesquels s'imprègnent de religieux.
Il y a deux types de chants : le chant synagogal et le chant populaire. Le chant synagogal s'inspire des langues judéo espagnol, judéo arabe, judéo berbère, judéo portugais. Quant au chant populaire, il s'inspire des bases arabe et berbère. La musique andalouse constitue l'ossature de la musique juive du Maroc. Les proverbes, maximes des Juifs du Maroc s'inspirent beaucoup des messages bibliques, et des miracles de prophètes.
Le personnage de Djoha populaire est utilisé à la fois par les arabes, berbères et Juifs. Chez les derniers il fait montre de ruses. Les contes quant à eux mettent des en scènes des juifs et musulmans où le Juif triomphe par la ruse.
Au niveau religieux et ethnique : Contrairement au judaïsme européen qui fut plus menacé, notamment par l'antisémitisme, le judaïsme marocain n'a connu ni enfer. Le juif marocain a une identité fortement corrélée à la religion. De nos jours, il y a de plus en plus de mariages mixtes entre sabra ashkénaze et sabra séfarades. Pourtant cette religiosité ne les empêche pas d'avoir une ouverture sur l'Occident.
La société juive marocaine s'ouvrir au monde moderne grâce aux apports des Juifs d'Occident. Ainsi donc l' « Alliance Israélite Universelle créée en 1860, avait pour but par l'intermédiaire du judaïsme français de « travailler partout à l'émancipation et aux progrès moraux des israélites » et en tant que tel a réussi au Maroc. Après la visite en 1857 du Baron Salomon de Rotschild l'Alliance Israélite qui reçut l'aide du Board of the relief Fund of Morocco grâce à celui-ci construisit à Tétouan « une école publique d'instruction religieuse et séculière » qui enseignera en français , en espagnol et en hébreu. Les écoles de l'Alliance ont accueilli des chrétiens.
Le grand Rabbin Samuel Nahon de Tetouan encouragea cette adhésion chrétienne comme une ouverture. En dehors des rabbins conservateurs, l'ensemble des grands rabbins fut favorable à l'enseignement moderne et l'apprentissage des langues européennes comprenant l'importance de ces acquis pour les jeunes de la communauté juive. Dans l'ensemble malgré la pauvreté des parents et les vieilles traditions les enseignants de l'Alliance ont pu prodiguer un bon enseignement scolaire aux juifs et autres élèves en intervenant parfois dans leur vie privée pour régler des problèmes familiaux susceptibles d'affecter l'éducation scolaire. Les élèves de l'alliance étaient studieux et avaient une soif de connaissance. Les enseignants de l'Alliance vont ouvrir des filières techniques pour que des Juifs puissent y recevoir un enseignement manuel et industriel car beaucoup de Juifs secondaient ou remplaçaient des Européens au sein des entreprises européennes. Certains juifs allaient poursuivre des études à l'étranger également après les études secondaires. Avec le départ des Juifs du Maroc l'Alliance désormais incorporée au sein du ministère de l'Education nationale ouvrit ses portes aux musulmans marocains officiellement.
Qu'en était-t-il de l'organisation sociale des Juifs marocains sous le protectorat français ?
« L'instauration du Protectorat français au Maroc en 1912 va profondément modifier le comportement de la communauté juive. Déjà, depuis plus d'un siècle, l'influence européenne s'était manifestée par l'établissement de « Capitulations » accords qui restreignaient la souveraineté marocaine des Sultans vis-à-vis de certains juifs devenus des protégés portugais, anglais, espagnols ou américains. » Elle aura pour effet de créer des extraterritorialités où le résident pouvait être exempté de la loi nationale. En effet : « l'apparition de cette protection consulaire eut des effets singuliers sur ceux qui en bénéficiaient. C'est ainsi que la détention d'un passeport d'un pays du continent européen ou américain permettait à son titulaire de recourir à l'arbitrage ou au jugement du tribunal consulaire dont il dépendait, au détriment des tribunaux rabbiniques ou de la justice du maghzen. » Avec le protectorat français du Maroc en 1912, les Juifs connaîtront une meilleure situation que celle antérieure. Mais leur statut sera mis en péril trente ans plus tard, après la deuxième guerre mondiale, le nationalisme marocain, les Juifs ont souvent été inquiétés. Leur sort dépendait d'une population maghrébine surexcitée parfois contre eux.
Les « Musulmans, chrétiens et juifs ont vécu curieusement en superposition et ont constitué pendant l'époque du Protectorat français trois groupements distincts dans leur spiritualité, leur religion, jusqu'à constituer des classes différentes de la société. Aucuns d'entre eux ne tenta sérieusement de créer les conditions d'un rapprochement que les années vécues ensemble auraient pu permettre. Echec du colonisateur ? Complexe des uns, mépris des autres ? »
Le protectorat français pour faire plaisir aux musulmans et en tant que puissance coloniale voyait d'un mauvais ½il l'appel sioniste au retour en Palestine, il va alors chercher à le réfréner. L'émancipation juive de la condition de dhimmi avait commencé avec cette protection française.
Sous le protectorat on a vu apparaître un type de Juif semi colonisé, occidentalisé comme le dit Doris Bensimon « dans la société coloniale, en tant que groupe minoritaire, les juifs se situaient à mi-chemin entre l'autochtone musulman et le colonisateur européen. »
Les juifs de Mogador , de Tétouan, de Tanger et de Casablanca, selon Armand Lévy, sont les plus modernisés du Maroc lesquels malgré leur statut envié, ne rompront pas avec le pouvoir traditionnel et ne rejetteront pas l'élément religieux dans leur vie. Partagés entre les influences anglaises et espagnoles pour ceux de Mogador, espagnoles pour ceux de Tetouan, et entre des voyages entre ces métropoles anglaises et latines , ils n'en reste pas moins que ces Juifs gardent un lien avec leur passé, de même que leur langue d'origine ou un idiome syncrétique. Enfin la solidarité juive est toujours présente entre ces familles juives à l'étranger et les leurs au Maroc et dans les deux cas, les coutumes et l'aspect religieux est préservé quelque peu.
Quant au Juif de Tanger, il est le plus cosmopolite en ceci qu'il est né au Maroc, qu'il parle français dès son plus jeune âge (, suite à son éducation aux écoles de l'alliance israélite et au lycée français, et qu'il parle espagnole de par ses origines. Les coutumes espagnoles castillanes et catalanes sont présentes dans sa vie depuis la manière de se vêtir, les principes religieux, le rite synagogale espagnol, l'humour espagnol et l'art de vivre espagnol.
Avec la deuxième guerre mondiale en préparation, les Juifs marocains vont accueillir des juifs ashkénazes au moment de la deuxième guerre mondiale. Malgré leur judéité beaucoup d'éléments les séparent depuis la langue, les styles vestimentaires. Les Juifs marocains trouvaient l'usage des perruques chez les Ashkénazes curieux et les Juifs ashkénazes quant à eux trouvaient la cuisine séfarade « hérétique » cependant ils finiront par vivre en symbiose notamment dans le milieu des affaires.
Le statut de très grande indépendance dont jouissait le Juif de Tanger pouvait le conduire à afficher un air supérieur et à considérer les autres juifs comme étrangers. Lévy pensait que « l'occidentalisation du juif de Tanger a entraîné ici comme ailleurs le déclin de la foi religieuse et une nouvelle manière d'être juif. D'une génération à l'autre, on constate un affaiblissement graduel des traditions religieuses. Si la cuisine rituelle reste respectée à la maison, elle ne l'est plus au dehors où l'on consent facilement aux mets hérétiques. La cigarette exclue le samedi à la maison est vite allumée dès que le seuil de la porte est franchi ! Le fils de l'artisan cordonnier, le bijoutier, l'employé de banque travaillent comme tout le monde le jour du Chabbat, découvrent les cafés au détriment de la synagogue. Mais le milieu bourgeois n'exige pas du juif une assimilation complète à une société laïque. Il est empreint de tolérance, ce qui lui évite de toucher à ses convictions religieuses tout en le rendant solidaire des valeurs occidentales. » Par ailleurs, les Juifs de Tanger possédaient pour la plupart des nationalités européennes ce qui valut leur départ pour d'autres cieux lorsque le Maroc retrouva son indépendance.
Les Juifs du Maroc ont connu plusieurs événements qui ont bouleversé le mode d'organisation de leur vie sociale et économique à partir du XX ème siècle. Le sionisme va rentrer au Maroc grâce à Bohbot. Les rabbins vont répondre massivement à l'appel de Herzl suite aux actions de David Bohbot et celles de la fondation de la section Hibat Sion (les amants de Sion) en 1908 par les notables et rabbins de Fès. Le sionisme marocain est empreint de religiosité et les juifs marocains sont imprégnés de l'idée messianiste. En effet, comme le révèle Lévy Armand : « Alors que la population juive de Palestine compte au début du XIX ème siècle sept à huit mille âmes, on dénombre parmi eux plus de deux mille juifs venus du Maroc qui constituent la communauté juive la plus importante établie alors en Terre Sainte. »
Pourtant, la seconde guerre mondiale va faire cesser les activités sionistes qui ne vont reprendre qu'avec le débarquement américain en 1942. Les sionistes vont enseigner des chants et de poésies d'auteurs juifs incitant à la liberté, l'hébreu, la littérature de même que le scoutisme. Pendant l'administration de Vichy les autorités françaises voulurent appliquer des mesures discriminatoires aux Juifs. Certains perdirent leurs postes surtout ceux qui occupaient des fonctions primordiales. Les Juifs du Maroc étant sujets marocains donc étrangers à l'administration française, le Sultan marocain Mohamed Ben Youssef opposa son veto chaque fois qu'il le put notamment contre des mesures vexatoires . Au nombre de celles ci la suppression des postes de choix occupés par les Juifs dans les entreprises, la réduction de moitié de l'accession des Juifs à l'enseignement et la fermeture des écoles de l'Alliance Israélite.
Face aux mesures européennes antisémites et nazies, les Juifs marocains se sont organisés pour aider le départ des Juifs ashkénazes vers l'Amérique en clandestinité par solidarité juive. A partir de novembre 1942, les Juifs seront libérés des nazis, par le débarquement américain et allié mais ils subiront un antisémitisme marocain plus tard. En effet, la proclamation de l'Etat d'Israël en 1948, l'approche de l'indépendance du Maroc et la montée de l'antisémitisme des musulmans hostiles au sionisme, malgré les appels aux calmes du sultan, entraîneront entre 1948 et 1951, l'émigration des Juifs marocains vers Israël.
Aux Juifs un « coup de semonce leur fut donné en juin 1948. Il y eut des émeutes anti-françaises sanglantes à dans le Maroc oriental, à Oudja et à Djérada. Les juifs vivant dans ces villes furent pris à parti, leurs magasins et leurs échoppes saccagés. Quarante-deux d'entre eux y trouvèrent la mort, aux mains d'une foule déchaînée. »
La proclamation de l'Etat d'Israël en 1948 et l'indépendance du Maroc seront des causes déterminantes du départ des Juifs marocains. Trois quarts d'entre eux quitteront le Maghreb pour Israël. Recherchant l'émancipation, le désir de partager leur identité juive avec d'autres Juifs et l'impact de la tradition religieuse et du poids de Sion les détermineront à rejoindre Israël.
Si la communauté juive du Maroc est la plus importante de tout le Maghreb, il n'en reste que quelques milliers au Maroc suite aux troubles économiques et politiques dans cette région qui leurs vaudront d'être pris à partis à nouveau par des masses Arabes à partir de la fin des années 70. Cependant malgré les différentes guerres, le roi Hassan II a protégé ses Juifs.
Donc comme le souligne Lévy, de l'indépendance d'Israël, « l'émigration commença à partir de cette date. De 1948 à 1951, 28 000 juifs marocains partirent pour Israël. Ils seront beaucoup plus nombreux à prendre le départ au cours des années suivantes. Jusqu'à la fin du XX e siècle, ils furent au total 272 528 à quitter le Maroc pour Israël.»
En 1956 à l'accession du Maroc à l'indépendance, le gouvernement expulsera les sionistes. Les Juifs marocains quitteront clandestinement le pays.
Les guerres de l'Etat hébreu vont conduire la majorité des Juifs marocains aux portes d'Israël et ce n'est que en 1975 que le gouvernement marocain cherchera à rappeler ces Juifs que la saignée démographique cessera mais il était trop tard.
Certains juifs vont se battre pour l'indépendance du Maroc et le retour du Sultan au pouvoir, aussi au retour du Sultan Mohamed Ben Youssef. Les Juifs seront appelés par ce dernier à rejoindre sans peur de discrimination leur patrie marocaine. Des Juifs vont occuper des postes de hautes fonctions au Maroc comme Salomon Azoulay et Salomon Bensabat, Albert Sassoun, Abraham Serfaty etc.
Partagés entre un Maroc où ils se fondraient complètement et un Maroc où ils continueraient à vivre leur vie communautaire dans la préservation de leur foi religieuse, étaient les Juifs marocains. C'est ainsi que certains d'entre eux proposèrent de supprimer les institutions juives du Maroc pour marquer leur allégeance à l'Etat marocain. Les années 60 avec son cortège de guerre entre arabo israélienne, la suppression de la formation moderne et du français prôné par les écoles de l'Alliance israélite et les mesures contre les juifs au Maroc, vont conduire le restant des Juifs à quitter le pays.
PARAGRAPHE B/L'INTEGRATON DES JUIFS DU MAROC EN ISRAEL
Si les Juifs orientaux n'ont pas connu les mêmes persécutions que les Juifs d'Europe, il ne reste pas moins qu'ils aient vécu des souffrances collectives par moments. Aussi curieusement que cela puisse paraître ils se sentiront discriminés par les membres de leur peuple en Israël. Déjà un lorsqu'on débarque en Israël on est marginalisé par une part du monde. C'est-à-dire qu'on hérite d'un ennemi naturel. Ainsi donc celui utilise un passeport avec le simple cachet israélien ne pourra se rendre dans les pays en guerre avec Israël. C'est en ce sens que Bertrand B. disait en observant une hôtesse de l'air : « En la voyant, on pouvait constater que la guerre arabo-israélienne avait marqué les jeunes Israéliens. Ils recherchaient la paix. C'était leur but. Mais ils avaient trouvé la guerre. Les femmes de pays portaient déjà sur leur visage la dure fierté d'avoir combattu comme des hommes libre. »
C'est dans ce contexte que les juifs du Maroc comme beaucoup d'autres se trouvent choqués de l'abandon de certains membres du gouvernement. Voyons avec lui le scénario qui choque. Il s'écriait ainsi : « Imaginez cinq mille habitations provisoires où croupissent des gens de toutes les origines, de toutes couleurs- car les juifs ne sont pas tous blancs- où l'on n'est pas loin de se haïr car la nourriture à partager n'est pas abondante et rare le travail offert. » ils s'agit des maabarot où vivaient plusieurs milliers de juifs marocains, logement de fortunes.
Les Juifs marocains s'intègrent bien à l'armée. L'on dit que « les juifs marocains sont d'excellents soldats et acceptent-le cas n'est pas tellement rare- de s'engager dans l'armée ou de se faire admettre dans la police. »
S'ils s'intègrent bien les marocains il ne reste pas moins qu'ils se trouvent avec des juifs qui n'ont pas les mêmes valeurs familiales qu'eux, ni le même degré de liens à la religion.
Bellaigue pensait que les Juifs marocains avaient « tout quitté pour ne voir rien venir et après un, deux, ou trois ans de cette vie de réfugiés, ils se heurtaient à la froideur des agents de l'administration israélienne, dirigée par des gens qui leur étaient différents par leur origine et leur culture et qui sans doute- c'était un comble- les méprisaient. »
Israël est un pays marqué par la guerre dont on voit partout les traces, c'est que s'écriait Bertrand B : « Et puis encore des militaires ! C'est un des traits caractéristiques d'Israël depuis sa création. On ne peut pas faire un pas dans les rues ou à travers la campagne sans rencontrer des garçons ou des filles en uniforme. Nous revenions des ruines de Ramat Rachel quand notre voiture dut laisser passer une compagnie en armes. » Il dit à propos d'un juif marocain qu'il eut « l'occasion, quelques instants plus tard, de rencontrer un caporal d'origine marocaine, depuis six mois seulement, dans l'armée israélienne. Il commençait le débourrage de recrues de la nouvelle classe incorporées par Tsaal. Il n'était pas le seul. A tel-Aviv, on commençait à parler d'eux et de la bravoure dont certains avaient fait preuve durant la guerre de 1948-1949. »
Il y avait une grande transmission de l'héritage culturel à l'enfant dans ce pays. Aussi dit-il, « il est évident que le meilleur de tout ce qu'Israël possède de plus riche et de plus profitable, intellectuellement et physiquement, est consacré à l'enfant. Celui-ci est considéré, à juste titre, comme la plus solide garantie de survie de ce pays jeune, aux prises actuellement avec les difficultés économiques les plus grandes. Elles seraient insolubles si les juifs des Etats-Unis ne mettaient pas un point d'honneur à l'alimenter en dollars indispensables à son existence et à sa survie. »
C'est dans cet optique de continuité entre les générations , qu'on apprenait ainsi l'hébreu moderne aux Marocains. En effet l'hébreu devient une réalité. Comme le souligne Bellaigue : « Les juifs qui sont venus dans ce pays n'ont pas choisi d'y vivre pour faire du régionalisme linguistique. Même le yiddish, qui représente tant de valeurs traditionnelles pour les juifs d'Europe, tombe peu à peu en désuétude. Il faut dire que les nouveaux Israéliens éprouvent une immense fierté à parler la langue de leurs lointains ancêtres et celle de la Torah. »
En ce qui concerne des kibboutzim parmi lesquels on pouvait trouver des Marocains, affirmait son guide, « quinze mille enfants vivent dans des camps semblables dans tout le pays. Ils vous arrivera d'en rencontrer dans d'autres kibboutzim que vous visiterez, me dit mon guide. La youth Alyah a commencé son ½uvre en 1947 avec trois mille enfants. Ils représentent maintenant l'espoir de notre pays dont ils seront demain l'élite, car nous leur aurons inculqué le sens des responsabilités, le goût du travail et le culte du désintéressement au profit de la collectivité. Grâce à leurs traditions familiales, grâce à l'éducation et à l'enseignement qu'ils ont reçus dans ce camp de l' « Organisation du retour », ce sont aujourd'hui des Israéliens juifs et fiers de l'être. »
En Israël s'étonnait Bellaigue « tout le monde n'y a pas le même type ethnique. J'ai vu des juifs au faciès de Chinois, des demi-noirs, ou demi-blancs, de vraies blondes aux yeux bleus de type scandinave, des juifs de tous les peuples de l'URSS dont la peau avait toutes les nuances du cuivre, des Roumains, des Français du Sud et du Nord, des Franco-Polonais, des Nord-Africains, marchands de sodas et de « cacahouètes » grillées aux coins des rues, des Polonais de Varsovie et de Cracovie dans l'administration, les finances, l'industrie, ou dans les rouages compliqués de la centrale syndicale Histadrout qui tient actuellement le haut du pavé. »
Bellaigue remarque en effet que « La majorité de la population est juive, pratique la même religion, mais chacun selon son rite, ashkénaze et séfarade. Ils partagent le même idéal mais parlent encore une douzaine de langues ou dialectes différents dans une tour de Babel reconstituée. On se côtoie dans les rues, on est familier, bon enfant ; on commence à parler généralement l'hébreu. Cette langue biblique a été ressuscitée, modernisée par Eliezer Ben Yehudah et les linguistes qui furent ses disciples. On croyait qu'il faudrait des années pour que son usage en fasse vraiment le langage de tous les Israéliens. Mais elle est déjà très répandue, où qu'on aille. »
Mais il y a également une bourgeoisie israélienne avec ses travers, ainsi dit remarque t-il que « Les bons bourgeois, me disait Yakov, ont coutume de se réunir dans les immeubles modernes du boulevard Rotschild. C'est là en effet qu'on va dîner avec des amis, dans des restaurants de type français devant lesquels les déposent leurs chauffeurs au volant de longues limousines. C'est là aussi que se trouvent les clubs et les cercles qu'ils fréquentent sans leurs femmes, ainsi que les bars où ils vont prendre un dernier schnaps avant de suivre leurs maîtresses dans leurs garçonnières qu'ils ont achetées avant de suivre leurs maîtresses dans les garçonnières qu'ils ont achetées à prix d'or. » Israël apparaît ainsi avec des traits d'un Etat capitaliste par endroits qui côtoient ceux d'un Etat socialiste dont le kibboutz est la visibilité matérielle.
L'armée est présente également présente dans le façonnement de l'individu « On voit beaucoup de militaires en Israël. Ils sont généralement adulés dans un pays de substance morale la plus homogène dont ils seront demain les piliers. C'était un spectacle intéressant que de voir vivre au milieu de beaucoup de détresses physiques et morales, ces jeunes gens et ces jeunes filles de 18 à 20 ans. Ils paraissaient en dépit de leurs origines hétérogènes, faits sur le même modèle, solides et sains de corps, autant que d'esprit, apparemment »
Comme institutions socialistes les moshavit regroupent de petits villages coopératifs « à caractère agricole, fondés sur les principes de la propriété et l'entreprise privée. »
Il constate que « les Marocains sont très peu nombreux dans les kibboutzim, ceux qu'on y trouve font sûrement partie de l'élite du pays. » Par contre il se désole que « les Israéliens orientaux dont des Marocains, en tout 15 000 entassés dans des camps de transition manifestaient pour trouver du travail. » Cette crise sociale, entraîne une disparité et une rivalité entre les communautés ethniques , dont certaines peuvent réagir avec dédain par des comportements pseudo- racistes dont on été victimes les Juifs marocains. C'est ainsi qu'à Jérusalem, des graffitis inscrits sur un mur d'un stade de Jérusalem désignent les Séfarades comme étant esclaves des Ashkénazes .En effet suite à des malaises sociaux économiques il y avait un « antagonisme grandissant entre les communautés ashkénazes et les Sépharades parmi lesquelles se trouvent tous les Juifs orientaux, notamment les Yéménites qui sont à peine sortis du Moyen Age et les Juifs berbérophones de l'Atlas marocain. » Il y a des instituions qui fédèrent en Israël le domaine du travail socle fondamental de l'établissement d'une nation. Ainsi « L'Histadrout, la toute puissante centrale syndicale, qui possède le monopole de la distribution dans ce pays occupe une sorte de demi-gratte ciel construit récemment au milieu d'un immense terrain vague. Soixante dix pour cent des Israéliens lui sont affiliés. Il est admis qu'elle contrôle plus de 50% de l'économie du pays. Son « patron » possède un vaste bureau, à un étage élevé. Il est aussi puissant sinon plus qu'un ministre. » Le patron de cette centrale expliquera la division entre orientaux et ashkénazes, à cause d'un manque de travail : « Vous ne pouvez pas tout de même mettre sur le même plan un homme politique, un administrateur, un ingénieur polonais de grande classe, comme il y en a maintenant beaucoup en Israël, et de pauvres artisans venus du Yémen, ou des mellahs du Maroc qui connaissent mal le monde moderne. C'est de cela que viennent la différence et donc le conflit dont vous avez constaté les débordements. »
Malgré les dissensions il reste que si « l'origine de ces individus était tellement différente qu'elle était à l'évidence génératrice de discorde. Mais il y avait en elle trois éléments susceptibles de consolider entre eux une unité menacée d'une désagrégation dont on voit encore ci et là les prémisses :
-la solidarité des « sabras » plus que celle des « importés » de la première heure qui finiraient bien par vieillir et à céder leurs places. Leur génération finirait par s'étendre ;
-la menace extérieure qui pour longtemps ne pouvait permettre à ses habitants de baisser la garde et de se laisser miner par des désunions de circonstances.
-La religion qui en dépit des divergences Nord-Sud, Séfaradim et Ashkénazes, demeurerait le véritable ciment de leur union. »
L'immigration marocaine vers Israël a été dans une grand part juvénile, les enfants coupés de leurs parents manquaient d'affection parentale. On les jugeait souvent indisciplinés, parano, soupçonneux, coléreux, susceptibles d'avoir reçu une mauvaise éducation. Illettrés, ils devront apprendre l'Hébreu et recevoir une formation professionnelle pour entrer dans la société de production.
Certains juifs de la bourgeoisie de Casablanca et de l'élite marocaine étaient en quête de liberté. « Quand nous avons rompu avec notre ancienne existence, vie confortable et oisive de fils de bourgeois, nous savions ce qui nous attendait. Nous ne sommes pas venus avec l'espoir de trouver une satisfaction personnelle, mais avec la volonté de travailler pour l'avenir. Il faut que demain le Juif soit un citoyen normal, dans un Etat normal, au quotidien. «la fin de la honte pour soi-même est le début de la liberté » a écrit Nietzche. »
Pour Mordechai Torjdjmann, cité par Bertrand Bellaigue, les Juifs marocains dans l'ensemble, ne sont pas préparés technologiquement au travail de la terre. Ils ne s'attendent pas à reconstruire un pays tout neuf, alors ils quittent un pays en développement. Par ailleurs les Juifs marocains souffriraient d'un complexe d'infériorité, doublé d'une paranoïa suivie d'un individualisme, qui fausse son intégration. Alors que les Juifs d'Europe centrale qui ont tout quitté ne peuvent retourner comme les Juifs marocains à leur passé. Il faut attendre la prochaine génération pour une meilleure adaptation.
Cependant il peut exister au sein de la population israélienne une dénigrement des Marocains sont désignés péjorativement de « Marokko sakine » (Marocain au couteau) en Israël.
Au niveau de l'intégration sociale des Marocains au niveau de l'Habitât « par ailleurs, on dénonçait en Israël l'incapacité des juifs marocains à s'assimiler et la violence dont certains étaient porteur. Ces difficultés d'ordre intérieur venaient aggraver celles que le gouvernement israélien rencontrait pour assumer la prise en charge des dépenses énormes occasionnées par la guerre avec ses voisins arabes. Les coupures de journaux israéliens faisaient état de la pauvreté des quartiers où vivaient les juifs marocains, l'existence de familles nombreuses, les conditions de précarité des logements et les classes en surnombre. »
Ce problème de clivages entre orientaux et occidentaux remonte déjà à la création d'Israël ainsi comme le soulignait David Ben Gourion « L'arrivée des Yéménites dans nos agglomérations rurales entraîne cependant une des plus graves atteintes à l'unité de notre corps social : sa dégradation et son fractionnement en Ashkénazes, Sépharades, Yéménites, etc, sa division en communautés distinctes. Jusqu'ici, le phénomène ne s'était produit que dans les villes ; il faudra désormais le subir dans les agglomérations rurales également. Les yéménites qui s'y établissent ne se mêlent pas aux autres populations ; ils établissent des « Etats dans l'Etat ». Ils se séparent aussi de toutes les activités communautaires et des relatons avec les familles non yéménites, créant ainsi une communauté distincte. Ashkénazes et Yéménites se retrouvent ainsi comme deux univers différents, étrangers l'un à l'autre .»
Il expliquait déjà que « cette qualité d'étranger, qui est celle des Yéménites, est d'un type différent. Outre la différence de classe sociale, il y a également une différence d'appartenance « nationalité », qui n'est pas seulement une différence juridique mais également et surtout une différence de mentalité. On est en présence de deux types de Juifs de statut distinct : un premier type, celui des Juifs ordinaires, sans désignation particulière ; et un second type , les Juifs ordinaires, sans désignation particulière ; et un second type, les Juifs « yéménites ». Il va de soi que nous sommes impuissants face à ce mur d'aliénation et d'éloignement qui s'est dressé entre nous au long des siècles et des millénaires : la fracture qui s'est prolongée pendant des dizaines de générations ne peut se réduire en un tournemain ; même ici, en Eretz Israël, on ne pourra réparer en un rien de temps ce qu'un temps si long d'exil a détruit. »
Il était évident qu'à l'époque les ouvriers ashkénazes n'intégraient déjà pas de Yéménites à Rehovoth dans les assemblées d'ouvriers, vie de syndicats et action publique commune.
Il y avait également une discrimination quant aux conditions de travail, par exemple quant à la surface d'exploitation destinée au travail, les ashkénazes en ont une plus grande et les Européens sont plus qualifiés .
L'ouvrier hébreu est donc à la base de l'édification de la société hébreu en Palestine, et de l'inégalité entre Yéménites et Juifs européens.
Sinon qu'est ce qui pourrait expliquer « cette distinction de rôles, fausse et simpliste », serait-t- elle due « en partie à la panique qui a saisi la société israélienne dans les années 50, lors de l'immigration massive des Juifs d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. C'est durant cette période que des images péjoratives, enfouies jusque-là sans doute dans le subconscient collectif, ont émergé à la surface. La frustration des Juifs d'Europe orientale y était peut-être pour quelque chose. Ce sont justement ces Juifs de Russie, de Pologne, etc.( et leurs descendants) qui, face aux Juifs d'Europe occidentale, sont aujourd'hui les porte-drapeau de l'Occident, au nom duquel ils méprisent tout ce qui a trait à l'Orient (Juif et Arabe). Ils confondent deux termes proches (de nos jours) mais seulement identiques : Occident et modernité. »
Schlomo Elbaz nous explique la particularité de l'identité des Juifs magrébins en ces termes, il dit : « Pour en revenir aux Juifs maghrébins, ils constituent comme un carrefour, un point de rencontre de plusieurs essences (juive, arabe, berbère, espagnole, française), un amalgame exemplaire d'identités diverses. On a pourtant collé à cette communauté des stéréotypes d'une cruauté extrême, tels que : « problématique », « râleuse », « casse-pieds », comme si à elle seule elle représentait la question ethnique dans son ensemble (il y en a qui prétendent qu'il n'existe pas de question yéménite, tunisienne, etc.). En fait, c'est justement cette communauté-là qui pourrait nous aider à mieux comprendre le mystère de l'identité et à surmonter le monisme qui nous ravage et atteindre au pluralisme. » Il poursuit son explication en révélant que « cette communauté se présente comme une synthèse entre des éléments qui semblent contradictoires : religieux et laïcité, nationalisme exacerbé et compréhension de l'ennemi, hostilité et ouverture de l'esprit, un amalgame de sagesse de pratique et de superstition ; de crainte de Dieu et de plaisirs terre à terre (la plage ou un match de foot après la prière du samedi matin). » Il en déduit que « L'âme maghrébine est divisée, mais cette division, loin d'être pathologique, est, au contraire, saine et réaliste. Elle peut nous apprendre comment former un société saine, où il y aurait un équilibre entre la raison et les impulsions irrationnelles, entre la fidélité aux traditions millénaires et l'ouverture sans limites au progrès et à la science (à preuve, les nombreux scientifiques d'origine marocaine dans la diaspora française, espagnole, canadienne, etc.). Rendre justice à cette communauté pourrait améliorer son image d'elle-même, individuelle et collective, et, outre son potentiel électoral qui intéresse tout le monde, cela libérerait son potentiel culturel et créateur qui n'a pas encore trouvé son expression. Pour ne citer encore que Amos Oz , dans le même entretien : « Nous devrions encore reconnaître le dynamisme et la tolérance des Marocains en Israël « Et si on parle de paix, dès que les Orientaux- et parmi eux nombre de Marocains- surmontent leurs préjugés et comprennent qu'ils ont un rôle à jouer dans le processus de paix, considéré jusqu'ici comme la chasse gardée des originaires d'Europe et d'Amérique, ils se révèlent hardis, leurs interlocuteurs, pondérés et audacieux à la fois. » Pour expliquer leur position politique comme des hommes empreints de paix contrairement à l'idée qu'on peut s'en faire car habitués à côtoyer divers peuples, il nous apprend que « les Palestiniens ont fait récemment la découverte de l'Amérique, à savoir que les Orientaux ne sont pas rongés de haine envers les Arabes, qu'au-delà de leur appartenance à tel ou tel parti politique, ils sont au fond modérés, assoiffés de paix, et préparés à respecter l'autre tout en restant bons patriotes. Ce n'est pas un hasard si toutes les organisations orientales surgies récemment : l' »Orient pour la paix », le Comité pour un dialogue israélo-palestinien fondé par des Orientaux, le Front oriental, sans oublier le mouvement Ohalim, sont dans le camp des « colombes », concernant la paix, les territoires occupés, les implantations. Leur audace politique et idéologique sort des sentiers battus. »
CONCLUSION
Du sionisme qui fut conçu comme une invention politique d'une nation, dans les termes posés par Alain Dieckhoff , l'on peut retenir que du principe national qu'il a adopté des pays européens, le Juif retint la également la nécessité de s'inventer une nation. Lui le passeur, dont l'identité avait une vocation universelle car transcendant les frontières, devait s'ingénier à trouver comment appartenir à une nation juive. Autrement une telle réflexion ne pouvait que conduire à se poser la question de savoir : comment être sans être à la fois? Ou encore être et ne pas être ? Evidemment s'interroger sur la judéité surtout dans le cadre de l'identité israélienne, entraîne forcément à une controverse telle que nous avons tenté de la présenter. Nous n'aurons jamais la prétention d'avoir cerner complètement un tel sujet, mais peut être seulement de présenter une synthèse brève de ceux qui se personnellement questionner en tant que Juifs sur leur judéité.
Pour éviter de tomber sur de fausses appréciations, nous avons opté pour de brefs commentaires historiques de personnalités juives majeures sur le sujet de la judéité. Ils nous apparaissait alors plus aisé de laisser des acteurs parler pour nous, un peu comme l'a fait en synthétisant Denis Charbit des textes fondamentaux sur le sionisme, en laissant entrevoir ainsi la multitude d'acteurs et de pensées sionistes. Par contre nous ne nous sommes pas seulement cantonnés à multiplier de tes commentaires ou à citer des paragraphes, mais également là où cela était important de risquer des explications personnelles, mais bien sûr à partir d'idées existantes ou largement avérées par des sources largement présentes dans notre développement. Notre but n'étais pas d'alourdir ou d'embrumer inutilement tout lecteur de notre modeste essai, mais plutôt de lui permettre de vérifier que nos idées n'étaient pas de pures inventions mais plutôt tirées de thèses essentiellement vérifiables. Pour résumer le dilemme auquel à donner naissance la problématique de l'identité, puisque la judéité se pose en des termes de détermination d'une identité qu'est ce que la judéité en Diaspora et en Israël, c'est la dialectique même de l'évolution qu'elle peut prendre dans le temps comme dans l'espace. C'est en ce sens que le sociologue C.Dubar, à partir de K.Lang dit de l'identité qu'elle « n'est jamais donnée, elle est toujours à construire et à reconstruire dans une incertitude plus ou moins grande et plus ou moins durable, l'objectif étant de réduire l'écart entre les attributions identitaires d'autrui et les images personnelles à l'origine de l'identité pour soi. » En effet la définition de la judéité est en elle-même un écart entre une perception de soi et d'autrui l'assignation de l'identification de la personne juive.
En effet qui est juif, renvoie à une série d'explications théoriques ayant trait à démontrer le pourquoi et le comment d'une définition plutôt que d'une autre en s'appuyant sur l'histoire, sur le lieu géographique où se manifeste le fait juif, mais également sur l'influence de la vision d'autrui sur ce sujet mais enfin en projetant dans le futur le devenir de la notion de la judéité.
Le sionisme a innové en la matière en permettant justement la naissance d'une identité créée volontairement même si esquissée à la suite de polémiques internes au sein du monde juif. Par ailleurs le sionisme a donné naissance à l'Etat d'Israël mais aussi en tant que mouvement révolutionnaire il avait décidé de raisonner sur les contours de la future identité israélienne. Mais pour cela bien sûr, il fallait se lancer dans une description des moments historiques pour saisir que la multiplicité des facettes n'est pas un fait brut, qu'elle relève à la fois du construit mais aussi du hasard. Comment alors parler de l'identité en tant que produit et donnée sans en évoquer les causes ? C'est-à-dire comment est ce que cette judéité a pris cet axe dans telle aire de l'Europe ou a pu rester la inchangée dans telle partie du monde, notamment islamique ? Evidemment la logique veut qu'on fasse une brève étude de l'évolution de la judéité prise dans ces sociétés mais enfin qu'on